René Marc Antoine RAVAUD

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Unique enfant d’Antoine et de Marie COUDEYRAS, il naît le jeudi 16 août 1894 à la Parade à 5 h du matin. Son père, maçon, est lui-même né au bourg le 16 août 1867 et avait 8 frères et sœurs dont 4 ont eu des enfants. René a de ce fait trois cousins, Maurice Antoine THIODAS, Arthur Antoine THIODAS et Léo Alphonse Jean THIODAS qui seront soldats pendant la Première Guerre Mondiale. Le premier y perdra la vie en 1916 au Mort-Homme. Un de ses oncles, Alphonse Jean RAVAUD sera aussi mobilisé pendant le conflit. Sa mère, Marie COUDEYRAS, est de la Parade où elle est née le 18 juillet 1871. Ses parents se sont mariés à Echandelys le 10 février 1893. Lors du début du conflit, il est maçon et mesure 1 m 59. Ses cheveux sont châtains et ses yeux gris ornent un visage allongé et un nez convexe. Il présente un naevus derrière l’épaule droite.
Il est d’abord exempté pour faiblesse lors de sa visite d’incorporation, puis par le conseil de révision de Clermont-Ferrand le 24 juin 1914 ainsi que du 13 octobre de la même année. En juin 1915 par contre, il est considéré comme apte au service armé. Il est incorporé au 98e RI de Roanne le 9 septembre 1915. Sa période d’instruction se déroule jusqu’au 31 mars 1916, date à laquelle il est dit monté en ligne, ce qui est faux car il fait l’objet d’une citation à l’ordre du régiment (n°40 du 31 mars 1916) qui loue sa conduite exemplaire lors des combats du 10 au 16 mars 1916. Il a donc certainement gagné le front entre le 9 et le 24 février 1916, période de repos dans les cantonnements et d’exercices d’instruction au sud de l’Aisne, dans les villages de Croutoy, de Morte-Fontaine et de Chelles.
En raison de l’offensive allemande à Verdun, le régiment est embarqué à la gare de Pierrefonds dans la nuit du 24 au 25 février 1916 et débarque à Révigny et à Mussey dans la nuit du 25 au 26. Il marche ensuite progressivement vers le nord-est pour se rapprocher de Verdun.
Le 6 mars: Les 2e et 3e bataillons se portent à Fleury-sur-Aire. Le 7, le R. I. reçoit l’ordre de se tenir prêt à partir. A 15 heures : il quitte ses cantonnements d’Autrecourt et de Fleury et se dirige sur Dombasle. Marche de nuit pénible, sur une route couverte de verglas, où les convois interminables ne peuvent avancer, et les fantassins sont obligés de pousser aux roues. Vers le matin, le R. I. vient bivouaquer dans les bois au sud de Jouy. De grands feux de bivouac s’allument dans la neige. Le R. I. n’est pas seul : tous les bois des environs s’illuminent. Dans la journée du 8, des avions ennemis survolent les bois et laissent tomber quelques bombes, sans faire beaucoup de mal. Toute la journée, le canon a tonné vers le nord et le nord-est. A16 heures, le R. I. se porte, en passant au sud des ouvrages de Sivry-Ia-Perche, vers Froméréville, où nous sommes accueillis par quelques coups de canon de pièces tirant à bout de portée. Les bataillons se forment le en petites colonnes pour se diriger vers le bois Bouchet. Nous y entrons par une nuit noire, et nous y bivouaquons, couchés ou assis dans la boue ou la neige, sans feu ni lumière : nous sommes dans la zone de tir de l’artillerie ennemie. (Journal des Marches et Opérations du 98e RI colonel Gaube). Après quelques travaux d’organisation, le régiment est rapidement mis à contribution lors de l’attaque du bois des Corbeaux le 11 mars 1916.

Bois desCorbeaux1916

BoisCorbeauxmars1916carte
Etat des défenses au 6 mars 1916 avec en rouge les ouvrages français, en bleu épais la première ligne allemande et en bleu fin le réseau de fils de fer.

Jusqu’au 18 mars, le régiment va vivre une série d’attaques et de contre-attaques successives dans les secteurs de Béthincourt, le Mort-Homme et Cumières sans gain territorial important. Pendant la bataille, certaines unités ont perdu la moitié de leurs effectifs. Le 19 mars, les trois bataillons quittent vers 13 heures leurs bivouacs du bois Bouchet et des Bois Bourrus, et vont cantonner à Jubécourt où ils se reposent les 20 et 21 mars. Le 22, le régiment reçoit un renfort de 200 hommes.
Déplacé en camions puis en train, le régiment gagne la région de Crépy-en-Valois le 29 mars. La bataille de Verdun a coûté la vie à 709 soldats de tout grade du 98e RI, et même si il y gagne plusieurs citations, le tribut payé est lourd.
Le 23 avril 1916, le régiment va occuper le secteur de Nouvron-Vingré (nord-ouest de Soissons), où il relève le 352e RI. Bien que le secteur soit en bon état d’entretien et d’organisation, le régiment y poursuit la réalisation des nombreux abris encore nécessaires, particulièrement sur les deuxièmes lignes. Les grottes Turenne et Vauban qui abritent les compagnies de réserve des bataillons en ligne sont aménagées plus confortablement. Un poste de commandement est créé dans les grottes de Chapaumont pour le colonel; le bataillon de réserve est également
installé dans ces grottes immenses.

GrottesVingrésite

                            Grottes : escalier vers les tranchées                                          Grottes : autel de St Christophe                                                                                                                                                   avec des blasons des 16e , 97e, 98e, 264e, 265e RI

Le secteur est relativement et en dehors de quelques coups de main afin de faire des prisonniers allemands, il n’y a que peu d’engagements.
Le 26 septembre, le régiment quitte son secteur bien aménagé, et le 28 il est embarqué en camions. Le convoi suit l’Aisne pendant quelque temps, passe à Couloisy, Pierrefonds, Fresnoy et Béthancourt où il est débarqué. Le 30, il s’embarque de nouveau en chemin de fer, en gare d’Orrouy, pour le camp de Crèvecoeur-le-Grand pour y faire quelques jours d’instruction intensive et apprendre les méthodes nouvelles d’attaque avec utilisation de tous les moyens d’infanterie et les moyens de liaison avec l’artillerie par la saucisse, les avions, la T. S. F. ainsi que le nouvel armement: fusil-mitrailleur et grenades V. B.
Le 15 octobre, le régiment est embarqué en camions à 6 heures et débarque vers 13 heures au sud de Caix (à l’ouest d’Amiens) (4 kilomètres ouest de Rosières-en- Santerre) et gagne ses cantonnements. Le 2e bataillon est placé en 2e ligne. Du 17 au 21 octobre, le régiment conserve la même mission : les 1e et 3e bataillons ne font aucun mouvement; le 2e bataillon est relevé le 20 par un bataillon du 1er zouaves et va cantonner à Rozières-en-Santerre. Pendant toute cette période, à quelques centaines de mètres des emplacements du R. I., la bataille de la Somme bat son plein : l’artillerie fait rage, le ciel est sillonné d’avions, l’air et le sol sont ébranlés de formidables détonations. Mais cette fois, ce n’est plus comme à Verdun, en mars dernier: c’est notre artillerie qui mène le concert et les poilus du 98e rêvent avec joie de « ce que doivent prendre les Boches». (Journal des Marches et Opérations du 98e RI colonel Gaube). Attaques et contre-attaques se succèdent sous une pluie pratiquement ininterrompue pendant une dizaine de jours. Après un court répit début novembre, l’attaque du Pressoire et du bois de Kratz est décidé pour le 6 novembre. L’avancée est difficile sous une pluie redoublée qui comble les tranchées.

bois de kratz
Bois de Kratz après la bataille

PressoireCarte1916

Le 12 novembre 1916, au cours de la relève, alors que le bombardement est plus précis et moins intense que la veille, Pierre Marius MOURRAS de Lospeux, affecté au 98e RI depuis le début de la guerre, trouve la mort au Pressoire à 21 ans. Le régiment cantonne à partir du 13 et jusqu’au 25 novembre à Plessier-Rosainvillers et s’y repose. Son rôle dans la bataille dans la Somme est terminé. Les permissions sont accordées à presque tous les soldats à tour de rôle. Le 23, il reçoit un renfort de 150 hommes des 9e et 88e RI. Le 25, il se déplace dans la région du Quesnel-Beaufort où il effectue des travaux en 2e position. Du 3 au 5 décembre, il relève en première ligne le 9e régiment de tirailleurs. Ce sont des tranchées allemandes enlevées récemment. Elles sont creusées profondément et bien aménagées, mais les galeries sont bas de plafond. L’artillerie est peu active. Le 14 décembre 1916, le régiment quitte définitivement la Somme pour Villers-Cotteret. Il y a perdu 106 hommes tués ou disparus et 258 blessés.
Il passe la fin de l’année à Saint-Thiébaut. Il y fait froid et les pays est sous la neige mais les soldats sont bien logés. Le 14 janvier 1917, une grande manœuvre est exécutée par toute la division. Mais il faut préparer la grande offensive du printemps dans l’Oise. Par Verberie et Crépy-en-Valois, il gagne Ricquebourg. Le temps passe entre vie dans les camps et tenue du secteur de Plessier-de-Roye. Début mars, l’artillerie commence à installer ses emplacements de tir et ses dépôts de munitions. Des déboisements importants sont faits pour dégager son champ de tir. Les Allemands sont peu actifs et utilisent certains quantité de fusées de toutes les couleurs qui n’ont aucun effet destructeur. On parle d’un repli général sur une ligne dite Hindenbourg. Aussi le commandement français prescrit-il la réalisation de coups de main afin d’avoir des prisonniers à interroger. Le 13 mars, le régiment en exécute un sur la Tour Rolland. Jusqu’à la 2e ligne, les soldats ne trouvent aucun allemand. Un seul abri est occupé, mais comme les soldats allemands ont voulu se défendre, les grenadiers français l’incendie en totalité. Pas de prisonnier. De cette incertitude, l’attaque est décidée le 16 mars à midi. Lassigny et les bords de la Divette sont libres mais Plessis-Cacheleux est encore occupé.

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Un attaque d’artillerie lourde (150 et 210) prépare l’assaut sur Plessis. Les 9e et 10e compagnies enlèvent le village faisant prisonnière l’arrière-garde allemande. L’officier allemand est porteur d’une carte indiquant les positions successives du repli. Elle est immédiatement envoyé au général de division. Il indique aussi que de nombreux civils sont encore à Lagny. L’artillerie annule alors les tirs qu’elle y avait prévus. Séraucourt et Lagny sont atteints le 17 mars. Le 19, la marche en avant est reprise. Tous les ponts sur la Mèvre ont été détruits. En deux heures, un pont provisoire est construit. Les rails de la voie ferrée Noyon Ham ont été enlevés. A partir de Maucourt, tous les villages sont détruits. des entonnoirs coupent la route à l’entrée et à la sortie, de même que les carrefours. Les soldats marchent jour et nuit. Les arbres sont renversés sur les routes. Tous les arbres fruitiers sont coupés. Il pleut et il fait froid. Les Allemands tiennent Liez. Le 23, le régiment est relevé et mis au repos à Muirancourt et à Giscard. Les soldats se mettent à la culture des champs complètement en friche et à la réfection des routes. Le 1er avril 1917, le régiment se déplace à Ham qui doit accueillir le président de la république. Tous travaillent à refaire les routes et à enlever les décombres. Le château dont les murs faisaient par endroits 10 m d’épaisseur et qui n’avait de valeur qu’historique a été détruit par des milliers de tonnes de mélinite.

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Le 2 avril 1917, le régiment remonte en ligne sur Douchy, Fluquières, Aubigny et Villiers-Saint-Christophe, au ¾ incendiés. En déblayant quelques caves, les soldats arrivent à se loger. Les hommes sont en contact avec les soldats britanniques. On troque boule de pain française contre imperméable britannique. Chacun sa spécialité ! Le 5 avril, sous la neige, ordre est donné de partir pour Grand-Séraucourt. Les villages sont des monceaux de ruines. Seul le cimetière et les murs de l’église sont reconnaissables. Le cours de la Somme est obstrué et toute la haute vallée est transformée en un marais de 800 à 1000 m de largeur. A l’arrivée, les tranchées n’existent pas. Il faut tout créer, et seulement de nuit car la cathédrale de Saint-Quentin et le cote 121 sont allemandes. Les tirs d’obus de tout calibre sont nourris de part et d’autre. Le temps est exécrable : pluie, neige et vent froid. Partir du 12 avril, le temps se remet au beau. Heureusement, l’attaque est prévue pour le lendemain. Après une préparation d’artillerie qui dure toute la nuit, en particulier d’obus asphyxiants, l’attaque débute à 5 h 30 du matin. Mais les troupes d’assaut buttent sur de réseaux de fils de fer barbelé intacts. Elles arrivent toutefois à la sucrerie de la Biette et s’y retranchent. Elles doivent assez rapidement l’abandonner, avec des pertes sévères. A 18 h 30, un nouvel assaut est donné. Le résultat est identique. Presque tous les officiers sont morts ou faits prisonniers.
A 22 h, le régiment est relevé et gagne le lendemain Flavy-le-Meldeux et Plessis-Patte-d’Oie où il se reconstitue. Le 7 mai, le 98e RI remonte devant Saint-Quentin, dans le secteur du Pire-Aller et de Moulin-sous-Tous-Vents. Dans ce secteur récemment conquis, tout est à organiser et, en dehors de la première ligne où tombent de nombreuses petites bombes à ailettes et où les guetteurs sont souvent la cible de tireurs allemands, la vie est plutôt calme. Le 29 mai 1917, les Allemands réussissent un coup de main sur les tranchées avancées et s’en emparent en faisant une dizaine de prisonniers. Le 7 juin, ils tentent une reconnaissance sur la ferme de Raulieu qui cette fois est repoussée. La relève s’opère dans la nuit du 9 au 10 juin sous un marmitage lent mais ininterrompu qui cause des pertes sensibles. Le régiment va cantonner à Grand-Séraucourt et dans les carrières voisines où ont été aménagés d’immenses abris sapes. Le 29 juin, il est déplacé vers Villeselve et Cugny. Embarqu » en chemin de fer, il débarque à Vitry-le-François le 11 juillet et gagne Saint-Amand-sur-Fion. Des spectacles et des concerts sont organisés pour les soldats. Un prestidigitateur anglais est même de la partie. René fait l’objet d’une citation à l’ordre du régiment (n°83 du 8 juillet 1917) : très bon soldat a donné au cours des opérations dans la Somme en 1916 et dans l’Aisne en 1917 les preuves de sa bravoure au feu et s’est distingué par son entrainet un entier dévouement dans l’accomplissement de son devoir.
Le repos prend fin le 27 juillet 1917 et le 98e RI repart sous une chaleur torride en camions pour Verdun. Dès son arrivée, il relève le 147e RI épuisé par une attaque allemande. Mais ce n’était pas son but initial. Aussi, il est lui-même relevé le 10 août et transporté dans la région de Charmontois pour s’y reposer. Il ne sera remonté en ligne que dans la nuit qui précédera l’attaque. Ces 10 jours sont mis à profit pour préparer l’opération. Dans la nuit du 19 au 20, le régiment monte en ligne, traversant le bois d’Esnes fortement arrosé d’obus toxiques et encombré d’artilleurs qui en raison de leurs pertes, ont fort à faire. Mais tous sont en place à 2 h du matin. A 4 h 40, les hommes s’élancent sur un front de 800 m de largeur et doivent parcourir 1000 m avant d’atteindre leur premier objectif. Le bois d’Avaucourt est atteint, mais des mitrailleuses tapies dans un blockhaus non détruit causent des pertes.

boisAvaucourt

A 5 h 10, la tranchée des Peupliers est enlevée. Après la destruction d’un fortin, c’est au tour de la tranchées des Joncs de tomber. Tous les objectifs sont atteints. Le butin est de 19 mitrailleuses, 10 canons de tranchée et plus de 300 prisonniers. Mais il faut maintenant tenir. Les hommes repoussent de nombreuses contre-attaques les jours suivants, occasionnant plus de pertes que l’assaut lui-même. Le 28 août, le secteur se calme relativement.

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Le 30 août, le 98e RI est relevé et transporté en camions à Vieil-Dampierre. Une nouvelle citation honore René (ordre de l’infanterie divisionnaire n°22 de septembre 1917) : brancardier très courageux et dévoué a parfaitement assuré son service sans souci de la fatigue et du danger en particulier dans la période du 20 au 29 août 1917 s’était déjà distingué par son courage mis à relever sous un feu très violent un officier blessé à Saint-Quentin. Nous apprenons de plus par cette citation que René est alors brancardier dans son régiment. Pendant cette période, le 98e RI a perdu 106 tués et 315 blessés. Une cérémonie émouvante a lieu le 2 septembre afin de rendre hommage aux morts et aux soldats décorés pendant cette période. Il accueille le 7 un renfort important qui ne vient qu’en partie combler les vides creusés par les pertes. Un concours de culture physique ainsi que des séances récréatives sont organisés. Le 24 septembre, le régiment est embarqué pour l’Argonne et prend position entre Boureuil-le-Petit et la Fille-Morte. Le secteur est calme en dehors e la guerre des mines qui y est très active et fait l’objet de visites, en particulier à la mine Z, d’officiers d’autres régiments afin d’en apprendre les subtilités. Chaque matin à l’aube, les avant-postes sont évacués afin de ne pas subir les effets des mines. Des tunnels très importants permettent de franchir le ravin Marchand à couvert et d’échapper à la vue de l’ennemi. Le 15 octobre, le 98e RI part au repos aux Sénades et aux Islettes puis remonte entre la Fille-Morte à droite et le Four-de-Paris à gauche. En raison de l’application de nouvelle méthodes de combat, le secteur doit être réorganisé, avec la création d’îlots de résistance et création d’une 3e ligne dite ligne des réduits. Les Allemands sont par contre très calmes. On les voit à peine. Le 24 novembre 1917 toutefois, ils tentent un coup de main de grande envergure qui est rapidement repoussé par les nouvelles dispositions de combat. Les Allemands abandonnent 200 grenades à manche, 4 caisses de mélinite, 3 poignards, 5 pistolets automatiques, un échelle de franchissement, 4 casques, 3 calottes de campagne, 2 morts et un blessé qui va mourir quelques heures plus tard. Le 5 décembre 1917, c’est au tour des Français de tenter un coup de main. En raison d’une importante préparation d’artillerie qui a éventé l’opération, les soldats français ne rencontre aucun Allemand. Ils rentrent sans encombre.
Le lendemain, le 98e RI est relevé et après quelques jours de repos, se dirige le 16 au fort de Vaux et à ses alentours. Il sert essentiellement à apporter le ravitaillement au 16e RI. Le froid, important à cette période, ainsi que les bombardements intenses imposent une rotation rapide des unités. Le 98e RI relève le 16e RI les 24 et 25 décembre 1917 dans le secteur Hassoule-Bezonvaux. Les boyaux et les tranchées ont a peine 1 m de profondeur et le terrain est tellement gelé qu’il est impensable de creuser davantage. Les abris sont tout aussi faibles et ne résistent pas à l’artillerie. Le réseau de fil de fer est inexistant et les Allemands sont situé à 150 m des lignes, les surplombant. Le ravin d’Hassoule est constamment pris en enfilade par l’artillerie et les mitrailleuses allemandes. Si le 25 décembre est calme, une préparation d’artillerie allemande précède une attaque les 26 et surtout 27 décembre 1917. Les Allemands s’emparent des occupants de la ligne de surveillance, et nettoient une partie de la ligne de résistance. Moins de 5 mn plus tard, ils sont rentrés dans leurs lignes. L’artillerie française n’a même pas eu le temps de tirer. 43 soldats français ont été mis hors de combat. Beaucoup d’hommes sont évacués pour pieds gelés. Le 31 décembre 1917, le régiment est relevé et passe 8 jours de repos à Dugny, soit dans des baraques Adrian, soit dans des péniches du canal spécialement aménagées. Le 8 janvier 1918, c’est le retour en ligne dans le même secteur. Il est plus calme, les Allemands ayant diminue l’activité de leur artillerie. Par contre, il tombe fréquemment de la neige. La nuit du 9 au 10 est particulièrement pénible ; la tourmente de neige chassée par un violent vent du nord est telle que de nombreux isolés et des corvées de soupe s’égarent ; les boyaux et tranchées sont complètement remplis de neige et il faut déblayer les entrées de certains abris entièrement bouchés. Au jour, on assiste à ce spectacle curieux dans un secteur aussi mouvementé : des Français et de Boches travaillant debout sur le bled, à cent mètres à peine de distance et vacant à leurs occupations de déblaiement ou de liaison sans s’inquiéter les uns des autres. Cette trève dura peu : les Boches ayant un peu plus tard profité de cette situation pour amorcer une tentative de fraternisation, furent reçus à coup de fusil ; ils répliquèrent par des rafales de mitrailleuses, et tout le monde regagna les terriers abandonnés quelques heures. (Historique du 98e RI). A la suite du dégel momentané, le nombre de pieds augmente de manière inquiétante et c’est avec soulagement que le régiment quitte ce secteur pour aller dans la nuit du 13 au 14 janvier entre Hardaumont et Vaux.
Presque aucun coup de canon n’y est tiré. On ne voit pas les Allemands. Afin d’être renseigné, le commandement demande de faire des prisonniers. C’est le but du coup de main du bois de la Plume du 28 janvier 1918. Même si la préparation d’artillerie ne dure que 3 minutes, les Allemands ont décampé. Les soldats reviennent sans prisonnier. Le soir, le régiment est relevé et part pour Dugny. Dans la nuit du 1er au 2 février, il repart en ligne dans le secteur de Damloup – tunnel de Tavannes. Là encore, c’est le calme presque plat. Seule un attaque est repoussée dans la nuit du 5 au 6 à la ferme Digourt. Le 6 février 1918, le régiment est relevé par le 92e RI de Clermont-Ferrand. Le 8, il débarque à Blesne. Le repos s’y déroule de manière agréable et le 28, le 98e RI repart en chemin de fer à Sainte-Menehould où il vaque à des travaux d’aménagement de 2e position. Les hommes sont motivés par des primes de bon rendement qui leur sont payées lorsque la tâche fixée journellement a été bien accomplie.
Le 20 mars, c’est le retour en Argonne et le 16 avril, il tient le secteur de la cote de l’Oie, sur la rive gauche de la Meuse, non loin du Mort-Homme. Des travaux sont entrepris (construction d’une 3e ligne, d’abris, amélioration des postes avancés). Le no-man’s-land est large. De nouvelles méthodes de combat sont enseignées : nécessité de sortir des tranchées et non de s’y enfermer pour combattre, de se fondre en se camouflant dans le paysage … Les troupes s’échelonnent en profondeur et ne s’accumulent plus en première ligne. Le PC du colonel est installé à 6 km des tranchées. Le service des agents de liaisons est donc remplacé par celui de chiens dressés à cet effet. Des bruits pronostiquent une attaque allemande de grande envergure pour le 26 juin. Rien ne se produit. Début juillet, un coup de main est réalisé sur un petit poste du ruisseau de Forges afin de faire des prisonniers. Après un fort engagement, un prisonnier est ramené. Une attaque a bien lieu, mais elle se produit le 15 juillet en Champagne. Le 20, le régiment est embarqué à la gare de Couzance pour rejoindre le champ de bataille. Le lendemain, il débarque à Verberie. Du 22 au 25, il stationne à Breuil. C’est le premier contact des hommes du 98e RI avec des Ecossais, que leur musique amuse. A partir du 25 juillet, il remonte vers l’Aisne, sur Soucy puis Plessier-Huleu où sont situées les premières lignes.

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Le régiment est établi sur un ancien champ de bataille vieux de 2 ou 3 jours : des cadavres d’hommes et de chevaux empuantissent l’atmosphère ; des canons brisés, des tanks renversés avec des armes de toutes sortent gisent dans les blés mûrs. Le village de Plessier-Huleu n’est plus qu’une ruine fumante. L’attaque est déclenchée à 4 h 30. Il appuie le 16e RI qui peine au Grand-Rozoy. Le 30 juillet, le village est pris.

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Les hommes se familiarisent aux manœuvres avec les chars d’assaut qu’ils ne connaissaient pas. Le 31 juillet se déroule sur les même emplacements, mais les soldats subissent de nombreux bombardements à l’arsine et à l’ypérite. L’attaque à lieu le 1er août 1918 à 4 h 45. Sous un brouillard et une fumée intenses, les hommes s’élancent derrière les chars. La cote 205 est prise. L’offensive continue, mais entraîne de lourdes pertes, en raison de la présence de nombreux nids de mitrailleuses. Le 2 août, la poursuite continue. Elle se fait difficilement, les Allemands laissant une arrière-garde active qui multiplie les embûches. La Vesle est difficile à franchir tant en raison de la résistance allemande sur ses berges, que par les inondations qui élargissent le cours de la rivière. Le 11, le régiment se porte aux grottes de Couvrelles qui forment un abri sûr, même si les ouvertures, tournées vers l’ennemi, sont constamment l’objet de tirs d’artillerie (qui font 13 tués et 8 blessés en une seule fois le 13 août). De nombreuses reconnaissances sont menées, mais éventées en raison de la toux des soldats qui sont en permanence soumis à l’action des gaz, elles ne permettent pas de faire de prisonnier. Le 4 septembre, la Vesle est franchie au moulin de Quincampoix. Là encore, l’avancée est retardée par des zones de résistance allemandes comme à la ferme Saint-Audebert et le canal de l’Aisne à Vailly.

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Dans la nuit du 13 au 14 septembre, une attaque est lancée par Celles pour prendre Vailly, ce qui est chose faite le lendemain. Le 26, une violente contre-attaque allemande se produit amenant à la perte d’une partie du terrain conquis. Le 28, le repli allemand se poursuit. Les pertes occasionnées par l’arrière-garde allemande restent importantes et s’est avec joie qu’il est relevé les 29 et 30 septembre 1918. Le 2 octobre, il se retrouve au Grand-Rozoy où il défile devant les tombes des ses officiers et soldats. Il s’embarque pour Louvres en région parisienne. Là ou il a fallu 4 trains pour l’emmener dans l’Aisne, un seul suffit pur le retour. Il se repose autour de Luzarches, Fosses jusqu’au 25 octobre. Des séances récréatives sont organisées, de même qu’un grand concours régimentaire des spécialités avec distribution de prix en espèces et en nature aux gagnants. Le 13 octobre est consacré au souvenir des morts du régiment devant le château de Belle-Fontaine avec une cérémonie religieuse à l’église.

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Le 18 octobre, René reçoit sa dernière citation (à l’ordre du régiment n° 22) : a pris une part active aux attaques des mois d’août et septembre 1918 accomplissant pleinement son devoir très bon soldat s’est toujours signalé au cours de la campagne par son courage et son énergie. Est-ce la réponse d’un garçon exempté pour faiblesse et qui a trouvé sa revanche dans l’accomplissement de son devoir patriotique ? Le 22 octobre, le régiment quitte la 25e DI pour la 48e DI. Il faut aller la rejoindre à Châlons-sur-Marne. Le 98e RI embarque donc à la gare de Survilliers les 24 et 25 octobre et débarque à Vitry-le-François. Il se porte au nord, survolé par des escadrilles de 50 à 100 avions qui vont bombarder les Allemands vers Vouziers. Comme les avions allemands patrouillent aussi, les déplacements ne se font que de nuit. Le régiment atteint Tahure dont la présence est attestée par une pancarte. Il ne reste rien du village. Le 1er novembre, la route reprend vers Bourg et Blaise. Les cantonnements sont très mauvais. Quand on ne passe pas la nuit à la belle étoile dans des tranchées défoncées, malgré le mauvais temps, on occupe des maisons en ruines ou totalement vidées de leurs meubles par les Allemands. Progressivement, le régiment se rapproche des zones de combat dont les hommes voient les traces récentes à Vendes et Terron, après avoir franchi l’Aisne. Le 10 novembre 1918 à 14 h, le régiment est subitement alerté. Il doit gagner Artaize afin de relever un division américaine sur la Meuse. Le lendemain, lors de reconnaissances, les officiers apprennent que l’armistice a été signé et doit entrer en vigueur à 11 h. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. La relève se déroule le lendemain. Pendant quelque temps, il reste à Raucourt. Les prisonniers français proches de la frontière reviennent en quantité croissante. Ils éreintés, mal nourris, en haillons. Après quelques heures de repos et un bon repas, ils sont dirigés vers les postes de recueil établis à l’arrière.
Fin novembre 1919, le régiment pénètre en Belgique et cantonne à Poncel puis à Attert. Le temps est mauvais avec des pluies qui se transforment en verglas au sol. Puis il se dirige vers le Luxembourg. Le 12 décembre 1918, il embarque en camions pour Trêves. Un arrêt forcé à Morbach fait monter la tension entre les soldats et les marchands sur lesquels ils veulent assouvir leurs rancunes. Le 14, le franchissement symbolique du Rhin fait éprouver les premières sensations de la victoire. Le soir, épuisé, les hommes cantonnent autour de Nassau., en particulier à Diez où ont lieu les festivités de Noël et du Nouvel An.

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Musique devant le cercle des officiers à Diez en mars 1919.

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Le 22 février 1919, le régiment se dirige sur Ems. A Bettendorf, se déroule un incident regrettable. Après l’heure du couvre-feu, un groupe de plusieurs Allemands continue à circuler. Sommés de s’arrêter, quelques-uns prennent la fuite. Un sergent tire alors dans leur direction pour les intimider, puis rentre au poste. Au matin, on relève un cadavre. Le régiment commence à démobiliser les soldats les plus anciens. Un banquet est alors organisé pour chaque classe de démobilisation. Le 9 mars, le régiment embarque sur le Rhin pour Wiesbaden. C’est l’occasion d’une croisière superbe, sur l’une des plus belles parties du fleuve. Le 11, René passe au 94e RI. Il ne sera démobilisé que le 8 septembre 1919.
Il se retire alors à Echandelys.
La Seconde Guerre Mondiale ne le laisse pas en paix. Il est rappelé à l’activité le 27 mars 1940 et arrive au dépôt d’infanterie n°132 de Clermont-Ferrand. Le 22 avril 1940, il est détaché agricole et regagne certainement Echandelys. Il meurt à la Parade le 14 avril 1944 à l’âge de 49 ans sans avoir vu la fin de la guerre.

Une réflexion au sujet de « René Marc Antoine RAVAUD »

    Alphonse Jean RAVAUD « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    28 décembre 2018 à 16 h 02 min

    […] le 16 août 1867 (marié avec Marie COUDEYRAS, il donne naissance à un seul enfant en 1894, René Marc Antoine qui sera le 4e neveu d’Alphonse Jean à être Poilu), et enfin Marc Hippolyte le 31 janvier 1870 […]

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