Jean François CHAMPROUX

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Second d’une famille de 9 enfants dont les 5 fils vivants au moment de la Première Guerre Mondiale ont participé au conflit, il naît le lundi 16 octobre 1871 à 1 h du matin à Lossedat. Son père Antoine, scieur de long puis cultivateur est aussi originaire de Lossedat, y étant né le 23 mars 1840. Il se marie le 25 septembre 1869 à Echandelys avec Marie FAYOLLE née à Montcoudoux, commune de Condat-lès-Montboissier le 5 juin 1845, mais habite à la Forie (Saint-Genès-la-Tourette) au moment de son mariage. Avant lui, est arrivé Jean Marie le 5 juillet 1870. Jean François est suivi par Jean Auguste le 22 avril 1873 puis Alphonse le 12 mai 1875. La première fille, Marie Félicie, arrive le 27 mai 1877, suivie par un garçon, Antoine, né le 16 avril 1878, mais qui meurt quelques mois plus tard. Naissent Prosper le 22 mars 1883 qui va mourir à l’hôpital de Meaux en 1918 des suites de blessures de guerre, Eugénie le 3 décembre 1885 et enfin Joséphine Angèle le 25 novembre 1888. Deux cousins germains paternels, Jules CHAMPROUX et Antoine Ambroise CHAMPROUX, fils de Jean Marie (frère d’Antoine) seront également soldats pendant la Grande Guerre et en reviendront vivants.
Lors de sa visite d’incorporation en 1892, Jean François est ajourné pour des raisons de taille. L’année suivante, il est considéré comme apte. Il mesure alors 1 m 54, possède des cheveux blonds et des yeux gris. Son visage est ovale, avec un menton rond, sans signe particulier. Il exerce la profession de cultivateur. Il est incorporé le 14 novembre 1893 au 139e RI. Passé soldat de 2e classe le 29 mars 1895, il est renvoyé dans ses foyers le 24 septembre 1895. En 1897, 1899 et 1901, il participe à des campagnes de scieur de long en Normandie (Bosc-le-Hard, puis Rozay). Le 3 février 1906, il se marie avec Marie Jeanne RIGOULET (née le 25 août 1876) à la Chapelle-sur-Usson et le couple habite chez ses beaux-parents au bourg. Naissent alors Maria en 1906, puis Maurice en 1909.
Lors de la déclaration de la Première Guerre Mondiale, Jean François a 43 ans. Il arrive au 99e RIT de Clermont-Ferrand le 20 novembre 1914. Il y retrouve de nombreux soldats originaires d’Echandelys. Le régiment sert à verrouiller la trouée de Belfort et est en ligne dans la région Largitzen, Ubertrass sur la Largue, aux environs de Seppois. Le 8 novembre, une section de la 8e compagnie, appuyée par une fraction de cyclistes, un détachement de génie, a exécuté une reconnaissance offensive sur un poste ennemi fortement retranché à 1800 mètres au nord-est de Largitzen. A 5 h. 45 du matin, la reconnaissance arrive à 50 mètres de l’ennemi, mais ne peut pousser plus loin en raison des fortes défenses accessoires des Allemands. Accueillis par un feu violent, les soldats se maintiennent toute la journée sur la position.

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Durant tout l’hiver 1914-1915 de tels coups de main se multiplient. Jean François quitte le 4 mars 1915 le 99e RIT pour le 104e RIT de Roanne. Son nouveau régiment est en Champagne, devant Brimont. Penndant la période du 10 décembre 1914 au 11 juin 1915, le régiment tout entier reste dans le secteur de Villers-Franqueux et s’initie progressivement à la garde des tranchées et au service des guetteurs. Il devient expert dans la construction et l’aménagement des tranchées, boyaux et abris de toutes sortes, ainsi que dans la confection et la mise en place des défenses accessoires. Il prend régulièrement part aux patrouilles exécutées en avant de la ligne et subit de très fréquents bombardements soit aux tranchées, soit dans ses cantonnements de repos. Le 13 mars 1915 au matin, une attaque ennemie est repoussée au secteur du Luxembourg dans les tranchées duquel cinq hommes du bataillon sont blessés. Tout en s’habituant peu à peu au contact de l’ennemi, les territoriaux améliorent progressivement les conditions de leur existence, malgré les rigueurs de l’hiver et les obligations du service. Les cuisines sont rapprochées de la première ligne, et les mulets de bât des mitrailleurs remplacent avantageusement les voitures dans le ravitaillement quotidien. Un poste d’eau est créé. Le prolongement du boyau des Meules donne plus de sécurité à la circulation au nord de Villers-Franqueux. Les abris de la première ligne, ceux de la route 44, et de la route de Thil sont complétés, consolidés, et aménagés ce qui permet d’évacuer presque complètement le village de Villers-Franqueux très fréquemment bombardé.

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Les pertes par le feu sont ainsi réduites au minimum. Une conduite d’eau descendant de la colline est réparée et une fontaine rétablie. Pendant cette première période de séjour au front, le régiment a perdu par le feu 64 hommes, dont 17 tués Le 10 juin 1915, le 104e RIT se rend par la route par étapes jusqu’à Prouilly et Pévy, puis par camions jusqu’à Fismes. Pendant l’embarquement du régiment à la gare de cette dernière localité, un avion allemand est venu lancer une bombe qui, d’ailleurs, n’a produit aucun effet meurtrier. De Fismes, il est transporté par voie ferrée, via Château-Thierry, Dormans, à Saint-Hilaire-au-Temple, et de là dirigé par une dernière étape jusqu’à la ferme du Piémont. Après quelques jours passés dans les bivouacs de Bouy (1er bataillon) à Mourmelon-le-Grand, Jonchery-sur-Suippes, Saint-Hilaire-le-Grand (2e bataillon) et au quartier National ( 3e bataillon) chaque bataillon était affecté, le 30 juin, à l’une des divisions du C.A. : le 1er bataillon à la 8e D.I. (secteurs de la Source et des Marquises), le 2e bataillon à la 7e D.I., (Mourmelon, Jonchery, Saint-Hilaire, cote 153) et le 3ème bataillon à la 124e D.I., (bois des Marmites, cote 137), répartition qui subsistera jusqu’au 20 juillet, date à laquelle le 1er bataillon sera mis à la disposition de la 124e D.I. (Baconnes, Bivouac de l’Espérance). Sauf la 6e compagnie affectée jusqu’au 12 juillet au service de la place de Mourmelon et la 8e détachée à l’exploitation forestière dans les environs de Bouy, toutes les compagnies sont employées, pendant ces premières semaines, à divers travaux de fortification sous les bombardements ennemis touchant en particulier les 5e et 7e compagnies dans les chantiers (cote 153, etc…) et les cantonnements de Jonchery-sur-Suippes et de Saint-Hilaire. Dans le courant de juillet 1915, au quartier National, la Musique du Régiment est créée. Les artistes sont nombreux dans les compagnies, anciens musiciens de régiment ou des municipalités de Vichy et de Roanne, aussi dès sa formation la musique du 104e RIT rivalise avec les meilleures musiques des régiments actifs. Par la suite, elle procurera à tous de bons moments dans les cantonnements, dans les bivouacs, pendant les longues marches et dans les nombreuses séances récréatives. Comme les autres unités elle aura elle aussi à déplorer des pertes et des deuils.
Le 24 août 1915, le régiment commence devant Auberive des travaux d’approche en vue de l’offensive prochaine. Le 1er bataillon, préalablement rassemblé au bois de la Fourche, y participe en entier. Les 1e et 2e compagnies creusent, au cours de la nuit, deux boyaux et un élément de tranchée sous des bombardements et feux des tranchées ennemies situées à 200 mètres de là. Les 3e et 4e compagnies exécutent au cours de la nuit suivante, les prolongements des postes d’écoute, mais le tir de l’ennemi, facilité par les observations qu’il a pu faire dans la journée sur les travaux de la veille, devient plus précis et plusieurs hommes sont blessés. Jusqu’au 23 septembre, les bataillons sont employés non seulement à la garde des tranchées du secteur B, mais encore à divers travaux d’aménagement aux bivouacs, au bois des Réserves et au camp d’aviation de la Pyramide. Le 22 septembre paraît l’ordre qui prescrit l’offensive générale : le 3e bataillon restera dans les tranchées qu’il occupe à l’ouest de la route d’Auberive ; le 2e bataillon occupera celles qui se trouvent à l’est de la même route, après le départ des vagues d’assaut et le 1er bataillon dont les compagnies stationnent, respectivement au poste de l’Espérance, au bois de la Chapelle, au bois des Marmites et au bois Allongé, assurera le ravitaillement de la 7e D.I.. Après une préparation d’artillerie de trois jours, le signal de l’attaque est donné le 25 à 9 heures du matin. C’est un échec, seule une tranchée étant prise. Le 2e bataillon ne peut alors assurer son rôle et subit dans les boyaux où il stationne un tir de barrage nourri qui fait de nombreuses victimes.

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Le régiment reste dans le secteur d’Auberive qui se calme progressivement et il se met au travail. Sa première tâche est la création des abris de première ligne dont l’absence s’est fait cruellement sentir pendant la réaction ennemie qui a suivi l’offensive du 25. Un grand nombre de ces abris sont commencés simultanément sur tout le front du secteur. Les cuisines dont le rassemblement sur la lisière sud du bois des Marmites attiraient journellement le feu de l’ennemi, notamment le 29 septembre où le bombardement cause des pertes très sérieuses à la 2e compagnie, sont déplacées, séparées et rapprochées considérablement des premières lignes. Un puits est remis en état près de la Voie Romaine. Le ravitaillement est réorganisé par un choix judicieux des pistes et des points de distribution. Une équipe de charbonniers installée dans les bois fournit à la première ligne le combustible nécessaire. Des abris sont creusés au bois Sacré et au bois des Marmites ainsi que le renforcement du réduit 137 et l’établissement d’une ligne de couverture d’artillerie auxquels le bataillon au repos travaille toutes les nuits sont réalisés. Le 3 novembre 1915, le 104e RIT qui comptait conserver la garde de son secteur d’Auberive reçoit l’ordre de relever le 209e RIT. Le mouvement s’achève dans la journée du 5 novembre et place le régiment dans les secteur de la Source, des Marquise pour les tranchées et à Bouy, Livry, Mourmelon-le-Grand, Beaumont-sur-Vesles, Verzy entre autres. Dans ce secteur le régiment souffre, non pas seulement du tir de l’artillerie, mais des fatigues excessives dues à la nature du sol, aux mauvaises installations et, aux difficultés du ravitaillement.
Le régiment, parti le 15 décembre 1915 de Mourmelon-le-Petit en quatre trains, arrive le 16 à Givry-en-Argonne et est aussitôt rassemblé à Vieil-Dampierre. Il monte dans les secteurs suivants :1er bataillon, Villers-en-Argonne (état-major du bataillon), fermes de la Cense et de Mondésir, Passavant (exploitation forestière et scieries) ; 2ème bataillon, Argers (état-major), Sainte-Menehould, puis la Neuville-au-Pont, Dampierre-sur-Auve, puis Montrémoy (exploitation forestière, scieries, manutention, service routier du 4ème C.A.) ; 3ème bataillon, La Charmeresse (état-major), fermes de Venise et des Naviaux (à la disposition du Génie de l’Armée pour les travaux très importants de la 2ème position). Dans le courant de janvier 1916, a lieu un prélèvement pour l’armée active. Le 21 février 1916, jour de l’attaque de Verdun par les Allemands, un zeppelin, le O.Z. 77, aveuglé par les projecteurs de Sainte-Menehould et de Valmy et bombardé par l’artillerie anti-aérienne, survole, vers 20 heures, Argers et sa région. Quelques instants après il tombe en flammes à Brabant-sur-Auve près de Revigny.

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Au bois d’Hauzy, comme partout, le 104e RIT emploie toute son activité à l’amélioration du secteur et de ses défenses. Il y réalise tous les perfectionnements compatibles avec la nature marécageuse du terrain qui ne permet que des ouvrages en superstructure. Le bivouac de la Charmeresse, véritable cloaque à l’arrivée du régiment, change d’aspect après quelques mois d’un travail opiniâtre : l’assèchement est réalisé presque complètement ; une nouvelle voie d’accès est créée, un, puits est creusé, les gourbis sont complétés et aménagés. Les cantonnements de la ferme de Venise et de la Neuville-au-Pont sont améliorés. Près de ce dernier, on construit un abri anti-gaz qui servira à de nombreuses expériences sur la protection par filtration de l’air, dans la terre meuble. Les parties intéressantes et encore intactes de l’église de la Neuville-au-Pont, monument classé, sont mises à l’abri des bombardements futurs, par un revêtement très important.

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Une deuxième compagnie de mitrailleuse est crée le 1er avril 1916. Puis le 104e RIT est regroupé provisoirement le 25 juillet 1916 à Hans et à Somme-Bionne pour un changement de secteur qui coïncide avec la suppression du 3e bataillon. Il monte alors dans la région de Massiges et est réparti de la manière suivante :en ligne, il tient le cratère, l’Annulaire de la Main de Massiges, le Promontoire. La zone de repos se situe à Courtemont et à la cote 138, avec une relève tous les huit jours. Les 1e et 2e compagnies, puis la 6e dans lesquelles on a versé tous les spécialistes et les hommes intéressants par leur situation de famille, restent à la disposition du Génie de l’Armée pour les scieries et les exploitations de l’arrière. Les effectifs des huit compagnies restantes étant complétés à 200 hommes, la dissolution du 3e bataillon est achevée le 26 août 1916. Jusqu’au 17 octobre, les deux bataillons sont successivement affectés aux 7e, 8e et 124e D.I. Les emplacements des compagnies changent fréquemment pendant cette période. Elles passent au camp de Somme-Tourbe, au ravin des Pins, au réduit du Marson, au Buisson Fondu, à l’ouvrage Poquereau. Elles vont à Mesnil-lès-Hurlus, à la ferme Beauséjour, au Bois Jaune, au réduit des Loups, entre autres. Pendant cette période au cours de laquelle le régiment n’a occupé que les deuxièmes lignes, ses pertes se réduisent à huit blessés dont sept par l’explosion accidentelle d’un dépôt de grenades au pied de la cote 180. Toutefois, les hommes souffrent et Jean François est présenté le 15 septembre 1916 à la CS de Roanne. Il est maintenu au service armé mais doit être hospitalisé au centre de dermatologie de Vichy. Nous n’avons pas de trace de cette hospitalisation et ne savons pas à quel moment i a rejoint son unité. De même, son problème de santé nous est inconnu, mais on peut supputer une lésion du talon gauche car il sera proposé le 6 novembre 1919 pour une pension temporaire en rapport entre autres avec une ostéite suppurés du talon gauche. Le 17 octobre, le régiment reçoit l’ordre de quitter le secteur de Massiges, dans lequel il se trouvait depuis près de trois 3 mois. Le 20, il se porte à Somme-Vesle, le 21 à Sainte-Memmie-de-Courtisols, le 23 à Sary et s’embarque en chemin de fer à Chalons-sur-Marne dans la journée du 25. Arrivé à Dormans le même jour, il séjourne dans les environs, à Vincelles, à Soilly, Courthiézy, les Chassains, jusqu’au 29. Ce jour-là il reçoit l’ordre de se porter en une étape sur Dravegny mais le temps est si mauvais qu’il faut s’arrêter en route et le régiment n’y arrive le lendemain 30 octobre 1916. Cette période est employée entièrement à la construction et l’aménagement des baraques des camps de Dravegny et de Coullonges. Les 2e et 4e compagnies sont détachées du 12 au 28 novembre à Oeuilly et à Bourg-et-Comin pour la construction de voies de 0,60 en vue de la future offensive sur le Chemin des Dames. Le régiment reste dans cette région jusqu’au 1er décembre 1916, jour où il se met en marche dans la direction de Beauvais, par Saponay et Crémaille puis Auteuil près de la Ferté-Milon, Nogent-les-Vierges, Villers-Saint-Paul et Novilleurs ou il reste 5 jours au repos. Les étapes sont dures par ces froides journées d’hiver, la pluie n’ayant cessé de tomber pendant une grande partie du trajet, Le 17 décembre, il traverse Beauvais pour se rendre dans les cantonnements de Troissereux, Petit-Bracheux et Montmille où il reste jusqu’au 26 décembre. Le lendemain,suivant son train des équipages parti à Paillart, le régiment est transporté en camions à Rozières-en-Santerre, à Demuin ainsi que dans la région de Lihons. Le régiment réalise des travaux d’aménagement des boyaux et des tranchées et participe au service du Génie et des scieries. Le bourg de Rozières-en-Santerre, a été complètement évacué par la population civile. Il s’étend sur deux routes perpendiculaires et forme ainsi une sorte de croix. La partie allant de Vrély à la gare a plus de deux kilomètres de long. Les troupes qui y sont cantonnées occupent donc une grande étendue et peuvent échapper ainsi aux effets du tir de l’artillerie allemande qui ne cessent cependant de faire pleuvoir des obus en un point ou en un autre de la localité. De Rozières parallèlement à la route d’Harbonnières à Lihons, se dirigent trois grands boyaux vers Chaulnes ou du moins sur les tranchées de première ligne en avant de Chaulnes : le boyau Florent, le boyau des Sélénites et le boyau du Bois Triangulaire, aboutissent d’abord à l’ancienne tranchée française puis à la tranchée des Iris aux nouvelles tranchées en avant de Chaulnes. A l’Est de Lihons partent deux boyaux : celui de Caïn aboutissant du bois d’Amberg, et celui du bois de Chaulnes. Les unités y sont employées à tour de rôle, travaillant à la réorganisation et à l’entretien de ce réseau si étendu. La nature du sol est telle que boyaux et tranchées sont transformés en véritables ruisseaux de boue. Il faut clayonner partout pour retenir les terres qui n’ont aucune consistance et placer des caillebotis pour ne pas s’enliser ! Quelle endurance et quel souci du devoir pour mener pareille tâche à bonne fin ! (Historique du 104e RIT). Les bombardements sont fréquents, faisant régulièrement des victimes, en particulier le 1er janvier 1917, dans les nuits des 10 et 11 janvier. Les 23 et 30 janvier, ce sont trois avions qui lancent sans dégât notable. Le 3 février, le régiment se concentre sous un froid sibérien sur Mézières-en-Santerre, de façon à s’embarquer à Hargicourt le 6 février.
En trois trains, il arrivère le 8 en gare de Mussey (Meuse). Il se rend immédiatement par une étape aux cantonnements de Vavincourt et d’Hargeville. Ce déplacement est effectué pendant les journées et les nuits les plus froides d’un hiver exceptionnellement rigoureux. L’immobilité en chemin de fer, par un froid de -18° ; puis la marche sur la route glissante et balayée par un vent glacial, mettent à une rude épreuve la bonne volonté et l’endurance des territoriaux. Les équipages mettent six jours, au lieu des trois qui étaient prévus, pour arriver à leur cantonnement d’Euville. Après quelques jours de repos, le régiment est transporté les 11 et le 12 février en camions dans le voisinage de Gironville où il entre en ligne dans le sous-secteur des Etangs, assurant la garde entre les routes Gironville-Apremont et Gironville-Bouconville. C’est une plaine marécageuse où l’on rencontre trois importants étangs : Etang du Moulin-Neuf, celui de Girondel et l’étang de Vargevaux. Des bois couvrent à peu près la moitié de ce secteur : le bois de la Châtelaine, le bois sans Nom, à l’est de la route d’Apremont : le bois Bas, bois de Saulcy, bois Besombois, bois en Hache, entre les routes d’Apremont et de Bouconville, permettant de nombreux couverts qui rendent les installations et les déplacements sûrs bien que les positions allemandes de Pata dominent la plaine. En hiver, cette zone des bois coupés d’étangs où se trouvent les premières lignes, est un vaste marécage où l’on ne peut circuler en dehors des interminables caillebotis qui le traversent en tous sens. Mais cette impression désagréable s’atténue quand viennent les beaux jours.

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Les compagnies se relèvent en première ligne aux postes de la Sapinière, Cheval-Mort, Loupmont, Pata, Boqueteau, Bois en Hache, bois sans Nom, front et fort de Liouville et Batterie de Saint-Agnant. Plus en arrière, elles occupent le bois des Chanoines où elles fournissent surtout des corvées au service de la voie de 0,60. Elles prennent leur repos à Broussey, Gironville, Fréméréville, Girauvoisin.. La faible densité des troupes nécessite une vigilence constante , une mauvaise surprise y étant plus dangereuse que dans d’autres secteurs. Les nombreuses patrouilles et reconnaissances effectuées entre les lignes donnent lieu à quelques incidents. Le 25 février 1917, un avion français est abattu entre les lignes à la suite d’un combat aérien. Les aviateurs indemnes, sont dans une situation très critique : ils ne savent pas où se diriger pour rentrer. Le capitaine PETEL et l’adjudant GARDARIN, de la 2e Compagnie, vont les chercher au-delà des réseaux. L’artillerie allemande est d’activité variable. Le poste du cantonnier (route d’Apremont) est souvent pris pour cible et l’on ne peut accéder en plein jour. Les 13 et 15 mai, 10, 23 et 24 juin sont des journées très mouvementées, faisant craindre une offensive générale en particulier le 10 juin. Malgré la nature du terrain qui ne permet pas la construction d’abris enterrés, les pertes sont légères, grâce surtout à la grande dispersion des effectifs d’occupation. Elles se réduisent, pour cette période de cinq mois, à un tué, cinq blessés et cinq prisonniers. L’activité du régiment consiste surtout au perfectionnement des défenses et des voies de communication. Deux ateliers sont créés, l’un à la ferme de Brichaussard, l’autre à Gironville Les réseaux sont constamment enrichisis en avant des postes avancés et de la première ligne. Les caillebotis sont réparés et allongés. Une modification de la voie de 0 m 60 permet de l’utiliser plus complètement au ravitaillement des troupes en première ligne. Les camouflages dont l’importance est considérable en raison de la situation dominante des observatoires ennemis de Montsec et de la côte de Pata, sont partout réparés et complétés. La tranquillité relative dont jouit le secteur permet aux habitants de cultiver leurs terres dans une assez grande partie de la zone exposée aux Allemands. Le 104e RIT, qui compte dans ses rangs de nombreux cultivateurs, participent aux travaux agraires. De plus, les équipages du régiment concourent à l’enlèvement d’une partie des récoltes. La culture maraîchère des terrains abandonnés n’a été l’objet, pendant les deux premières années de guerre, que de tentatives isolées. Encouragée et aidée par l’autorité supérieure, elle prend, en 1917, un développement important ; 12 000 mètres carrés sont ainsi défrichés et cultivés à Broussey et à Gironville, permettant d’améliorer l’ordinaire.
Le Régiment, relevé le 28 juin 1917, s’embarque à Sorcy le 2 juillet après un court repos là Vertuzey, Jouy et Aulnois. Il quitte la Woëwre et débarque à Mourmelon-le-Petit le 4 juillet au matin, se retrouvant ainsi à deux ans d’intervalle au pied des monts de Champagne redevenus français depuis la victoire du 16 avril. Le 7 juillet, il passe dans le secteur du Mont Cornillet et du Mont-Haut. Le bataillon en ligne s’installe successivement à Monchy, à Prosnes, aux réduits d’Auvergne et Gouraud, puis à l’ouvrage Monténégro et au réduit Davoust. La compagnie de mitrailleuses en ligne placée d’abord à Monchy, est ensuite envoyée dans le secteur des Marquises, puis au P.C. serbe et au bois en escaliers aux ouvrages Dounaud et Castelnau et à la tranchée de Wahnn. Plus tard, elle occupe les ouvrages créés par elle à la bretelle de Prunay et Villa de Champagne. Les cantonnements de repos sont situés à Sept-Saulx, Livry, Vaudemange, au Mont-de-Billy, et à Ambonay. Le régiment est employé principalement au ravitaillement des troupes actives de premières lignes, au transport des cadavres à l’arrière, au ramassage du matériel considérable abandonné sur le terrain à la suite des combats du mois d’avril, et enfin aux travaux habituels d’entretien des tranchées et boyaux de deuxième ligne. Le ravitaillement de la première ligne sous le feu presque incessant de l’artillerie allemande, constitue surtout au moment de l’attaque du 14 juillet un service extrêmement dangereux. L’enlèvement des cadavres et leur transport à l’arrière ne demandent pas moins d’abnégation aux territoriaux dont quelques-uns payent de leur vie l’accomplissement de cette dure besogne. Les inhumations sont faites pour quelques-unes à Monténégro et à Prosnes et pour le plus grand nombre dans le cimetière de Sept-Saulx dont l’organisation, l’administration et l’entretien sont confiés au régiment. L’aumônier, l’abbé COIFFIER, dirige ce service et c’est aux musiciens que revient la tâche de donner aux morts la sépulture décente qu’ils attendaient parfois longtemps.

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Le régiment fournit de plus des équipes de travailleurs aux services les plus divers : entretien des communications, préparation et répartition des caniveaux destinés aux lignes sous plomb du service télégraphique de l’Armée, transport des matériaux, installation de batteries, construction de baraques dans la région du Mont-de-Billy, entretien et amélioration de cantonnements, fabrication du charbon de bois, construction des réseaux de fil de fer pliants, système MARGOT. Tous ces travaux s’accomplissent sous des bombardements fréquents et souvent violents et qui font des victimes dans presque toutes les unités. Vers la fin de septembre, la 2e compagnie est employée à la construction d’un observatoire au Cornillet, à 300 mètres des Allemands, dont les mitrailleuses battent continuellement le terrain découvert où l’on travaille. Jean François n’y participe pas car à l’âge de 45 ans, il est détaché le 21 septembre 1917 comme agriculteur à la Chapelle-sur-Usson. Passé fictivement le 10 novembre 1917 au 53e RAC, il est libéré définitivement de ses obligations militaires le 20 décembre 1918. Il passe le 6 novembre 1919 à la CS de Clermont-Ferrand et est proposé pour une pension temporaire avec invalidité de 25% pour sclérose du tympan gauche, hypoacousie droite et ostéite suppurée du talon gauche.

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