Gaston DUTOUR

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Dernier des trois garçons d’une famille de 12 enfants, il naît à Parel le mercredi 12 octobre 1892 à 2 h du matin. Son père, Vital Jean, est cultivateur à Parel où il est né le 18 mai 1851. Il se marie avec Anne AMBLARD le 15 septembre 1877 à Echandelys. Sa femme est originaire de Puy Hautier (Fournols) où elle était née le 27 juillet 1856. Le jeune couple cohabite au moins initialement avec les parents de Vital Jean (Gaspard et Benoîte BERTRY). Il donne naissance à Parel à Benoîte le 27 avril 1880, puis à Marie le 22 mars 1882 (cuisinière, elle se marie avec Pierre Eugène FIOUX en 1909), à Marie Antoinette le 31 mars 1884. Cette dernière grossesse a été gémellaire et le jumeau de Marie Antoinette ne survit pas à la naissance. Arrivent ensuite Jeanne Marie le 8 avril 1886, puis Benoîte Henriette le 14 octobre 1887 (qui se mariera à Fournols en 1919 avec Jean FIOUX, frère de Pierre Eugène?), Pierre Jean le 20 mai 1889 (soldat pendant la Première Guerre Mondiale, il meurt dans la Somme en mars 1918), puis Louise Marie le 22 janvier 1891. Après Gaston naissent trois filles, respectivement Mélanie le 15 février 1894, Louise Antoinette le 26 décembre 1895 et enfin Henriette Hélène le 19 octobre 1897. Bien qu’instituteur public, Gaston est présent lors de tous le recensements de la commune d’Echandelys, jusqu’en 1911 compris.
Lors de sa visite d’incorporation, il mesure 1 m 62 et possèdes des cheveux châtain foncé. Il a des yeux jaunes, avec un visage long, un front large et un nez rectiligne. Il est incorporé au 172e RI de Belfort le 11 octobre 1913, pratiquement à la même date que Antoine Marcel CHOMETON de Lospeux. Nommé caporal, il n’y donc pas d’interruption entre son incorporation et le début de la guerre.
Régiment de la défense de Belfort, il prend part aux combats d’Alsace et entre dans Mulhouse le 8 août 1914.

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Il s’établit le 9 sur le plateau de Rixheim où il tient tête pendant un jour et une nuit à la contre-attaque allemande. Puis lors de la retraite, il opère ensuite de nombreuses reconnaissances et coups de main dans la région de Thann et d’Altkirch, jusqu’au 29 septembre 1914.
Il est alors envoyé dans la région de Saint-Mihiel pour arrêter les progrès de l’ennemi sur la Meuse. Il arrête l’avancée allemande au bois d’Ailly, dans la forêt d’Apremont et s’organise sur les positions qu’il occupe. La guerre de mouvement vient de finir. Il reste dans le secteur jusqu’au 15 février 1915, à part quelques courtes relèves. Ce séjour est particulièrement pénible. On se bat chaque jour et le contact est si étroit que, sur certains points, les petits postes ne sont qu’à 5 mètres des Allemands. La guerre de mines et les meurtriers engins de tranchée causent journellement des vides dans les rangs. Gaston est nommé sergent le 9 octobre 1914.
Le régiment fait ensuite un séjour dans le secteur de Veho-Reillon où, après de nombreuses reconnaissances, tendant à fixer la ligne ennemie, il organise ses positions. Le 20 mai 1915, il est a nouveau envoyé dans la forêt d’Apremont. Il s’y conduit brillamment, s’emparant d’importantes organisations ennemies. Toutefois, une contre-attaque allemande lui enlève une partie de ses gains et une fraction d’une soixantaine d’hommes, avec trois officiers, est cernée par l’ennemi pendant plus de trois jours. Ils ne se rendent qu’après avoir épuisé toutes leurs munitions ainsi que celles que les Allemands avaient abandonnées sur le terrain.

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Du 15 juillet au 1er aout 1915, le 172e RI occupe le secteur plus calme du bois des Chevaliers, puis est mis au repos. Il est alors incorporé à la 127e division en formation. Il est ensuite transféré en Champagne et après une période d’exercices, participe à l’attaque de Champagne du 25 septembre 1915.

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Il se démarque par de nombreuses attaques sur la butte de Souain qu’il n’arrive toutefois pas à enlever, étant arrêté par des réseaux intacts. Il va tenir le secteur jusqu’en juin 1916, sous des bombardements et des attaques incessants.

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Après une courte période de repos, il est dirigé sur Verdun. Du 27 juin au 5 juillet 1916, il résiste aux efforts désespérés que font les Allemands pour prendre le fort de Tavannes.

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Ils réussissent par un coup de main, à prendre la batterie de Damploup le 3 juillet. Une contre-attaque immédiate permet de la reprendre (elle sera reperdue quelques jours plus tard comme le montre la carte ci-dessus daté des 10-11 et 12 juillet). Les 7e et 8e compagnies sont alors citées dans leur ensemble (ordre de la IIe armée n°303 du 24 juillet 1916) et Gaston y est cité individuellement (ordre du régiment n°436 du 25 juillet 1916) : a contribué avec sa fraction à repousser un élément ennemi qui essayait de progresser dans un ouvrage. Le 14 juillet 1916, Gaston avait de plus été nommé adjudant des réserves. Relevé fin juillet 1916, le régiment remonte en ligne dans l’Aisne où il tient du 7 au 27 août 1916 le secteur du faubourg Saint-Vaast à Soissons où il subit quotidiennement des bombardements par obus de gros calibres et torpilles.

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Après quelques jours de repos, le 172e RI est dirigé dans la Somme. Du 15 au 20 septembre 1916, il résiste sous de violents bombardements aux attaques allemandes sur le bois Labbé. Le 25 septembre, il passe à l’offensive et s’empare de la première ligne allemande. Mais ceux-ci contre-attaquent le 27 sur la ferme du Bois Labbée, opération stoppée nette en partie par les mitrailleurs montés debout sur les parapets de leur tranchée afin de mieux atteindre l’ennemi. La première vague d’assaut allemande est presque totalement anéantie.

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Gaston obtient une nouvelle citation (ordre du 6e corps d’armée n°193 du 9 octobre 1916) : Le 27 septembre 1916 au moment d’une attaque allemande a spontanément assuré avec sa demi-section la liaison avec les voisines et a ainsi contribué à enrayer cette attaque. Sous-officier d’élite pendant les journées du 25 au 28 septembre 1916 a fait preuve du plus grand esprit de sacrifice a accompli sa mission de liaison dans des conditions très difficiles. Par la suite, le régiment occupe à plusieurs le secteur de Bouschavesnes – Bois Labbé, puis le secteur du bois de l’Aiguille. Il résiste malgré les bombardements continus et les intempéries. Gaston est alors nommé sous-lieutenant des réserves à titre temporaire le 10 novembre 1916.

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Après quelques semaines de repos, le 172e RI remonte en ligne à Soissons à partir du 13 mars 1917. Après un bombardement par obus et torpilles, pendant plus de 48 h, les Allemands attaquent sur la distillerie. Comme le préconisent les nouvelles directives, la première ligne a été abandonnée et les Allemands en sont chassés par une contre-attaque qui leur inflige de lourdes pertes.

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Le 18 mars, des patrouilles signalent que les premières tranchées allemandes sont vides. Le 1er bataillon les occupe et poussant vers l’avant, atteint la croupe nord de Crouy et prend contact avec l’ennemi. Les deux autres bataillons franchissent l’Aisne sur des passerelles de fortune. Le 21, après une courte préparation d’artillerie, l’assaut est donné sur la tranchée du Pont-Rouge qui, enlevée, sera gardée malgré 3 contre-attaques allemandes. Dans la nuit du 4 au 5 avril, le régiment qui cantonnait à Buzancy et Villemontoire (dans la région de Soissons) se porte à Braisne (chemin des Dames) pour relever des troupes dans le secteur est de Soupir. Le 1er bataillon y monte tandis que les 2e et 3e restent en arrière. Le secteur est assez calme, les deux artilleries qui s’installent en vue de préparer l’attaque tirent peu, les Allemands démolissant seulement le mur du parc du château de Soupir ainsi que le château lui-même.

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La préparation d’artillerie française commence le 8 avril 1917. Elle s’intensifie à partir du 11 et dure jusqu’au 15. Les Français détruisent la ferme de Cour-Soupir, tandis que les Allemands s’occupent du château.

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L’attaque débute le 16 avril à 6 heures. En quelques minutes, la première ligne de tranchées allemande est enlevée et les premiers prisonniers refluent vers l’arrière. Rapidement, trois lignes successives sont ainsi enlevées. La majorité des objectifs est atteinte et le régiment a fait plus de 1 000 prisonniers, pris plus d’une douzaine de canons ainsi que du matériel divers, en particulier des engins de tranchée. Il est relevé dans la nuit du 20 au 21 avril 1917 et cantonne à Braisne et Augy. Du 8 au 29 mai, il remonte en ligne pour garder une autre portion conquise du Chemin des Dames, le saillant des Bovettes que les Allemands tentent de reprendre régulièrement, en particulier le 14 mai. Pour une raison inconnue, Gaston est évacué le 28 juillet 1917 et ne regagne sa compagnie que le 10 septembre 1917.
Après une période de repos et d’entraînement, le 172e RI est envoyé dans les Vosges jusqu’à janvier 1918. Il y garde une partie du terrain conquis en 1914. Les secteurs y sont plus calmes. Il est à l’instruction au camp d’Attigny lorsqu’éclate l’offensive allemande du 21 mars 1918. Gaston a-t-il reçu alors la nouvelle de la mort de son grand frère Pierre Jean tombé dans la Somme le 3 mars ? Le 27, le régiment s’embarque à Passavent pour la Somme (Gauly, Grand-Fresnoy et Estrées-Saint-Denis). Quelques jours plus tard, il se porte à Chirmont. Les bombardements allemands causent quelques pertes, mais le régiment n’est pas encore engagé. Le 2 avril au soir, le 2e bataillon relève le 26e bataillon de chasseurs dans le secteur du bois Allonge, de Mongival et Septoutre (à proximité de Grivesnes). La pluie tombe, l’ennemi est loin, à 600 mètres. Les services de renseignements prévoient une grosse attaque pour le 4 avril. A 6 heures, le tir de prépartion allemand commence, faisant de multiples victimes dans les 1e et 3e bataillons. A 8 h 15, les Allemands arrivent. A 9 h, ils se replient, n’ayant pû aborder la première ligne de tranchées. Ils effectuent deux autres tentatives au cours de la journée, soldées elles aussi par des échecs. Les Français décident alors de passer à l’attaque le 5 avril à 14 h. Malgré le feu ennemi, les vagues d’assaut progressent, alors que celles des unités voisines sont clouées au sol. Prises de face et de flanc, le 1e bataillon est décimé. Il faut se replier. Pendant les jours suivants, c’est le statu quo, troublé par quelques bombardements classiques et à l’ypérite.

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Du 14 au 16 avril 1918, le régiment est relevé et part au repos pour plusieurs semaine, décimé par les combats récents. Il reçoit des renforts, dont Léon Pierre BAUTIER de Deux Frères, puis remonte en ligne, en juin 1918 dans les Hauts-de-Meuse, entre le ravin de Sonvaux et la vallée de Mouilly. Il y essuie de multiples pertes en rapport avec les nombreux coups de main allemands. Le 1er août 1918, il revient dans l’Aisne pour participer à l’attaque faite dans la région de Grand-Rozoy.

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Les 1er et 2 août, il progresse sur les hauteurs dominant Braisne et la Vesle. Sous les tirs de mitrailleuses et de l’artillerie ennemie, il franchit la rivière et pénètre dans Braisne qu’il doit abandonner lors une contre-attaque allemande.

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Gaston, de la première compagnie, tombe à son tour le 3 août 1918, mortellement blessé, à 4 heures du soir, au nord de Grand Rozoy, vers Maast et Violaine, certainement dans Braisne que le 1e bataillon avait conquis de 15 h, après avoir traversé la Vesle sous le feu ennemi. Il avait 25 ans.

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Son attitude au combat a une fois de plus été l’objet d’une citation :

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Rapatrié en 1922 comme en témoigne la presse locale, il est inhumé dans le cimetière familial aux côtés de ses parents, de sa sœur Louise Antoinette et de son mari..

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Echandelys.- Réinhumation.- Le 5 mai avait lieu le service de réinhumation de deux enfants de la commune morts pour la Patrie : le sous-lieutenant Dutour Gaston et le soldat Desusclade Jean-Antoine. Une foule nombreuse et recueillie avait tenu à accompagner à leur dernière demeure ces deux héros. Au cimetière, deux discours furent prononcés par des amis personnels des défunts. Le sous-lieutenant Dutour était titulaire de quatre citations élogieuses qui lui avaient valu la croix de guerre, la médaille militaire et la croix de chevalier de la Légion d’honneur.- (Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 10 mai 1922)

Une réflexion au sujet de « Gaston DUTOUR »

    Jean Antoine DESUSCLADE « Echandelys et la Grande Guerre a dit:
    21 novembre 2018 à 15 h 41 min

    […] service de réinhumation de deux enfants de la commune morts pour la Patrie : le sous-lieutenant Dutour Gaston et le soldat Desusclade Jean-Antoine. Une foule nombreuse et recueillie avait tenu à accompagner […]

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