Joseph Ernest PILLEYRE

Publié le Mis à jour le

PILLEYRE J E 1886Portrait

CroixGuerre

Deuxième d’une famille de 6 enfants, il voit le jour à la Parade le 24 octobre 1886 à 8 heures et demi du soir. Son père Antoine est originaire de Domaize puisqu’il est né à Puissachet le 13 août 1854. Il s’est marié avec Marie VAISSE née au moulin de Géry le 12 janvier 1859, le 28 juillet 1883. D’abord tailleur de pierre puis maçon, la famille habitant d’abord au moulin de Géry, s’installera ensuite à la Parade. Jean Marie, son frère aîné, naît donc au moulin de Géry le 12 juin 1884 (soldat de la Grande Guerre, il trouvera la mort dès les premières semaines de combat en 1994). Vient ensuite le troisième fils, Ludovic Benoît né le 22 janvier à la Parade (marié en 1911 à Echandelys, il sera aussi victime de la guerre le 18 juillet 1917 dans la Meuse). Antoine François né le 24 juillet 1890 à la Parade, ne fera qu’un court passage sur terre, mourant à l’âge de 20 mois le 8 mars 1892, peu de temps avant la naissance de sa petite sœur Marie Eugénie le 27 août 1892 (mariée à Echandelys le 13/09/1919 avec Arthur Antoine THIODAS, un ancien combattant de la Première Guerre Mondiale, elle va mourir à Echandelys le 9 janvier 1963). Enfin, le dernier enfant, Léon Joseph né le 5 octobre 1900 à la Parade décédera à Issoire le 30 août 1956.

FamillePilleyre

Sur cette photographie sont présents sur la première rangée Maria, Jean, Ernest et Ludovic, puis sur la seconde les parents Antoine et Marie, séparés par le petit dernier Léon.
Fabricant de fromages chez les frères Berthelay lors de son incorporation (il sera plus tard négociant en bonneterie), il mesure 1 m 58 et a des cheveux bruns. Ses yeux sont gris. Son visage est ovale et il ne présente pas de signe particulier. Il arrive au 109e RI de Chaumont le 7 octobre 1907 pour devenir tambour le 25 septembre 1908 et être libéré de ses obligations le 25 septembre 1909. Il revient à Echandelys et prend certainement le métier de scieur de long pour lequel il fera des saisons comme son frère aîné en Normandie à Boisguillaume en 1911.

PILLEYRE J E 1886ScieurdeLong.JPG

Rentré à son domicile, il repart pour la région parisienne (Levallois-Perret) pendant au moins les 6 premiers mois de l’année 1913.
La guerre le rattrape le 4 août lorsqu’il rejoint le 38e RI de Saint-Etienne. Embarqué le 5 août 1914, il est dirigé sur la Lorraine et débarque aux environs d’Epinal. Dès le 14 août, il se heurte aux Allemands à Ancervillers. L’engagement est violent, mettant hors de combat 424 hommes. Le village est conquis et les Français avancent au fur et à mesure du repli allemand, après avoir franchi la frontière, par Lorquin, Bertrambois et la forêt de Hesse. Bientôt, le 38e RI atteint le piège de Sarrebourg, où les Allemands avaient renforcé leurs positions défensives et Ernest butte sur une résistance violente à Bruderdorff le 20 août 1914.

Bruderdorff

A la suite de la défaite de Morhange, le repli français est ordonné le lendemain le régiment arrive sur Baccarat où il prend part à des combats violents les 24 et 25. Il recule ensuite sur Doncières et Roville-aux-Chênes, localités qu’il enlève aux Allemands au prix là encore de lourdes pertes (900 hommes hors de combat les 26 et 27 août 1914). Jusqu’au 10 septembre, il participe à stabiliser la situation autour de Rambervillers. La première bataille de la Marne ayant repoussé les menaces sur Paris, s’engage alors la course à la mer à laquelle participe le 38e RI. Débarqué dans la région de Creil le 13 septembre, il marche vers le nord de Compiègne et participe à la reprise de Machemont. Dans le courant du mois d’octobre 1914, il participe aux combats meurtriers du village d’Antoval, de la cote 113, puis aux abords du Hamel et de Dreslincourt, région dans laquelle il reste jusqu’en novembre 1915. Le 11 octobre, Ernest envoie une lettre à ses parents par laquelle nous apprenons qu’il a été malade, mais est guéri et qu’il s’attend très bien à ce qui va lui arriver. Il sait aussi que son frère aîné est porté disparu.

 PILLEYRE J E 1886LettreP1.JPG  PILLEYRE J E 1886LettreP2.JPG
 PILLEYRE J E 1886LettreP3.JPG  PILLEYRE J E 1886LettreP4.JPG

Après avoir organisé les défenses, les belligérants restent face à face, accrochés aux mêmes positions et luttent sans obtenir de résultat tangible.

antoval

Les multiples accrochages occasionnent des pertes qui si elles ne sont pas numériquement importantes, sont répétées et agissent sur le moral des soldats. La tenue du régiment fait même l’objet d’une citation pour la 11e compagnie lors d’une attaque allemande dans la nuit du 20 au 21 décembre 1914.
En décembre 1915, le régiment est déplacé quelques dizaines de km plus au nord, dans la Somme, près de Roys, dans le secteur Grivillers-Dancourt. Il organise à nouveau le secteur, creusant les tranchées et posant les réseaux de fils de fer barbelé.

dancourt

Le secteur est calme en dehors d’un coup de main réalisé par les Français sur l’ouvrage du Disque Rouge.
Mais le 21 février 1916, l’enfer se déclenche à Verdun. Devant l’importante poussée allemande, toutes les forces disponibles françaises vont y converger. La vision du champ de bataille est dantesque. En raison du pilonnage allemand par des canons de 210, 305 et 380 contre lesquels nos 75 sont bien démunis, il n’y a plus boyaux ni tranchées. Que des trous d’obus.

verdun1916

Embarqué le 23 février 1916 à Montdidier, le régiment débarque le 25 à Givry en Argonne. Par étapes et sur des routes encombrées de longues colonnes de troupes et d’interminables convois, il s’installe sur le front entre Eix la Fiéveterie et le ruisseau de Tavannes, le premier bataillon restant en réserve au ravin du Cabaret.

EixVerdun02

Pendant 14 jours, les 2e et 3e bataillons résistent aux assauts allemands. Par contre, un peu plus au nord-ouest, la 303e brigade fléchit au niveau du village et du fort de Vaux. Le 8 mars, le 1er bataillon du 38e RI est sollicité pour lui venir en aide. Il exécute son mouvement de nuit sous les bombardements. Les conditions sont telles que certains éléments ne rejoignent leur position qu’au jour. Les 1e et 2e compagnies gardent le village, la 3e puis la 4e renforcent la garnison du fort où l’ennemi est parvenu jusqu’au réseau de fils de fer barbelés du parapet. Le 38e RI s’y déploie et gagne une citation à l’ordre de la division pour avoir repoussé l’ennemi malgré ses nombreux assauts : Ayant été relevé par une compagnie territoriale, a demandé à reprendre sa place sur les parapets aussitôt les fusils refroidis et nettoyés et a continué la lutte sur un terrain absolument nivelé par l’artillerie et rasé par la fusillade : a ainsi obligé l’ennemi à se retirer après lui avoir infligé de grosses pertes : 200 tués et de nombreux blessés.

VauxFort

Lorsque le 15 mars 1916 le 38e RI quitte le champ de bataille de Verdun, l’élan allemand est brisé et le front stabilisé. Le régiment déplore 51 tués et 334 blessés. Il est obligé de se reconstituer à l’arrière, d’abord dans la région de Saint-Dizier, puis dans l’Oise à Verberie jusqu’à la fin du mois d’avril 1916. Il remonte ensuite dans l’Aisne, dans la région de Bitry, au plateau de Moulin sous Touvent, à l’est de Compiègne.

Bitry

Les paysages de la vallée de l’Aisne, même pendant la guerre restent plus riants. L’artillerie n’y a pas fait les mêmes ravages. Même si les accrochages sont moins violents, les engins de tranchée sont actifs et font de multiples victimes.
Le premier juillet 1916, Ernest est affecté au 216e RI qui s’achemine vers les Vosges. Toutefois, cette affectation n’est pas une certitude, puisqu’Ernest est censé avoir été blessé par balle au bras gauche en septembre 1916 à Puisieux (Seine-et-Marne ou Pas-de-Calais) alors qu’à cette date, le 216e RI est à Verdun. Cette mention portée sur sa fiche au registre matricule n’est peut être pas exacte. C’est donc sans certitude absolue que l’on peut penser qu’Ernest monte en ligne le 5 juillet sur le Violu. Monter est une réalité, puisque les Français tiennent le somme à plus de 1000 mètres, et les Allemands certaines des pentes. Les sentinelles ne sont parfois qu’à 5 ou 6 mètre, dans des boyaux communs. Grenades et insultes fusent. Certains point comme Violu nord, Violu centre et la tranchée Reynault sont agités. Les 14 et 24 juillet, après un bombardement intensif de minen de tout calibre pendant cinq heures, les tranchées et le boyaux sont nivelés. Les Allemands attaquent alors, progressant de tour en trou. Ils sont repoussés. Les grenades à fusil jouent un grand rôle. Compte-tenu de la proximité des belligérants, tout bruit s’entend. Les corvées de soupe et les relèves sont systématiquement encadrées et protégées par l’utilisation de ce matériel. Par contre, dès que l’on quitte la zone immédiate du conflit des sommets, la nature semble intacte en cet été.

Violu

Le 28 août 1916, le régiment pour travailler à Gervenheim dans l’organisation d’une deuxième position dans les bois, à quelques kilomètres de la première ligne. Il repart le 2 octobre 1916 pour Haudainville. Là, se déroule un incident qui aurait pu être lourd de conséquences. Le 5e bataillon loge dans les péniches du canal parallèle à la Meuse. Une des péniches faisant eau avec rapidité, une des compagnies manque de faire naufrage avec armes et bagages. Courant octobre, le régiment monte en ligne devant le fort de Vaux, au niveau de l’ouvrage rond, la tranchée Kleist et la tranchée Claudel. Un bataillon reste en réserve dans le tunnel de Tavannes.

verdun1916carte

Sous des bombardements incessants, il s’acharne à préparer le terrain d’attaque en creusant boyaux d’accès et parallèles de départ. Les premières gelées durcissent le sol et engourdissent les sentinelles. Plusieurs hommes sont tués. Le 25 octobre 1916, le régiment participe à l’attaque du fort de Vaux qui fait suite à la prise du fort de Douaumont. En raison d’une préparation d’artillerie insuffisante, les troupes d’assaut sont décimées. Certains soldats du 216e RI parviennent jusque sur le fort même où ils sont anéantis par les mitrailleuses. Des tranchées sont creusées sur les dernières positions conquises mais sont rapidement l’objet de tirs de l’artillerie ennemie. Une pluie diluvienne finit par chasser les soldats de leurs trous péniblement creusés. C’est certainement à cette période qu’Ernest gagne sa citation à l’ordre du régiment du 3 novembre 1916 : a assuré son service sous un violent bombardement. Elle lui permet l’obtention de la croix de guerre et certainement le grade de caporal, obtenu le 7 novembre. Le 216e RI repart alors à Haudainville pour se reposer en vue de la nouvelle attaque du fort prévue dans la nuit du 2 au 3 octobre 1916. Les français ayant appris l’évacuation du fort, l’état major envoie alors une compagnie du 298e RI qui l’occupe sans coup de feu.

VauxFort02

Le régiment part ensuite au repos en Argonne pendant trois semaines puis remonte en ligne devant Saint-Mihiel dans le secteur de Chauvoncourt et des Paroches. Il y jouit jusqu’au premier avril 1917 d’un repos relatif, seuls les coups de main quasi quotidiens maintenant la vigilance de tous en éveil.
Du premier avril au premier mai, le régiment exécute des exercices au camp d’Arche.
Le premier mai, il tient le secteur de la Fontenelle dans les Vosges, secteur plutôt calme mais où les coups de main restent quotidiens. Le 18 juin, la 21e compagnie exécute un coup de main longtemps préparé à l’arrière et pénètre jusqu’à la troisième ligne allemande, fouillant les abris, ramenant prisonniers et matériel, valant à la compagnie une citation à l’ordre de l’armée. le régiment est relevé le même jour et repart pour Verdun où il s’échelonne en profondeur au pied du Mort-Homme. Il prépare le secteur en vue d’un assaut, préparation contrecarrée par l’emploie par les Allemands d’obus toxiques. Mais le 216e RI ne fera pas l’attaque. Il est relevé le 17 août 1917. Tout le mois de septembre est occupé par une période de repos où fêtes, concerts, concours sportifs et certainement permissions se succèdent. Les mutineries récentes de l’armée française y sont certainement pour quelque chose.
Le premier octobre 1917, le 5e bataillon monte en ligne aux Eparges. Les autres bataillons, un peu plus au nord contrôlent Montgirmont et Montsous-les-Côtes. Le secteur est assez calme sauf pour la 18e compagnie qui occupe le saillant X aux Eparges. La tension y est importante, les sentinelles entendant l’ennemi travailler sous leurs pieds. De plus, une pluie torrentielle fait ébouler les tranchées et noie les abris qui doivent être abandonnés. Relevé le 7 novembre 1917, le régiment part au repos à Marat puis remonte en ligne à Verdun le 8 décembre 1917. Il consolide le terrain que les zouaves viennent de prendre au ravin de Samogneux. La terre est gelée et les abris occupés, construits par les Allemands, sont tournés dans le mauvais sens, vers les lignes allemandes ! Les attaques allemandes sont déjouées et le 216e RI laisse un secteur en cours d’organisation lorsqu’il est relevé le 18 janvier 1918. Pendant un mois, il travaille à l’organisation des deuxièmes positions dans la région de Sainte-Menehould. La 18e compagnie et détachée à Vaubécourt, secteur connu des scieurs de long, pour réaliser des coupes de bois.
Le 20 février 1918, le régiment est chargé de tenir dans le bois de la Gruerie un secteur très étendu, en avant de Vienne-le-Château et de la Harazée. Certains secteurs comme la route de Binarville restent actifs, soumis à des écrasements complets par torpille et à des coups de main allemands arrêtés par les patrouilles. Dans l’attente d’une attaque, seuls un nombre restreint de soldats occupent les avant-postes, chargés de donner l’alerte, le reste des troupes occupant de nouvelles postions non repérées par les Allemands à l’arrière, laissant le temps à l’artillerie française de bombarder les troupes d’assaut allemandes sur les espaces abandonnés.
Mais devant la reprise de l’offensive allemande sur Soissons, le 216e RI est relevé en camions le 16 juillet pour arriver le 17 au sud de l’Ourcq, face à l’est. Un matériel considérable a été rassemblé pour soutenir la résistance française : avions, artillerie de longue portée, tanks… D’abord suivant la progression française sur Monnes, Neuilly Saint-Front puis le bois Latilly, le régiment attaque et tient la route de la Croix à Grisolles.

grisolles

La guerre de mouvement reprend. Il est chargé le 24 juillet de poursuivre l’attaque afin de sonder la résistance allemande. C’est une hécatombe dont bien peu reviendront. Lorsque le 6e bataillon prend le terrain le lendemain, il trouvera des mitrailleuses groupées par huit à la fois. Devant l’importance des pertes, le régiment est dissout.
Ernest passe alors au 233e RI le 16 août 1918. Il rejoint son nouveau régiment resté en réserve dans l’Aisne. Fin août, embarqué en chemin de fer, il arrive en Alsace le 29 août pour tenir le secteur de l’Hartmannswillerkopf jusqu’au 18 octobre. Le secteur est relativement calme. Après un séjour au camp de Darney, il est envoyé le 6 novembre dans la région de Brin, au nord-est de Nancy, en renfort. Il allait participer à l’offensive de la 1e DI lorsque l’armistice est signée. Le 17 novembre, il passe la frontière au pont de Brin et va cantonner à Vaxy.

brinpont

Le 22 novembre 1918, il pénètre dans Sarrebrück puis gagne par des marches pénibles la rive droite du Rhin à partir du 14 décembre, où il cantonne d’abord à Grieshein, puis à Biedrich près de Mayence. Le 14 février 1919, le régiment est dissout et Ernest est affecté au 73e RI. Le temps de rentrer en Auvergne, il est démobilisé le 12 mars 1919 et se retire à Echandelys.
Il se marie alors à Marsac le 31 mai 1919 et y décédera le 21 juin 1965. Parmi les trois enfants de la famille à avoir fait la Première Guerre, c’est le seul survivant.

2 réflexions au sujet de « Joseph Ernest PILLEYRE »

    Ludovic Benoît PILLEYRE « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    1 novembre 2017 à 16 h 09 min

    […] Grande Guerre, il trouvera la mort dès les premières semaines de combat en 1994). Vient ensuite Joseph Ernest le 24 octobre 1886, premier enfant né à la Parade (Il sera aussi soldat pendant toute la Grande […]

    Jean Marie PILLEYRE « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    9 novembre 2017 à 18 h 50 min

    […] D’abord tailleur de pierre puis maçon, la famille s’installera ensuite à la Parade où naît Joseph Ernest le 24 octobre 1886 (il sera aussi soldat pendant toute la Grande Guerre mais aura plus de chance […]

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s