Jean Marie Antoine LONGECHAL

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C’est le seul enfant d’Antoine, propriétaire cultivateur de Lospeux où il est né le 4 juin 1850 et de Marguerite LAFARGE, née à Beauregard (Aix-la-Fayette) le 8 septembre 1855. Après leur mariage, Jean Marie voit le jour le dimanche 5 janvier 1879 à 1 h du soir à Lospeux. Un petit frère, Annet Joseph, né le 9 juillet à Coudeyras ne survivra que quelques semaines. Son père meurt à Lospeux le 27 février 1900 à l’âge de 49 ans. Le 14 octobre suivant, Jean Marie, garçon limonadier, est incorporé au 44e RI de Lons-le-Saunier, Montbéliard. Il mesure alors 1 m 63 et possède des cheveux châtains. Ses yeux sont bruns et un nez qualifié « de travers » est le seul élément particulier de son visage ovale par ailleurs. Il est rendu à la vie civile le 21 septembre 1901. Après un passage rue Montlosier à Clermont-Ferrand en 1901, il revient à Echandelys en 1908 pour retourner à Clermont au 21 de la rue Charretière en février 1909. Il est alors ouvrier à l’usine Michelin. Le 16 septembre 1911, il se marie à Fournols avec Marie Lucile HOBENICHE, originaire du Forestier où elle était née le 26 avril 1888. En 1913, le couple déménage au 30 de la rue Ballainvilliers à Clermont-Ferrand.
Jean Marie a 35 ans lorsque la guerre éclate. Il arrive au 99e RIT de Clermont-Ferrand le 7 août 1914. Il y retrouve plusieurs autres soldats d’Echandelys dont les frères BRAVARD (Gustave Louis et Ernest Abel) du Cluel et Antonin BOURNERIE du Buisson. Le régiment gagne Lyon par voie ferrée le 16. Il y tient un front de 30 km jusqu’au 20 octobre 1914, avec un intermède dans le camp de la Valbonne où il fait des manœuvres et s’entraîne au tir. Jean Marie ne restera pas jusqu’en octobre, puisque le 20 septembre 1914, il est affecté au 50e RI de Périgueux, en même temps qu’Antonin BOURNERIE.
Son nouveau régiment, ayant perdu environ 1600 hommes en Belgique, ne reçoit un renfort que de 400 soldats. C’est donc affaibli qu’il participe à la 1er bataille de la Marne à Aubérive-sur-Suippes le 17 septembre 1914. Là, les Allemands avec leur mitrailleuses et leurs canons de 77 clouent sur place les attaques des 19, 20, 24 et 30 septembre faisant de nombreux morts.

Aubérive

Dans la tranchée de la mort, les bombardements tuent la moitié des effectifs d’un bataillon dans la seule journée du 30 septembre. A partir de ce moment, les grandes offensives cesseront et les soldats vont s’enterrer dans les tranchées et essayer d’améliorer leur quotidien.
A partir de mi octobre et jusqu’à fin février 1915, le régiment stationne un peu plus à l’ouest dans le secteur de Prosnes. En raison de l’arrivée de renforts venus du nord, de nombreux mineurs rejoignent le régiment. Ceux-ci creusent de nombreux ouvrages dans la craie de Champagne, ce qui permet de considérablement améliorer le secteur. La dysenterie qui avait fait des ravages jusqu’alors disparaît, les hommes pouvant faire chauffer leurs repas et consommer du vin (remplaçant l’eau non potable !).

Prosnes

Comme le montre la carte ci-dessus avec la répartition des régiments, les régiments d’active tournent en les encadrant avec des régiments de territoriaux (le 112e RIT pour le 50e RI).

Prosnes2

On sait par des prisonniers que les tranchées allemandes sont tenues par des Polonais. Le 26 novembre, un groupe de vingt-cinq Polonais de la Légion étrangère vient au 50e RI pour essayer, par des chants nationaux et en montrant leur drapeau, d’amener leurs compatriotes à déserter. Ils font leur propagande avec ardeur mais n’arrivent qu’à provoquer le changement de secteur des Polonais de la ligne allemande. Leur porte-drapeau est par ailleurs tué pendant cette opération.
Le 28 février 1915, le régiment se déplace 5 km au sud pour relever à Baconnes une partie des 326e RI et 117e RIT. Puis, le 25 mars 1915, le régiment part pour une destination inconnue.
C’est la Lorraine qu’il rejoint, où il est mis en attente du 28 mars au 15 avril. Venant relever le 108e RI dans le secteur de Régniéville, Feyen-Haye, il ne s’agit point de reprendre immédiatement les attaques mais de les préparer par la création de bonnes tranchées et de boyaux de communication sur le terrain conquis. Se relevant tous les quatre jours avec le 108e RI, le 50e RI, fournit un travail énorme, dans un terrain particulièrement difficile, sous un bombardement d’artillerie, continuel au début, auquel s’ajoutait le harcèlement par un engin nouveau, la torpille dite « seau à charbon ». Sans combattre, il subit des pertes importantes.

seauàcharbonsite

Torpille type seau à charbon
Lanceur                                                                                               Projectile

Il est relevé les 28 et 29 mai pour un cantonnement de repos loin à l’arrière, à Foug. Le régiment donne même un concert pour ses soldats et les premières permissions apportent un peu de moral aux soldats.
Le 22 juillet 1915, le régiment part en Artois en automobiles. Il occupe sous une pluie qui rend glissants tranchées et boyaux le secteur de Neuville-Saint-Vaast. Tournant en alternance avec le 126e RI, il organise les ouvrages, recevant de nombreuses attaques de minenwerfer, en particulier sur le secteur de la route de Neuville à Thélus. Les travaux ont pour but de préparer une attaque qui rompra le front ennemi. Après un bombardement de 72 heures, le 25 septembre 1915, à midi 25, les vagues d’assaut du 126e RI se précipitent en avant. Devant le travail des mitrailleuses allemandes, ce dernier ne peut se maintenir et reflue. Les quelques éléments du 50e RI qui montent à l’assaut sont fauchés à leur tour. Une nouvelle attaque est reportée au lendemain. L’artillerie, encore mise à contribution, ne peut nettoyer les barbelés allemands trop près des premières lignes françaises. Elle est toutefois tentée avec le 108e RI mais ne peut se maintenir. Plus de 700 hommes y perdent la vie. Le régiment est alors relevé mais chaque jour il se déplace ; le 28, dans la soirée, il quitte le cantonnement de Maroeuil pour aller à Agnez-les-Duisans ; il repart le 29, pour Lignereuil et Blaviricourt. Le 30, il fait une étape de plus de trente kilomètres pour relever, dans la nuit, des éléments devant Roclincourt et plus au sud. Ainsi, sans avoir pris aucun repos, après les dures journées d’attaque, le 50e RI se trouve de nouveau en ligne dans un secteur, généralement assez bombardé, très démoli, dans lequel les tranchées et boyaux manquent de profondeur. Il se met de suite au travail et, malgré les pertes (17 tués, 19 blessés en quatre jours), il a réalisé une amélioration sensible quand, le 4 octobre, le 326e RI vient prendre le secteur. Le 6 octobre 1915, Jean Marie est nommé caporal.
Après quelques jours passés à Wanquetin, puis à Haute-Avesnes, Ecoivres et Neuville-Saint-Vaast, pendant la préparation et l’exécution d’une nouvelle attaque le 11 octobre menée par le 108e sur le bois de la Folie, le 50e RI est en secteur, dans la nuit du 12 au 13 octobre, au nord-est de Neuville-Saint- Vaast. C’est là, avec quelques légères modifications de front, que le régiment va passer l’hiver de 1915-1916, soutenant sans faiblir une lutte, à la fois contre un ennemi agressif, qui, lorsqu’il n’attaquera plus en terrain découvert, commencera la guerre de mines, et contre la boue. Jusqu’à la fin d’octobre, le commandement conserve des intentions offensives : on ne place point de fil de fer devant la première ligne, au contraire on fait des travaux d’avance.

NeuvilleStVaast1915carte.jpg

Mais le 30 octobre, à la pointe du jour, de grosses torpilles éclatent simultanément sur toute la ligne de guetteurs qui, presque en même temps, est submergée par plusieurs vagues d’assaut très denses, pendant qu’un barrage intense est déclenché sur tout le secteur. Les Allemands sont rapidement arrêtés : des contre-attaques incessantes pendant toute la journée et le lendemain permettent de reprendre le terrain perdu. En 2 jours le 50e RI a perdu 500 hommes. Puis, arrive un nouvel ennemi : la pluie qui, dans la terre extrêmement fine et grasse des vergers de Neuville, menace de destruction rapide toutes les organisations, cause l’éboulement des parois, transforme les tranchées et boyaux en lits de boue épaisse dans laquelle on enfonce jusqu’aux cuisses et où l’on risque de s’enliser. Au commencement de décembre la situation créée par la boue devient inquiétante. Malgré tous les efforts, le 10, la circulation est interrompue : les premières lignes sont menacées de manquer de ravitaillement ; il y a de nombreux pieds gelés. Sous l’impulsion énergique du lieutenant-colonel Payerne, le régiment fait un effort presque surhumain et arrive à se dégager. Oh ! les pénibles journées ! Le séjour au secteur est de huit jours ; quand vient la relève, on éprouve un grand soulagement certes, mais que la marche est pénible pour ces hommes dont la plupart ont les pieds tuméfiés, qui portent un sac surchargé et dont les vêtements, capote, culotte, molletières, les couvertures et toiles de tente, les musettes sont encore alourdies par la boue formant sur toutes choses un enduit épais ! On se traîne en geignant jusqu’à la chaussée Brunehaut. Merveilleux ressort de ces admirables soldats ! Quand, vers la chaussée Brunehaut, on aperçoit les cuisines roulantes qui attendent pour distribuer le repas, quand surtout chacun a mangé la soupe et bu un quart de vin; la gaîté est revenue. Et puis on sait que les autos attendent pour nous transporter dans notre cantonnement habituel, loin du canon (d’abord Izel-les-Hameaux, Tilloy-lès-Hermaville, Doffine, puis Ambrines, Pénin, Villers-Sir-Simon, Doffine) où chacun connaît son coin! C’est déjà le commencement du repos ! […] Au cantonnement on se nettoie et on jouit le plus largement possible du repos qui, comme le séjour aux tranchées, est régulièrement de huit jours. (Historique du 50e RI Imprimerie Cassard frères Périgueux 1920). La consigne est alors d’organiser le secteur défensivement. Mais l’artillerie allemande reste très active et les premières lignes souffrent des grenades à fusil et des seaux à charbon. C’est alors que Jean Marie trouve la mort, tué à l’ennemi le 9 novembre 1915. Il avait 36 ans. Il semble laisser une fille en bas âge ainsi que sa mère qui comptait sur lui pour subvenir à ses besoins comme l’indique la lettre ci-dessous :

LONGECHAL J M A 1879 Alloc.jpg

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