Antoine Joseph DUTOUR

Publié le Mis à jour le

Enfant unique, il naît au bourg d’Echandelys le dimanche 18 mars 1894 à 11 heures du matin. Son père, Jean, était né à Parel le 21 janvier 1867 et exerce alors le métier de tailleur d’habits au bourg. Il se marie le 15 novembre 1892 avec Annette Julie DAVID du moulin de Géry où elle était née le 8 avril 1872. Pendant les premières années, le jeune couple vit chez les parents de Jean avant de s’installer au bourg. Il est par ailleurs intéressant de noter que Jean Marie Joseph DUTOUR, petit frère de son père Jean qui était l’aîné de 5 enfants (donc l’oncle d’Antoine Joseph) a également été soldat pendant la Première Guerre Mondiale. C’est aussi le cas d’un oncle par alliance d’Antoine Joseph en la personne de Francisque PONCHON, mari de Marie Marguerite DUTOUR, sa tante ainsi que d’un cousin, Marius François PONCHON, fils de sa tante Marie et d’Etienne PONCHON.
Lors de sa visite d’incorporation, Joseph est élève maître instituteur à Clermont-Ferrand.

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Il mesure 1 m 69, ce qui est grand pour l’époque et possède des cheveux châtain foncé et des yeux marrons. Son visage est allongé avec un nez rectiligne et des oreilles mal ourlées. Il présente en outre une petite cicatrice sur son sourcil gauche. Il est incorporé au 152e RI de Gérardmer le 10 septembre 1914. Même si en raison de sa formation nécessaire, il n’est pas monté au feu immédiatement, les signes de la guerre proche ont dû lui donner une idée des épreuves à venir. Il est nommé caporal le 10 novembre 1914.

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Après quelques mois d’entraînement, il monte au front le premier avril 1915, suivant de peu Auguste FAURE, un autre soldat d’Echandelys qui a été incorporé dans le même régiment le 9 novembre 1914. Lorsqu’il rejoint le front, son régiment tente depuis quelques semaines de reprendre le sommet de l’Hartmannswillerkopf (ou Vieil Armand). La position, qui domine la plaine d’Alsace et permet de voir Mulhouse et la Forêt Noire, est considérée comme stratégique. Les deux armées vont s’y décimer afin d’en obtenir le contrôle. Début janvier 1915, le sommet, gardé par la 1er brigade de chasseurs, était tombé aux mains des Allemands. Les tentatives de reprises ultérieures sont un échec. Le 22 mars 1915, le 152e RI attaque après une préparation d’artillerie. Mais la plupart des réseaux, profonds, sont intacts.

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Le sommet n’a pu être atteint mais 4 contre-attaques allemandes ne peuvent reprendre les tranchées conquises. Le régiment fait 200 prisonniers et prend deux lance-bombes et une mitrailleuse. Les pertes sont de 400 allemands, 270 français. Le 26 mars, nouvelle attaque, appuyée comme la précédente par le 7e régiment de chasseurs alpins. Le sommet est enlevé au prix de 240 soldats hors de combat ou tués. Dans les semaines qui suivent, les Allemands tentent de nombreuses contre-attaques précédées de bombardements foudroyants. Les pertes sont nombreuses et le sommet est tantôt perdu, tantôt repris.

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Devant l’importance des sacrifices consentis par le 152e RI pendant ces combats, un monument sera élevé après la guerre en souvenir des combattants qui y ont laissé la vie.

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Le régiment ne redescend dans la vallée de la Thur que le 27 avril où il se reconstitue pendant un mois. Dès le 15 juin, il repart afin d’appuyer l’attaque des 27e et 68e bataillons de chasseurs dans la vallée de la Fecht. Le 22 juin, il s’empare de Sondernach en flammes, puis enlève la crête du Mattle. Il repart en repos à Saint-Amarin le 3 septembre pour remonter en ligne le 10 septembre à l’Hilsenfirst, pour y rester trois mois. Si aucun événement marquant ne ponctue cette période, la vie n’en est pas moins pénible. Tous les jours, le journal de marche enregistre des bombardements et des fusillades ; et tous les jours, comme un refrain cruel et monotone, ces mots reviennent : Tués…Blessés… Les tranchées de l’Hilsenfirst sont bombardées, l’ennemi les écrase à coups de grosses torpilles, qui projettent, en percutant sur le roc, des milliers d’éclats de pierre, plus dangereux encore que les éclats de fonte. Parfois, elles tombent sur un abri qui s’effondre, et nos hommes, épuisés, abrutis par le bombardement, doivent porter secours à leurs camarades ensevelis, réparer la tranchée bouleversée. Les nuits se passent à travailler, à guetter aux créneaux, à rôder en patrouille entre les lignes. Du matin au soir, Français et Allemands s’épient, se fusillent, engagent de petits postes à petits postes des combats à la grenade. Et pendant ce temps, le terrible hiver des Vosges sévit également sur les deux adversaires. La neige comble les tranchées, puis le dégel survient et change les hommes en blocs de boue. […] Ils ont froid, ils dorment à peine, la vermine les dévore, et tous les jours ils voient tomber les camarades. (Le Quinze-Deux Berger-Levrault Nancy). Début novembre, le régiment redescend à Saint-Amarin pour quelques jours de repos. Moins de quinze jours après, il remonte à l’Hartmannswilerkopf afin de prendre le sommet qu’aucun des deux belligérants ne possède vraiment. L’attaque est prévue pour le 21 décembre. Le front de départ ne dépasse pas 300 mètres de large. Deux bataillons côte à côte doivent s’ouvrir peu après le départ afin de laisser de la place au milieu pour le 3e. L’objectif fait une ceinture de 1800 mètres enveloppant par le nord et par le sud l’étroit sommet. La progression est difficile sous les tirs de barrage allemands. Le rocher Hellé, creusé par les Allemands et garni de mitrailleuses a résisté au bombardement français et balaie le champ de bataille de ses tirs. Le sommet et ses pentes sont pris par un combat acharné, coûtant la vie à 422 français.

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Mais le lendemain, la contre-attaque allemande se déchaîne. Les troupes fatiguées par les combats de la veille et la nuit difficile succombent sous le nombre. Les renforts sont trop loin pour être efficaces. Joseph, comme Auguste FAURE est alors considéré comme disparu. Il est en fait fait prisonnier.

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Tout d’abord interné à Mannheim, il est transféré le 29 juillet 1916 au camp de Soltau (en Bassse-Saxe, à 80 km de Hanovre).

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Il passe à celui de Hameln-sur-Weser le 17 octobre de la même année. Libéré, il arrive au centre de rapatriement de Brest le 2 janvier 1919. Le 10 juin 1919, il passe au 105e RI de Riom et est démobilisé le 8 septembre 1919. Il se retire à Echandelys, mais retourne à Clermont-Ferrand pour y terminer ses études.
Après un passage à Sauxillanges en 1921, il habite ensuite Clermont-Ferrand définitivement à partir de 1908 (d’abord au 108 avenue de la République, puis en 1934 au 78 boulevard de Lafayette).
La Seconde Guerre Mondiale va le rattraper puis qu’il est à nouveau mobilisé le 27 septembre 1938 et affecté au 13e ERT. Il est toutefois libéré 3 jours plus tard. L’année suivante, il est rappelé le 24 août 1939 et affecté au CMT 13. Le 21 septembre, il passe à l’école militaire de Billom puis au dépôt du train n°13 le 2 décembre 1939. Il est démobilisé le 11 juillet 1940 et se retire à Echandelys. Il va mourir à Clermont-Ferrand le 30 janvier 1970.

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