Simon Alcide Gabriel ECOLE

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Le cas d’Alcide ECOLE pose, comme pour quelques autres combattants d’Echandelys, un problème purement « technique ». Bien que considéré comme « Mort au champ d’honneur » sur la plaque émaillée fixée sur le monument aux morts de la commune et comme « Mort pour la France » sur le tableau d’honneur de la mairie, son nom n’est présent ni dans le Livre d’or de la commune d’Echandelys, ni répertorié dans la base des hommes « Morts pour la France » du site gouvernemental de la Défense nationale. Toutefois, cette absence de mention ne retire en rien l’engagement d’Alcide pendant le conflit, et on ne peut totalement exclure que le celui-ci a été au moins en partie responsable de sa mort à l’âge de 20 ans.

Même si elle est présente dans la commune dès le XVIIIe siècle à travers deux mariages, la famille ECOL(L)E y est peu représentée. Alcide naît à Deux Frères le dimanche 5 juillet 1896 à 2 heures du matin de Jean (mais surnommé Henri), cultivateur de 31 ans et de Marie BARRIERE âgée de 34 ans. Son père, né en 1865 à la Ferté-sous-Jouarre (Seine et Marne) habite le hameau de Fédides à Cunlhat et exerce la profession de scieur de long, alors que sa mère, née en 1861, est issue d’une famille d’agriculteurs de Deux Frères. Tous deux se marient le 4 octobre 1890 et habitent dans la famille de Marie, reprenant progressivement les rênes de l’exploitation familiale jusqu’au décès des parents de Marie. Son frère aîné, Claudius, présent dans la famille depuis le premier mai 1893 sera son seul frère (celui-ci, fera toute la Grande Guerre, pendant laquelle il sera blessé plusieurs fois et décoré de la Crois de Guerre avec étoile de bronze ; marié à Fournols en juillet 1919 il décédera à Echandelys le 15 août 1958). La famille n’aura pas d’autre enfant. Est-ce la raison pour laquelle ses parents prendront en charge un pupille départemental vers les années 1910 en la personne de Jean COULARDOT, né en 1900 à Clermont-Ferrand ou est-ce pour décharger d’un peu de travail leur mère Marie BARRIERE qui va mourir le 10 juin 1914 à l’âge de 52 ans ?
Appelé un an plus tôt en raison de la guerre, il laisse un père désemparé par le décès de sa femme et le départ de son frère dès août 1914 pour incorporer le 19e régiment d’artillerie de campagne de Nîmes le 10 avril 1915. Il a alors 18 ans, est relativement grand (1m68) avec des cheveux châtain clair. Son front large fait ressortir ses yeux bleus dans un visage allongé. Son teint est coloré. Son départ va se faire sentir car comme son frère, il participait à la tenue de l’exploitation familiale et dès 1915, son père va faire une demande de secours à la municipalité :

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Constitué de 9 batteries de canons de 75, le régiment est basé à partir de juin 1915 à Ville-sur-Tourbe, quelques km à l’est de Massiges dans la Marne.

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Ce secteur est assez calme pour l’artillerie, l’ennemi se bornant à des tirs de représailles sur les tranchées et particulièrement sur les ouvrages «Pruneau» et «Calvaire» au nord de Ville-sur-Tourbe. Du 7 au 10 juin, les Allemands avec une pièce à longue portée, dite « pièce sonore» bombardent Dammartin-sous-Hans. Des hommes du 40e RI sont tués ou blessés ainsi que de nombreux chevaux. Puis, en juillet 1915, l’état major français décide d’attaquer dans un secteur toujours actif depuis le début de la guerre de position, à la partie ouest de l’Argonne, au niveau du bois de la Gruerie. Le 32e corps d’armée doit être aidé par une important préparation d’artillerie qui fait reculer le début des opérations du 12 au 14 juillet en raison de l’impréparation des réglages de l’artillerie. La mission du régiment d’Alcide est de contrebattre les batteries allemandes de Servon et des deux rives de l’Aisne. Les Allemands bombardent alors violemment les tranchées de première et deuxième ligne, mais sans attaque d’infanterie dans ce secteur. Plus à l’est, alertés par les préparatifs, ils avaient réalisé une attaque préventive qui avait enlevé par endroits les premières lignes française, lignes qui furent partiellement reprises le lendemain par une contre-attaque. Le solde de la bataille a donc été nul, mais coûta la vie à 8000 soldats français et 186 officiers.

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Le front se stabilise alors définitivement dans cette zone et le 14 août, le régiment est relevé et débarque à Epernay d’où il va occuper le secteur de Mailly-Champagne, au pied de la montagne de Reims. Elle est alors dans une situation précaire, n’ayant comme masque que le rideau de peupliers qui bordent la Vesle. C’est pendant cette période qu’Alcide ECOLE est nommé premier canonnier conducteur, le 18 septembre 1915. Puis, dans la nuit du 21 septembre, le régiment quitte ses positions de Mailly et va participer à une attaque déclenchée par la Ve Armée à l’est de Troyen au sud de la Champagne. Les batteries s’installent à 800 m. au sud ouest de la Ville-aux-Bois, dans le bois des Buttes, avec mission de faire brèche dans les défenses accessoires des tranchées de troisième ligne en avant de Juvincourt. Il doit de plus flanquer l’attaque en contrebattant les batteries allemandes. L’attaque n’a pas lieu, la trouée en Champagne n’ayant pas réussi, le régiment regagne la région ouest de Reims où il tire pour la première fois des obus à phosphore (nouveau gaz de combat). Mais un vent malencontreux s’élevant pendant le tir chasse les vapeurs sur les tranchées françaises. Il part ensuite pour les faubourgs de Reims où il s’installe début novembre 1915 et essuie jusqu’en début 1916 régulièrement des tirs ennemis qui occasionnent d’assez nombreuses pertes.

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Alcide change alors d’affectation, passant à partir du 21 mai 1916 au 115e régiment d’artillerie lourde. Ne sachant dans quel groupe il a été nommé, il est impossible de retracer alors son parcours. Il n’est toutefois resté que peu de temps dans cette unité puisqu’il repasse au 19e régiment d’artillerie de campagne le 7 juillet 1916, qu’il rejoint à Verdun. Il participe à l’attaque et à la prise de la tranchée de Bismarck le 29 juillet par le 61e RI, renforcé d’une section de mortiers de 220, un groupe de 155 long, un groupe de 120 long, et un groupe de 155 C.S. en étant chargé de la préparation. Tandis que l’A.C. et l’A.T. font et entretiennent les brèches dans les fils de fer de la tranchée ennemie, l’artillerie lourde détruit les observatoires, abris à mitrailleuses et minenwerfer.

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Tranchées de Brême et de St Gratien (autrefois de Bismarck avant la prise par les Français) en novembre 1916 (vue aérienne oblique)

Le 2 août à 13 h, la destruction des ouvrages étant jugées suffisante, l’infanterie est lancée à l’assaut, protégée par un tir d’encagement qui rend impossible l’arrivée des renforts ennemis. A 13 h 20 la tranchée de Bismarck complètement nettoyée est organisée par l’infanterie française. A 13 h 24 seulement, les Allemands commencent leur tir de barrage. Les artilleurs fortement éprouvés par le tir ennemi (191 hors de combat en deux mois sur le secteur de Verdun) ont montré une énergie et un courage au-dessus de tout éloge, construisant leurs abris et casemates et exécutant relâche des tirs sans presque ininterrompus la nuit comme le jour. (Historique du 19e Régiment d’Artillerie de Campagne Imprimerie la Rapide Nîmes). La relève permet au régiment, le 19 août 1916, de se transporter en chemin de fer dans le secteur Vailly-Soissons où elle séjourne du 28 août au 14 septembre. Puis elle se dirige par étapes vers Craonne où, dans ce secteur relativement calme, les batteries sont chargées, en plus de leur mission normale de barrage et de représailles, de préparer des emplacements pour des futures batteries de renforcement. Ces batteries viendront prendre position au moment où se produira
l’attaque française sur le chemin des Dames au printemps 1917. A partir du 15 décembre 1916, le régiment est relever pour aller combattre à Salonique, sur le front d’Orient. Alcide ne participera pas à ce bouleversement géographique puisqu’il décède à Deux-Frères, certainement lors d’une permission, de maladie d’après son dossier militaire, le 19 octobre 1916 à 2 heures du soir. Son décès sera déclaré en mairie d’Echandelys par son frère Claudius, combattant comme lui et certainement aussi en permission. La presse locale nous apporte plus de renseignements concernant les circonstances de son décès comme en témoigne l’article de presse paru dans l’Avenir du Puy-de-Dôme le 3 novembre 1916 :

Echandelys.- Obsèques.- Le 31 octobre ont eu lieu en l’église d’Echandelys, les obsèques d’un jeune soldat de la commune. M. Alcide Ecole, du 19e d’artillerie, décédé à l’âge de 20 ans, après une courte maladie. Après la cérémonie, M. Montel, directeur de l’école d’Echandelys, ami de la famille, a prononcé le discours suivant :

« Nous accompagnons à sa dernière demeure le jeune Alcide Ecole, qu’une maladie impitoyable a conduit au tombeau. Malgré les soins qui lui ont été donnés, malgré l’énergie et la résistance de sa jeunesse, la mort a eu raison de lui et l’a pris à l’âge de vingt ans, au moment où fleurissaient pour lui les plus beaux jours de l’avenir. Si Alcide Ecole n’est pas tombé face à l’ennemi, on peut dire qu’il est une victime de l’abominable guerre que nous soutenons depuis 27 mois. Il a pris, en effet, son mal en se rendant à l’appel de la Patrie. La France avait besoin du courage, de l’abnégation, de l’oubli de soi-même et de l’héroïsme de ses enfants. Tous ont répondu à son appel ; mais hélas ! combien sont tombés devant cet ennemi cruel et barbare qui a déchaîné sur notre pays et sur l’Europe entière la guerre la plus atroce que le monde ait jamais connue…Alcide Ecole était de la classe 18. Dès qu’il eut rejoint son dépôt, le 9 avril 1915, il sut se faire remarquer de ses chefs par sa bonne tenue, son intelligence et son amour du devoir. Aussi fut-il invité à suivre l’école de peloton. Il aurait fait un excellent sous-officier, comme il avait été un excellent fils et un bon frère. Le destin ne l’a pas voulu. Il est allé rejoindre sa pauvre mère qui l’attend, là-haut, dans le ciel, où tout est paix et bonheur. Permettez-moi d’adresser mes condoléances émues à son malheureux père et à son frère, qui a été un héros sur tous les champs de bataille qu’il a parcourus. Jusqu’à ce jour, il est sorti sain et sauf du déluge de feu qui l’a assailli partout. Nous faisons les vœux les plus ardents pour que sa bonne étoile le préserve des balles et de la mitraille et qu’il revienne dans ses foyers où il sera la consolation de son père. »- (L’Avenir du Puy-de-Dôme du 3 novembre 1916).

Il est aujourd’hui inhumé dans le cimetière d’Echandelys, dans le caveau familial.

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Une réflexion au sujet de « Simon Alcide Gabriel ECOLE »

    Claudius ECOLLE « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    1 décembre 2018 à 17 h 15 min

    […] jusqu’au décès des parents de Marie. Le 5 Juillet 1896, arrive un second fils dans la famille, Simon Alcide Gabriel, toujours à Deux-Frères (celui-ci, incorporé le 10 avril 1915, décédera à Echandelys le 20 […]

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