Arthur Antoine THIODAS

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Il naît le mercredi 23 octobre 1889 à midi au bourg, de Joseph THIODAS, né à Brousse le 3 avril 1856, et de Anne RAVAUD, ménagère née au bourg d’Echandelys le 22 août 1860. Son père, maçon, était certainement l’apprenti de Marc Antoine RAVAUD, lui-même maçon au bourg, et dont il avait épousé la fille. Second enfant d’une famille de trois garçons, son frère aîné, Maurice Antoine, lui-même soldat de la Première Guerre Mondiale (pendant laquelle il va mourir le 19 mai 1916), est né le 2 avril 1888. Arrive en dernier Théodore Marius le 21 août 1893. Toutefois ce dernier décède quelques jours plus tard, le 5 septembre 1893, précédé par sa mère qui meurt probablement des suites de couches le 26 août 1893 à 10 heures du soir au bourg. Leur père, quant à lui, meurt le 18 juin 1908 au Mas, à l’âge de 52 ans. Ses deux fils sont alors respectivement âgés de 18 et 20 ans. Leurs tuteurs sont alors Antoine THIODAS, leur oncle paternel, maçon au bourg, puis Jean DISSARD, propriétaire cultivateur du bourg, qui déclare s’occuper d’eux depuis le décès de leur oncle survenu le 29 août 1914, les deux orphelins ne possèdent qu’une terre au Mas et une maison inhabitable. Il subvient donc à leurs besoins et fera une demande d’allocation en janvier 1916 à la municipalité d’Echandelys, car en raison de la poursuite de la guerre, ses possibilités financières s’amenuisent.
Arthur Antoine est incorporé au 16e RI de Montbrison le 1er octobre 1910. Il mesure alors 1 m 66 et est scieur de long et maçon. Ses cheveux sont châtain clair et ses yeux bleus. Il possède un visage ovale avec un nez busqué sans autre particularité. Soldat de 2e classe, il est ensuite affecté à la 25e section d’infirmiers militaires et part alors en Tunisie où il arrive le 7 juin 1911. Pendant quelques semaines, il apprend certainement son nouveau « métier » et est ensuite affecté à la 20e section d’infirmiers militaires au Maroc. Il suit alors les opérations militaires dans le Maroc loin d’être pacifié et dont les feux sont régulièrement ravivés par les agents infiltrés allemands qui y voient une façon de préparer la future guerre européenne (un certain nombre d’officiers et de sous-officiers allemands vont s’y aguerrir, parfois au prix de leur vie, afin de se préparer, par des actions de guérilla, au futur conflit européen).

Casablanca

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En 1911, Abd-al-Hafid, sultan du Maroc, se retrouve assiégé à Fès par des soulèvements populaires et sollicite l’aide de la France. Le général Moinier à la tête d’une armée de 23 000 hommes, libère le sultan. La situation est irréversible et aboutit à la convention de Fès du 30 mars 1912 qui fait du Maroc un protectorat français. Moulay Abd al-Hafid abdique en faveur de Moulay Youssef. Sous la conduite du général Lyautey, devenu résident général, après l’établissement du protectorat français sur le Maroc en 1912, l’armée française lutte contre les tribus berbères insoumises qui échappent (bled Siba) à l’autorité Makhzen, dans le cadre de la pacification du Maroc. Le colonel Charles Mangin est l’un des principaux acteurs de cette guerre coloniale. Il mène l’offensive contre les tribus rebelles du Moyen Atlas, il cherche à s’emparer des plateaux du Tadla et de Beni Mellal, qu’il considère comme une ressource importante en nourriture pour les colons, et à contraindre les tribus Zayanes et Khénifra à se réfugier dans les montagnes afin de les empêcher d’intervenir dans la lutte. Charles Mangin adopte une stratégie consistant à isoler le contingent des Zayanes du théâtre des opérations militaires avec l’avancée des troupes venant de Taza-Meknès et de Casablanca-Tadla, l’étau se resserre sur les Zayanis qui intervenaient en dehors de leur territoire.

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Arthur Antoine se retrouve alors acteur de cette action militaire qu’il quitte le 28 août 1912, après être repassé à la 25e section d’infirmiers militaires le 6 avril de la même année. Il devient titulaire de la médaille commémorative du Maroc et se retire à Echandelys.
Il est toujours célibataire lorsque, à 24 ans, il arrive lors de la déclaration de la guerre, le 6 août 1914 à la 13e section d’infirmiers militaires. En l’absence de document plus précis, nous ne pouvons établir alors son parcours, les soldats du service de santé étant disséminés sur tout le front en fonction des besoins. Nous savons simplement qu’il est affecté à l’ambulance 12/13 en 1916. Le 25 janvier 1917, il passe au 69e RI.
Son régiment accomplit une période d’instruction au camp de Saffrais du 19 janvier au 18 février 1917. Jusqu’au 13 mars, il cantonne entre Lunéville et Bénaménil où il organise le secteur, créant des positions d’artillerie et posant des lignes téléphoniques enterrées. Il a pour mission en outre de renforcer le front en cas d’attaque ennemie. Le 17 février, le général Lyautey, originaire de Lorraine et que Arthur Antoine a certainement dû apercevoir lorsqu’il était au Maroc remet la médaille militaire au général Foch devant le front des unités de la 11e division aux environs de Lunéville.

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Du 14 au 23 mars 1917, le 69e RI cantonne à Haussonville puis débarque le 25 à Mézy près de Château-Thierry. Il va alors participer, lors de l’offensive de printemps 1917 à la 2e bataille de l’Aisne. Il se met en marche pour se rapprocher du front et il gagne Courcelle. Les convois interminables, les embouteillages aux carrefours, les encombrements des villages prédisent une offensive prochaine. La nuit du 14 au 15 avril se passe dans de mauvais cantonnements : impossible de dormir à cause des salves tirées par les pièces de 320 sur voie ferrée dans la région de Laon. Le 15, dans l’après-midi, le régiment vient prendre ses emplacements de combats dans la région de Verneuil-Courtonne, Mousey. Le 69e RI, partant de la région de Courtonne 1 h 20 après le début de l’attaque, doit atteindre Moussy et Verneuil puis le revers sud du Chemin-des-Dames, au nord du village de Braye. Six heures plus tard, il doit franchir le Chemin-des-Dames, se porter au nord de l’Ailette et déboucher des points de passage sur le ruisseau, pour servir éventuellement à l’exploitation du succès dans la plaine de Laon. En outre, une compagnie du 3e bataillon est mise à la disposition du 156e RI pour le nettoyage des abris, creutes et villages, et une compagnie avec une section de mitrailleuse de ce même bataillon est chargée de s’installer défensivement à la sortie du tunnel du canal à Braye.

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L’attaque débute à 6 heures. Mais elle ne progresse pas comme prévu et il en résulte d’importants embouteillages. Le poste de commandement du 69e RI, situé dans le château de Verneuil, s’efforce de remettre de l’ordre dans l’unité. Le 17 avril, les Allemands évacuent Vailly, puis Bray-en-Laonnois que le 69e RI essaie d’organiser, tâche difficile car surplombé de 100 mètres par le Chemin des Dames et déparé en deux par le canal.
Le 5 mai au matin, une nouvelle attaque est déclenchée. Il suit les 2e et 4e BCP qui atteignent la ferme Malval et la tranchée du Havre, sur le rebord du plateau, doivent en partie se replier devant une contre-attaque allemande particulièrement violente. Une nouvelle attaque, prévue le 6 mai 1917, ne parvient qu’à provoquer une importante contre-attaque allemande. Dans la nuit du 6 au 7 mai, les unités sont regroupées et le régiment prend à lui seul le sous-secteur de l’éperon de Braye, qu’il garde et organise jusqu’au 14 et 15 mai. C’est un secteur difficile, ou l’ennemi tente de fréquents coups de main, en particulier sur le fameux barrage de la tranchée du Havre, qui résiste à toutes leurs tentatives.
Relevé à partir du 14 mai, le 69e RI gagne la région sud de Breny où il se repose jusqu’au 13 juin. Le 16, il débarque à Toul. Il entre en secteur entre le 23 et le 25 juin sur un secteur très étendu, de 8 km, entre le bois Jury et le nord-est de Limey.
A vrai dire, le secteur est confortable ; il y a de bons abris, les cuisines ne sont pas trop éloignées, des voies de 60 permettent d’amener les matériaux et le ravitaillement jusqu’à 400 mètres des premières lignes et le P.C Carrière ou se trouve le colonel, tous les services du régiment et la compagnie de réserve, est un véritable village avec eau, électricité, etc. ; le “ marmitage ” n’est pas terrible, certains jours il ne tombe pas plus d’une cinquantaine d’obus sur un secteur aussi étendu. Mais, par exemple, il y a les torpilles ; certains points les attirent particulièrement et le Boche en fait un large emploi, démolissant ainsi tranchées et réseaux, que l’on est obligé de reconstruire à chaque instant. Heureusement le colonel ne veut pas s’en laisser imposer par le Boche, aussi a-t-il pris toute une série de mesures pour mater celui-ci. Ce fut d’abord le repérage des nombreux Minenwerfer dont certains se montraient particulièrement généreux pour les tranchées qui leur faisaient face, tel le minen 23, devenu légendaire au régiment. Puis ce fut l’antenne, avec le capitaine Denis, commandant l’artillerie du sous-secteur, et son fidèle officier orienteur le lieutenant Richard, presqu’un du 69e, tellement il y est connu pour avoir coopéré avec le régiment pendant de nombreuses affaires, et chacun sait avec quel dévouement il l’a fait et les nombreux services qu’il a rendus. (Historique du 69e RI). Les soldats, lors des périodes de calme, visitent quelques curiosités : Le PC Carrière et ses cagnas en cascade, l’église de Flirey découpée par les obus, le viaduc de chemin de fer dont le tablier pend curieusement…

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Le 9 juillet 1917, Arthur Antoine est affecté au 35e RI, dans lequel combat Joseph Alexis BARRIERE de Deux Frères. Son nouveau régiment est stationné à Fleury-la-Rivière en réserve d’armée. Le 16 août 1917, il est amené en camions à Verdun où il participe à l’organisation de la côte 344 récemment conquise. Les bombardements y sont fréquents et y cause d’assez nombreuses pertes, mais Arthur Antoine n’y reste pas, puisqu’il est muté au 175e RI le 26 août 1917. Il renoue alors avec l’étranger puisque son nouveau régiment combat depuis plusieurs années en Orient. Après avoir combattu dans les Dardanelles, puis à Salonique, il est alors en Macédoine, se déplaçant progressivement de Negovani à Acmenik où il arrive le 2 septembre 1917. Il continue ensuite à progresser dans la région de Koritza (actuellement en Albanie) et dans un pays montagneux aux étapes difficiles, il arrive dans la nuit du 7 au 8 septembre sur les rives du Devoli.

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Le 8 septembre 1917 dans la matinée, le 175e RI attaque. En raison du terrain escarpé, la progression est difficile. Le lendemain toutefois, l’ennemi bat en retraite et le régiment atteint Leonica le 10. Le 15 septembre, il se dirige sur Zemlah, où il stationne jusqu’au 8 octobre. Il soutient ensuite les 19 et 20, de durs combats au Piton Chevelu et au Piton de la Balise (région du lac d’Ochrida).

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Du 21 octobre au 11 novembre, le régiment occupe des positions au nord de Cervenaka. Il est alors relevé et se porte par étapes dans la région de Florina où il exécute des travaux divers. Le 11 janvier 1918, le 175e RI se rend à Lubajna où il relève dans cette région les troupes russes occupant le sous-secteur de Presba. Le régiment occupe le secteur de Lubojna, où il exécute des travaux jusqu’au 28 août. A cette date, il est relevé et se rend par étapes dans les régions de Zelova et Ostina où il est réuni à partir du 4 septembre pour pratique des exercices d’entraînement en vue de la prochaine offensive. Le 21 septembre 1918 commence l’attaque générale des positions ennemies de la plaine de Cerna. Mogila est occupé le 22 par le 175e RI. L’ennemi battant en retraite, le mouvement en avant continue. Le village de Berancy, bien que fortement défendu par les Bulgares, est enlevé le 23. La poursuite continue sans arrêt. Ivanovce est occupé le 24. Le 25, le régiment s’empare de la cote 1493 et du village de Dwenik. Sans opposer de résistance, l’ennemi continue son mouvement de retraite. Le 30 septembre 1918, à Brezovo, la nouvelle parvient de la cessation des hostilités avec la Bulgarie. Début octobre, le régiment stationne aux environs de Kicevo. Il y est décimé par une épidémie de grippe qui fait de nombreuses victimes. Par étapes il se transporte des environs de Kicevo à Monastir où il arrive le 12 novembre. Départ pour Verria le 14, par chemin de fer. Il y reste jusqu’au 17 décembre 1918.
Désigné pour aller à Sébastopol, en Crimée, il se rend le 18 décembre à Salonique par chemin de fer. Le lendemain, il embarque sur le Dobrouhja et le Varna et débarque à Sébastopol le 26.

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Les premiers mois se déroulent sans incident. En mars, craignant l’arrivée des troupes bolchevistes, la troupe organise un camp retranché avec pose de réseaux de fils de fer en avant du Mamelon vert et de Malakoff. Il y prend position le 11 avril. Le 15, les Français sont attaqués par les Bolcheviques, mais les obligent à reculer. Les canons des cuirassés en rade ouvrent le feu le 16. Le 17, des négociations sont conduites avec les délégués des Soviets. Le 28, le régiment embarque sur le Kherson et quitte Sébastopol sans incident. Il arrive à Constantza le 1er mai et repart par le Danube puis par train et arrive à Mannsburg le 9 mai. Le régiment étant dissout le 8 juin 1919, Arthur Antoine est rapatrié le 2 et affecté au 9e RI le 3.
Il est démobilisé le 20 juillet 1919 et se retire à Echandelys. Deux mois plus tard, il se marie avec Marie Eugénie PILLEYRE dont trois de ses frères ont combattu pendant cette guerre en deux, Jean Marie et Ludovic Benoît n’en sont pas revenus. Arthur Antoine s’éteindra au Mas en 1941 à l’âge de 51 ans.

4 réflexions au sujet de « Arthur Antoine THIODAS »

    Ludovic Benoît PILLEYRE « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    1 novembre 2017 à 16 h 09 min

    […] de sa petite sœur Marie Eugénie le 27 août 1892 (mariée à Echandelys le 13/09/1919 avec Arthur Antoine THIODAS, un ancien combattant de la Première Guerre Mondiale, elle va mourir à Echandelys le 9 janvier […]

    Joseph Ernest PILLEYRE « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    9 novembre 2017 à 17 h 49 min

    […] de sa petite sœur Marie Eugénie le 27 août 1892 (mariée à Echandelys le 13/09/1919 avec Arthur Antoine THIODAS, un ancien combattant de la Première Guerre Mondiale, elle va mourir à Echandelys le 9 janvier […]

    Jean Marie PILLEYRE « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    9 novembre 2017 à 18 h 50 min

    […] de sa petite sœur Marie Eugénie le 27 août 1892 (mariée à Echandelys le 13/09/1919 avec Arthur Antoine THIODAS, un ancien combattant de la Première Guerre Mondiale, elle va mourir à Echandelys le 9 janvier […]

    […] de Lachamp, commune de Brousse. Maurice Antoine est rapidement accompagné d’un frère, Arthur Antoine, qui naît le 23 octobre 1889 puis de Théodore Marius le 21 août 1893. Toutefois ce dernier […]

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