Jean Marie Lucien GRANGE

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Troisième enfant d’une famille de sept, il naît à Bellevue le jeudi 18 octobre 1883 à 2 h du matin. Son père Jean Germain, tisserand et cultivateur, né au Moulin de Géry le 20 avril 1852, s’était marié à Saint-Genès-la-Tourette le 29 novembre 1879 avec Marie ROUVET née à Saint-Genès-la-Tourette (au hameau du Bouchet) le 28 mai 1860. Ses frères aînés, Alexis Edouard et Pierre Alfred, ont vu le jour respectivement 5 ans avant lui, le 12 novembre 1880 et 18 mois plus tôt le 26 février 1882 à Bellevue. Après Jean Marie Lucien arrive Jean Antoine le 21 novembre 1885. Ces 4 garçons feront tous la Première Guerre Mondiale (dont ils reviendront tous, avec des fortunes diverses) et se marieront tous. Ils connaîtront des destins qui vont les amener à changer totalement de région, privilégiant la région parisienne pour les 1er et 3e et le Rhône pour les deux autres. Ensuite arrivent les trois filles : Marie Célina le 9 février 1892, Jeanne Marie Louise le 1er janvier 1897 (qui va mourir deux ans plus tard), et enfin Marie Germaine le 9 février 1901 (la seule des enfants qui, mariée avec Annet VACHER à Echandelys, va y rester et y mourir en 1973).
Il est employé de commerce lors de sa visite d’incorporation. Mesurant 1 m 69 et pourvu de cheveux bruns et d’yeux bruns, il possède un visage ovale avec un menton rond. Possédant un frère au service militaire, il n’est incorporé au 92e RI de Clermont-Ferrand que le 14 novembre 1904, soit un an plus tard que la date habituelle. Il est libéré le 23 septembre 1905. En 1907, il habite rue de l’Ourcq (Paris 19e).

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A la déclaration de la guerre, Jean arrive au 92e RI le 6 août 1914. Régiment d’Auvergnats, de nombreux autres soldats d’Echandelys en font partie. Dès le 7 août, le régiment est formé et le 9, il débarque à Girancourt dans les Vosges.

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Le 12 août, il s’avance vers la frontière que les Allemands ont déjà franchie. Il passe par Rambervillers, Raon l’Étape, Badonvillers et Embermenil. Le 14, les Allemands se sont retranchés et les premières escarmouches se produisent, permettant aux ennemis de faire une retraite en ordre. Le 16, le 92e RI passe la frontière et s’établit le 18 dans les villages de Brouderdoff, Plaine-de-Walsch et dans le bois de Voyer. Le 19, il se fortifie sur ces positions et le 20, l’engagement est sérieux. En effet, les Allemands ont reculé, mais se sont arrêtés sur des lignes prévues d’avance garnies d’une nombreuse artillerie lourde.
Les pertes du 1er bataillon à Plaine-de-Walsch sont devenues si grosses, qu’il doit être relevé par le 3e bataillon placé en réserve au bois de Voyer. Les Allemands contre-attaquent, obligeant l’armée française à reculer. Si, jusqu’au 23, la retraite est calme, le 24 les Allemands deviennent pressants, les 2e et 3e bataillons attaquent à Domptail, mais la pression allemande devient intolérable.

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Le 3e bataillon est fauché par un feu terrible et seul le dévouement de la 7e compagnie protège sa retraite. Cette même 7e compagnie, le 26 août, séparée des autres, se heurte dan les bois à un fort détachement allemand cherchant à s’infiltrer dans Rambervillers. Elle le repousse jusqu’à la lisière après avoir tué son commandant bavarois qui reste sur le champ de bataille. Le 8 septembre, Jean est blessé au côté droit par éclat d’obus. Il est évacué et ne rejoint le dépôt du régiment que le 5 octobre. Il ne rejoint son régiment en ligne qu’à partir du 9 novembre.
Celui-ci était en transit et débarque sur la frontière belge, à Esquelbecq, les 12 et 13 novembre 1914, il se porte dans la direction de Zonnebeke. Dans l’après-midi, il reçoit du général l’ordre d’attaquer les lignes allemandes au nord de Zonnebeke, vers le carrefour de Broonseinde. Attaques et contre-attaques se succèdent jusqu’en décembre, avec obtentions de plusieurs citations du régiment. Les unités s’infiltrent mutuellement et ne peuvent se dégager qu’à la baïonnette.

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Le régiment est ramené sur les confins des départements de la Somme et de l’Oise; où il y restera pendant toute l’année 1915, se remettant de ses fatigues et de ses grosses pertes de Lorraine et de Belgique. Il tient alors les secteurs du bois des Loges et de Beuvraignes. Dans ce dernier, la lutte de tranchées bat son plein entre les villages du Cessier et de Beuvraignes.

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Le journal de marche et des opérations fait état d’une alternance de journées calmes et de journées mouvementées à l’activité relativement intense, comme le 8 août 1915 : De nombreux coups de feu pendant toute la durée de la nuit ainsi que de nombreuses fusées éclairantes lancées dans le but de déceler nos travailleurs. Peu d’obus dans la journée ( 67/77 – 27/105 et 13/150). La nuit, de nombreuses bombes ont été échangées dans le but d’interrompre les travaux de part et d’autre. Pertes : trois hommes blessés.

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Jean est alors affecté le 22 septembre 1915 à la compagnie hors rang. Elle est composée de la garde du drapeau et de la musique du régiment. Même si elle peut évoquer un régime a part, c’est une unité combattante au même titre que les autres. Sa composition varie au cours de la guerre. Voici celle de 1918 :

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Il est donc difficile de connaître exactement le rôle de Jean dans cette compagnie, aussi allons suivre les grandes lignes du 92e RI.
Remis à l’entraînement au camp de Crèvecoeur, le régiment part fin février 1916 pour la défense de Verdun. Il bivouaque au bois de Fouchères, à trois kilomètres de Dombasle. Si le régiment ne combat pas immédiatement, les conditions sont difficiles. L’ennemi frappe des coups redoublés, la rive droite de la Meuse est actuellement le théâtre de la lutte, mais la rive gauche s’enflamme à son tour, et, dans le bois, sans autre abri que la tente individuelle, contre la neige qui tombe toutes les nuits, le 92e, en réserve, attend l’heure de se porter en avant. Le 6 mars, le régiment arrive sur la neige par 12 degrés au-dessous de zéro au bois du Bouchet. Il reste là, alerté toute la nuit sans abri. Au jour, il se porte en formations d’approche sur la limite d’Esnes à Chattancourt. Il s’y établit en position d’attente. (Historique du 92e RI Maison Alfred Mame imprimeurs, Tours). Le 8 mars, il se lance à l’assaut du bois des Corbeaux tombé la veille aux mains des Allemands. Il est pris pour être reperdu le lendemain, le tout au prix de centaines de morts.

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Le 20 mars 1916, le régiment est relevé, reformé, et tient les secteurs de Bailly et Fouquescourt, dans la Somme, au nord de Roye. Il est alors en première ligne pour participer à la bataille de la Somme à partir du 1er juillet 1916. Il s’illustre le 6 septembre lorsqu’il dépasse ses objectifs et atteint la gare de Chaulnes où se produit un corps à corps meurtrier. Malheureusement, les soldats n’allument pas leurs pots Ruggieri (signal convenu donnant l’ordre à l’artillerie d’allonger son tir). Celle-ci ne le fait pas, écrasant Français comme Allemands. Les débris de la 2e compagnie doivent se replier. La 3e compagnie elle aussi dépasse son objectif qui était la tranchée des Sélénites et arrive au pied des murs du parc du château où elle trouve une forte résistance, mais enlève la Demi-Lune, ouvrage constitué par d’anciens remparts du château.

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Demi-Lune état actuel

Le 92e RI résiste ensuite à plusieurs contre-attaques, conservant le terrain conquis. Les pertes y sont de 79 morts, 300 blessés et 63 disparus. Le régiment reçoit à cette occasion sa 2e citation à l’ordre de l’armée. Après des relèves successives, il se rend à Crépy-en-Valois puis envoyé jusqu’en janvier 1917 au camp d’instruction de Neufchâteau. Il remonte en ligne dans l’Oise à Thiescourt, puis au mois de mars, est prêt à participer à l’offensive de printemps. Mais les Allemands, afin de diminuer la largeur de front qu’ils doivent occuper, effectuent un repli stratégique sur une position appelée ligne Hindenbourg (qu’ils fortifient) et le 92e RI défile dans Noyon repris sans combattre. Mais la situation devient plus dramatique lorsque le régiment est sollicité lors de l’attaque de Saint-Quentin. Le 1er avril 1917, la 9e compagnie est presque totalement sacrifiée lors de l’attaque de la cote 103, mais son sacrifice permet d’évaluer les positions de l’ennemi. Il rend possible la prise de la sucrerie et du village de Grugies quelques jours plus tard. Après quelques jours de repos, il remonte en ligne le 13 avril pour une nouvelle attaque. Il s’empare d’une partie de la ligne Hindenbourg (tranchées de Brandebourg et de la Grave). La compagnie hors rang dont fait partie Jean a aussi été sollicité, ses téléphonistes ayant accompli des miracles sur ce terrain totalement dénudé et battu par l’artillerie ennemie. Après un nouveau repos, il vient tenir Dallon, devant Saint-Quentin, où il repousse plusieurs coups de main allemands. Le drapeau du 92e RI, l’un des premiers décoré de la fourragère, défile lors du 14 juillet 1917. Pendant ce temps, le régiment se perfectionne au camp de Saint-Ouen. Puis, c’est le départ pour Verdun.
Le 92e RI est chargé de prendre la cote 304, au bois d’Avocourt. Le 20 août, le 1er bataillon atteint tous ses objectifs en 20 mn. Il fait une centaine de prisonniers. Le 3e bataillon a plus de difficultés, de même que le 2e, placé en réserve et qui doit franchir le bois de Béthelainville malgré un tir d’obus toxiques. Il est possible que Jean ait été gazé à ce moment, mais sans nécessiter d’évacuation. Une contre-attaque allemande est repoussée. Le régiment a fait 500 prisonniers et capturé 8 minenwerfer et 30 mitrailleuses.

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Le régiment est mis au repos à Vaubécourt pendant le mois de septembre puis remonte en ligne pour tenir le secteur du Vauquois pendant les mois d’octobre, novembre et décembre 1917. La zone est calme. Après une nouvelle période de repos, le 92e RI est envoyé sur la rive droite de la Meuse, dans le secteur de Bezonvaux. Du 14 au 20 mars, les Allemands y font de violentes démonstrations d’artillerie, espérant tromper les Français sur les objectifs de leur prochaine offensive. Le 20 mars, ils opèrent même une attaque faisant prisonnier le chef du 1e bataillon. Aucune parcelle de terrain n’est perdue. Puis suit une période de coups de main, là encore sans grand rapport.
Au printemps 1918, l’offensive allemande sur Paris rappelle le 92e RI. Fin mai, il est chargé de tenir la Ferté-Milon et les abords sud-est de la forêt de Villers-Cotterets. Il s’appuie sur la rive droite de l’Ourcq. Les attaques allemandes rendent la tâche difficile, de même que les bombardements sur l’arrière, qui perturbe la tâche des coureurs et des cyclistes. Retiré de la bataille, le régiment passe 3 jours près de Paris, puis repart dans le secteur de Saint-Mihiel. Le 15 septembre 1918, il appuie les Américains dans leur conquête de la ville en prenant le fort des Romains. Le 8 octobre, porté sur la rive droite de la Meuse, il attaque le bois des Caures, y faisant plus de 500 prisonniers. Les nids de mitrailleuses du bois d’Haumont sont réduites au silence le lendemain. Après une marche sur Metz, Thionville, il passe le Rhin à Mayence le 28 décembre 1918 et s’établit dans la banlieue de Francfort. Le 16 mars 1919, Jean est libéré de ses obligations militaires. Il a 35 ans.
Il se retire à Echandelys, puis habite 49 rue de Flandres à Paris (19e) en avril 1921. Il s’y marie le 5 mai 1934 avec Simone Marguerite PERIOU. Il décède à Créteil en 1961.

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