Jean Marc SARRON

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Il est né à Deux-Frères le 27 mai 1896 à 4 heures du soir de Barthélémy SARRON, agriculteur âgé de 53 ans et de Marie COUDEYRAS, 39 ans. Son père, né le 15 juin 1834 à Ladoux (Commune d’Aix-la-Fayette), exerçait le métier de scieur de long au moment de son mariage. Sa mère, originaire de Deux-Frères, y était née le 26 juin 1856. C’est certainement ce hameau que le couple va rejoindre après son mariage le 24 août 1878 puisqu’il est retrouvé dans les recensements dès 1881.Il est précédé par 4 frères et sœur dont deux décéderont en bas âge. Claudius Antoine, l’aîné de sa fratrie, né le 24 novembre 1885, sera aussi combattant de la Grande Guerre et mourra à la bataille de Verdun le 11 juillet 1916. Il est suivi d’Alphonse né le 21 novembre 1888 et décédé 2 jours plus tard, de Philomène, née le 15 mai 1890 et décédée 2 ans plus tard, puis de Frédéric, né le 2 février 1893, qui sera lui aussi emporté par la Grande Guerre à la Fille Morte le 27 septembre 1915. Marie Hélène née le 17 juin 1898 sera la seule enfant qui le suivra. Tous deux seront donc les seuls survivants de la famille qui se compose de quatre enfants lorsque leur père Barthélémy décède en 1906 à l’âge de 72 ans. Leur mère, qui ne se remariera pas, décédera à Deux-Frères le 16 mars 1926.
Décrit comme possédant des cheveux châtain clair avec des yeux marron, son front est bombé et son visage allongé. Relativement grand, 1m67, il a la particularité de posséder une lèvre supérieure proéminente.
Bien que faisant partie de la classe 1916, celle-ci étant appelée un an plus tôt en raison des pertes importantes subies par l’armée française, il est incorporé le 9 avril 1915 au 15e RI d’Albi où il arrive le 10. Le régiment avait combattu en mars en Champagne au Bois Sabot où il s’illustre, plusieurs de ses compagnies étant citées à l’ordre du régiment. Toutefois, comme dans tous ces cas de combats acharnés, les pertes sont importantes et s’élèvent à plus de mille combattants. Mais les sacrifices ne sont pas terminés pour autant puisque lorsque Jean Marc SARRON rejoint son régiment après quelques semaines de classe pendant lesquelles il apprend le maniement des armes, celui-ci combat à Massiges et participe de ce fait à la grande offensive en Champagne à partir du 26 septembre 1915 en particulier lors de l’attaque du boyau de Moltke, permettant d’enlever le Mont Têtu.

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Cette offensive a coûté au 15e RI 167 morts, 636 blessés et 154 disparus lorsque il quitte la région de Tahure le 28 octobre 1915. Il va alors, après un repos bien mérité, occuper la région de Soissons à partir de janvier 1916, secteur beaucoup plus calme.
C’est au cours de cette période que Jean Marc SARRON passe au 366e RI à partir du premier avril 1916. Ce dernier, durement éprouvé lors de la bataille de Verdun, se refait dans le secteur un peu moins mouvementé de Lacroix sur Meuse où malgré tout, la lutte d’artillerie entraîne quelques pertes et les reconnaissances nocturnes sont l’occasion de faire quelques prisonniers. Mais fin juin 1916, le 366e RI est envoyé dans la Somme où il participe à partir de fin août dans le secteur du Bois Etoilé à la prise du village de Vermandovillers. Le 4 septembre, dès la première heure, les Bataillons du 366e sont disposés dans le secteur du Bois Etoilé conformément au plan d’attaque de le D.I. : à droite le 5e Bataillon (Cdt Nicollau), à gauche le 4e Bataillon (Cdt Delesse), 6e Bataillon (Cdt Rouzade) en réserve. Le mouvement de départ s’exécute à H-5, c’est-à-dire à 13h55, au coup de sifflet et provoque l’enthousiasme de tous ceux qui étaient encore en arrière. En raison de la rapidité avec laquelle progresse l’attaque, les Allemands surpris n’ont même le temps de déclencher un tir de barrage. La première tranchée est enlevée en dix minutes et cinq minutes après la 19e Compagnie entrait dans la tranchée d’Uranus. Tout semblait donc marcher à souhait, lorsque, vers 14h30, des faits nouveaux se produisent. Les destructions opérées par l’artillerie n’ont pas été complètes ; des mitrailleuses sous blockhaus se révèlent intactes. A noter droite, la 108e Brigade , contre-attaquée, recule et des mitrailleuses prennent nos propres éléments à revers. Enfin une contre-attaque allemande débouchant entre les boyaux Moertz et Chevalier, empêche notre centre de progresser et brise sur notre gauche l’élan de la deuxième vague. Cependant, la première vague, vigoureusement entraînée par le Cdt Delesse, dont rien ne réussit à ébranler la ferme volonté, pénètre dans Vermandovillers, son objectif, et s’y cramponne. (Historique du 366e RI Imprimerie Chatelain Paris).

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Vue aérienne du champ de bataille avec renforts français Vermandovillers 1916

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Abri d’infanterie de première ligne secteur de Vermandovillers 1916 (vue stéréoscopique)

Pour Jean Marc, qui fait partie du 4e Bataillon, la guerre s’arrête momentanément ce 4 septembre 1916 puisqu’il est blessé au poignet droit par un éclat d’obus, victime d’une plaie pénétrante.

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Il ne réintègre le 366e RI que le 16 novembre 1916, toujours dans la Somme, qu’il quitte avec son régiment le 4 février 1917 par une température sibérienne. Il rejoint par étape la Brie en traversant toute l’Ile-de-France par Creil, Chantilly, Montfermeil, puis est dirigé le 15 février 1917 à partir de la Houssaye en chemin de fer sur Villers-en-Lieux, près de Bar-le-Duc. Sa participation aux combats de Verdun, déjà tristement célèbres, ne fait alors plus aucun doute. Le 27 février, il est à Ippécourt, où une prise d’armes le rassemble, au cours de laquelle on procède à l’appel des glorieux morts tombés dans la Somme et que suit un service funèbre dit à leur mémoire.
Puis les 12 et 13 mars, le régiment relève dans le secteur de la cote 304, au Nord de Verdun, le 15e RI auquel appartenait, ironie du sort, Jean Marc SARRON un an auparavant. Ce secteur est l’un des plus actif à cette période, les attaques allemandes et contre-attaques françaises se succédant pour en prendre le sommet. Est-ce Jean Marc qui est blessé le 31 mars comme en témoigne le JMO du 366e RI ? Toujours est-il qu’il est évacué le 4 avril 1917 sans qu’il ne soit fait mention dans son registre matricule d’une quelconque blessure à cette date. Son problème de santé devait être toutefois suffisamment sérieux pour qu’il ne réintègre son régiment que le 30 avril 1917 à Forestière près de Suippes où il reste cantonné jusqu’au 14 mai. Mais dès le 23 mai, il part en camions relever le 1e Régiment de zouaves au Mont Cornillet, que ce dernier venait d’arracher aux Allemands. Les conditions du combat y sont tout autant terribles qu’à Verdun : Toute la région du Mont Cornillet a été transformée par les deux artilleries en un paysage lunaire sans l’ombre de végétation et c’est dans la craie blanche de Champagne, sous les bombardements continuels, avec un ravitaillement entièrement restreint, que le Régiment va vivre du 24 mai au 22 juin.

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Mais il ne va pas se borner à vivre, il va travailler de façon admirable, poussant de plus de 600 mètres nos lignes en avant, construisant tranchées, abris et boyaux et laissant aux successeurs un secteur presque complètement organisé. Les débuts sont particulièrement pénibles : dans les trois premiers jours seulement, nos pertes n’atteignent pas moins de 31 tués et de 167 blessés. […]

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L’organisation formidable du Cornillet est pour tous un sujet d’étonnement. L’exploration méthodique du Tunnel où se trouvent enfouis plusieurs centaines d’Allemands, des observatoires minutieusement organisés, des nombreux abris bétonnés enlevés à l’adversaire amènent des découvertes intéressantes. Par ailleurs, l’incertitude des lignes produit des incidents : c’est ainsi que nous cueillons plusieurs prisonniers, dont deux Officiers allemands, qui se croyaient dans les leurs. Une corvée de nos cuisiniers (21e Compagnie) se trouve nez à nez avec une patrouille allemande de 20 hommes aussi surprise que les « cuistots ». Mais ceux-ci, plus lestes, ont recouvré leurs esprits ; avant que le Boche ait compris, ils tombent dessus à coups de marmites, mettent la patrouille en fuite et lui font quatre prisonniers. Le Soldat Bardon se distingue tout spécialement en cette occurrence par sa présence d’esprit et son habileté dans le maniement de cette arme spéciale. Elles lui vaudront la Médaille Militaire. Le pilonnage continuel de l’ennemi, qui redoute toujours notre attaque, nous cause malheureusement des pertes. Les mitrailleurs sont particulièrement éprouvés. (Historique régimentaire du 366e RI). Le régiment y combat jusqu’au 23 juin 1917, date à laquelle il est relevé pour se reposer à Vitry-la-Ville et Togny-aux-Bœufs, où il revient du 14 septembre au 22 octobre 1917 après avoir combattu à nouveau des les Monts de Champagne du 22 juillet au 14 septembre. A partir du 27 septembre 1917, le régiment retourne dans le secteur de la Forestière qu’il avait déjà occupé en mai 1917 pour réaliser de nombreux travaux de mise en défense tout en réalisant de nombreux coups de main. Dans des circonstances indéterminées, Jean Marc est victime d’une entorse du genou gauche assez grave, lors d’une chute, puisqu’il ne rejoint son régiment que le 4 juin 1918 lorsque celui-ci part pour le secteur du Mont Sans Nom, toujours dans les Monts de Champagne.

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Boyau des sorcières – Mont Sans Nom

Une attaque allemande, dont les préparatifs dès fin juin ne laissait aucun doute, trouve Jean Marc SARRON en première ligne, faisant partie de la 15e compagnie. Les Français décident alors de faire un coup de main afin de récupérer des renseignements le 14 juillet 1918 après avoir bombardé leurs propres abris de 1e ligne par des obus à ypérite. Est-ce à ce moment que Jean Marc a été soumis aux gaz de combat comme en fera mention plus tard son dossier militaire ? L’attaque française est alors décidée pour le jour suivant, 15 juillet. La 15e compagnie (Lieutenant Mairesse) est placée à l’Ouest de P.C. Ham et dans la tranchée Barnay, à proximité du boyau de Beyrouth (dont deux postes maintenus dans la première ligne de la position). La mission des postes avancés laissés sur les premières lignes était une mission de sacrifice. Leur rôle consistait à prévenir, et rien de plus : pas de mission de résistance. Une fois l’alerte donnée, ou du moins lorsqu’ils auraient prévenu que l’infanterie ennemie débouchait, les postes pouvaient se replier et rejoindre le Bataillon, possibilité assez illusoire, mais qui pouvait néanmoins soutenir le moral des hommes que l’on place en un point dangereux et qui savent fort bien que leur sort le plus probable doit être la mort ou la captivité. La possibilité de rejoindre le Bataillon était illusoire, car le repli des postes, s’il pouvait s’effectuer, aurait lieu sous le barrage roulant de l’ennemi et sous notre propre barrage, que les postes eux-mêmes auraient déclenché. C’est lors de cette opération que Jean Marc SARRON est fait prisonnier le 15 juillet 1918. Il est interné au moins pour un temps au camp de Kassel en Allemagne, au sud de Hanovre.

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Il est rapatrié le 4 janvier 1919 et passe au 105e RI le 13 février 1919. Démobilisé le 2 septembre 1919, il se retire à Clermont-Ferrand. Son métier de valet de chambre le fait déménager régulièrement entre Moulin, Montluçon, Durtol, Roanne où la CSR lui accorde une pension permanente d’invalidité de 10% pour séquelles d’intoxication aux gaz de combat ainsi que pour une cicatrice de la région xyphoïdienne. A nouveau mobilisé en 1940 lors de la seconde guerre mondiale, il arrive au 132e RI le 9 mars pour être affecté aux services administratifs le 20 mars (13e section de COA). Il se retire définitivement à Cellule, dans le Puy-de-Dôme, le 15 avril 1941 où il décédera le 25 juin 1958.

 

3 réflexions au sujet de « Jean Marc SARRON »

    Lucien Antoine RECOQUE « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    18 août 2017 à 18 h 35 min

    […] section territoriale d’infirmiers militaires. Le parcours de Lucien va suivre de près celui de Jean Marc SARRON et de Pierre François RENAUDIAS tous deux de Deux-Frères, de la même classe (Pierre François […]

    Frédéric SAR(R)ON « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    28 décembre 2018 à 19 h 07 min

    […] plus tard, que Frédéric, ne connaîtra donc pas. Après lui, viennent encore deux autres enfants, Jean Marc, né le 24 mai 1896, et Marie Hélène née le 17 juin 1898 qui survivront tous deux à Claudius […]

    Claudius Antoine SARRON « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    28 décembre 2018 à 19 h 13 min

    […] 2 ans plus tard, Frédéric, né le 2 février 1893 et qui décédera le 27 juin 1915 sur la Meuse, Jean Marc, né le 24 mai 1896, et Marie Hélène née le 17 juin 1898 qui survivront tous deux à Claudius […]

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