Prosper CHAMPROUX

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Septième enfant d’une famille de 9 dont les 5 fils vivants au moment de la Première Guerre Mondiale ont participé au conflit, il naît le jeudi 22 mars 1883 à 9 h du matin à Lossedat. Son père Antoine, scieur de long puis cultivateur est aussi originaire de Lossedat, y étant né le 23 mars 1840. Il se marie le 25 septembre 1869 à Echandelys avec Marie FAYOLLE née à Montcoudoux, commune de Condat-lès-Montboissier le 5 juin 1845, mais habite à la Forie (Saint-Genès-la-Tourette) au moment de son mariage. Avant lui, sont arrivés Jean Marie le 5 juillet 1870, Jean François le 16 octobre 1871, Jean Auguste le 22 avril 1873 et Alphonse le 12 mai 1875. La première fille, Marie Félicie, arrive le 27 mai 1877, suivie par un garçon, Antoine, né le 16 avril 1878, mais qui meurt quelques mois plus tard. Naissent après Prosper, Eugénie le 3 décembre 1885 et enfin Joséphine Angèle le 25 novembre 1888. Deux cousins germains paternels, Jules CHAMPROUX et Antoine Ambroise CHAMPROUX, fils de Jean Marie (frère d’Antoine) seront également soldats pendant la Grande Guerre et en reviendront vivants.

Lors de sa visite d’incorporation, Prosper mesure 1 m 61 et possède des cheveux blonds et des yeux bleus. Son visage est ovale, avec un menton rond, sans signe particulier. Il exerce la profession de cultivateur. Il est incorporé le 15 novembre 1904 au 30e bataillon de Chasseurs, le même que son frère Alphonse quelques années plus tôt. Il est nommé caporal le 2 octobre 1905 et est envoyé en congé le 13 juillet 1907. Il fait une saison de scieur de long à Berville-en-Caux en Normandie près du Havre en janvier 1910, en même temps que son frère Alphonse. Il se marie à Echandelys le 14 avril 1914 avec Marie Louise BARRIERE née le 31 janvier 1891 à Echandelys, sœur de Jean Marie Antoine qui sera tué à Vaux-devant-Damloup en novembre 1916 à l’âge de 34 ans.

A la déclaration de la guerre, il est dit arriver au 30e BCP de Grenoble le 6 août 1914. En raison de son âge, 31 ans, il aurait dû être affecté au bataillon de réserve du 30e, à savoir le 70e ; qui se forme au tout début de la guerre. De plus, lors de son décès et lors d’une demande d’aide à la municipalité d’Echandelys, il est dit appartenir au 70e BCP, 7e compagnie ; nous allons donc considérer qu’il a appartenu au 70e dès le début du conflit. De toute façon, les deux bataillons faisaient partie du même groupe et ont occupé le plus souvent les mêmes secteurs géographiques au même moment.

Après 4 jours de mobilisation et d’organisation, le 70e BCP est dirigé en train sur la frontière italienne, sur les lieux familiers aux chasseurs qui correspondent à leurs zones d’entraînement.

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Les Italiens n’ayant pas donné signe d’une quelconque intention belliqueuse, le bataillon quitte les pentes de la vallée de l’Ubaye le 23 août pour arriver le 25 dans les Vosges. Le 27 à Vennezay, sur la Mortagne, les premiers accrochages se produisent avec des patrouilles de cavalerie allemande. Le lendemain, il prend contact à Vallois avec les avant-postes ennemis. Pendant 5 jours, il défend et franchit partiellement la rivière.

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Les premiers soldats tombent. Pendant que la bataille de la Marne se déroule, Le 70e BC fait partie des troupes chargées de contenir la poussée allemande dans les Vosges. Il tient ainsi des secteurs dans les vallées de la Moselotte et de la Thur jusque fin septembre 1914. L’activité y est réduite et le 70e BC reprend le contact avec les Allemands dans la vallée de la Plaine lorsqu’il tient le front de la Chapelotte jusqu’à la Halte. Il organise fortement ses positions dans ce secteur qu’il va tenir 8 mois. Il y effectue de multiples reconnaissances et repousse de multiples tentatives ennemies notamment sur la Halte et le hameau des Collins.

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Les 27 et 28 février 1915, il fait face à une importante offensive sur tout son secteur. Il résiste avec trois compagnies à une brigade entière et même si les premières lignes sont à un moment perdues, elles sont reprises par des contre-attaques des 7e et 9e compagnies. Quittant la Chapelotte le 18 mai 1915, il est dirigé sur les secteurs du Creux d’Argent près d’Orbey à partir du 7 juin, puis participe aux attaques sur le Lingekopf fin juillet. Le secteur d’attaque qui lui est assigné est le col de la Courtine, zone dénudée entre le Schratzmaennele et le Barrenkopf, battu par des feux convergeant venant de trois directions.

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Le 20 juillet, veille de l’attaque, un groupe de pionniers-bombardiers volontaires se sacrifient pour cisailler et faire sauter les réseaux de fils de fer barbelé allemands. Presque tous sont tués. Un peloton de la 7e compagnie périt également presque en entier dans les réseaux en se portant à l’assaut. L’attaque est alors arrêtée pour l’ensemble de la division et reportée au lendemain. Le 22 juillet, la 9e compagnie, suivie du peloton restant de la 7e compagnie réussit malgré la perte de la moitié de ses effectifs, à franchir les réseaux et à enlever toute la première ligne allemande des carrières du Schratzmaennele au Barrenkopf.

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Col de la Courtine été 1915

C’est peut-être à l’occasion de ces combats que Prosper est promu sergent des réserves le 27 septembre 1915. Jusqu’en mai 1916, ce régiment occupe successivement les secteurs du Lingekopf, du Bonhomme, du Schratzmaennele, de Sulzern et du ballon de Gubwiller.

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Après un repos et une période d’entraînement, Il débarque dans la Somme le 11 juillet 1916. Le 20 juillet, il est en soutien lors des combats de la ferme Rouge (près de Curlu), mais certaines de ses unités sont envoyées en renfort et il se porte en première ligne le soir de l’attaque afin de permettre aux unités d’assaut de se reconstituer.

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Le 12 août, il progresse sur 1.200 mètres en enlevant la lisière sud du village de Maurepas, capturant de nombreux prisonniers. Jusqu’au 16 août, il élargit ses gains par des actions ponctuelles. Après quelques affectation moins mouvementés et quelques jours de repos, il participe à l’attaque de la Tortille, à l’est de Cléry, le 25 septembre. Malgré d’importantes pertes, il parvient à enlever la première ligne allemande et y fait une cinquantaine de prisonniers. Il consolide ensuite ses positions. Prosper a certainement été mis au courant de la naissance de son seul enfant, une petite fille prénommée Joffrette Clémence, le 9 septembre 1917, fruit d’une permission de fin 1916. Après quelques alternances de périodes de repos et première ligne, il est envoyé dans les Vosges où il arrive le 7 novembre 1916. Il y tient le secteur de la Mère-Henry jusqu’au 25 janvier 1917. Le secteur, sans grande offensives, reste assez actif, avec des patrouilles parfois difficiles et un ennemi toujours sur ses gardes. Après un hiver rude, il se reconstitue quelques temps avant de repartir pour l’Aisne mais reste en réserve lors de l’attaque du 16 avril 1917. Se déroule ensuite un épisode qui n’a laissé que peu de traces dans les archives. Le 70e BCP et dans une moindre mesure le 30e BCP ont été le théâtre d’épisodes insurrectionnels dont la réalité et la perception ont été différentes en fonction des protagonistes. Il sont touché surtout la 7e compagnie dont Prosper faisait peut-être partie à cette époque (il en faisait partie au moment de son décès en 1918). Seul le JMO du 70e BCP est assez riches de détails. A la page du 2 juin 1917, on peut y lire : Le soir du 2 juin au moment de l’appel, il est remarqué dans un certain nombre de cantonnements une effervescence inaccoutumée qui se traduit par des discussions à voix forte et des chansons. Cette agitation semble d’abord due à la boisson. La solde, plus élevée qu’habituellement grâce aux nouvelles allocations de combat et de boue a en effet été payée ce soir et beaucoup sont remarqués en état plus ou moins avancé d’ivresse. Pourtant, le calme se rétablit peu à peu. Vers 21 heures 30, le commandant, le capitaine adjudant major, le médecin-chef, l’officier adjoint, se promenant dans le cantonnement, s’arrêtent devant un local à l’intérieur duquel s’entent une discussion très agitée ayant un sens révolutionnaire. Le commandant fait appeler le capitaine commandant la 7e compagnie à laquelle appartient ce local. Peu après des clameurs plus fortes s’entendent un peu plus loin dans la même rue. Le commandant s’y porte aussitôt en compagnie du capitaine commandant la 7e compagnie qui vient d’arriver. Les chasseurs de ce nouveau local appartenant à la même compagnie. Le capitaine y rentre et les exhorte au calme. Ces hommes paraissent ivres et l’intervention du capitaine est sans effet. Sitôt celui-ci sorti, 5 ou 6 des plus agités s’arment de bâtons, cassent les vitres du local et hurlent : A bas la Guerre ! Le commandant et le capitaine qui s’éloignent reçoivent quelques cailloux et bâtons. Le sergent de la demi-section essaie aussi sans plus de succès de calmer ses hommes. Tout le monde s’éloigne en pensant que le calme va se rétablir, mais les émeutiers sortent en hurlant A bas la guerre, vive la révolution, vive la Russie ! L’agitation semble alors se transformer en émeute, même si elle ne touche que la 7e compagnie. De nombreux coups de feu sont tirés. Les agitateurs se rendent au logement du commandant, tirent des coups de feu sur la façade et en extraient quelques prisonniers. Ils cherchent à débaucher des camarades et devant leur refus mettent le feu à la baraque logeant trois sections de la 8e compagnie. Vers deux heures du matin, l’émeute cesse. On compte 2 blessés par balle et un par coup de crosse. L’enquête interne en détermine les causes : des influences extérieures révolutionnaires, l’interprétation erronée selon laquelle la 7e compagnie serait la dernière à bénéficier de permissions, l’ivresse manifeste due à l’importance de la solde versée dans la soirée du 2, de faux bruits racontés par les habitants de Beuvardes selon lesquels des événements semblables précédemment survenus auraient permis de renvoyer l’unité en question à l’arrière au lieu de monter aux tranchées. Parallèlement, de tels troubles sont notés au 30e et au 115e BC (où l’on compte 10 condamnés à mort et fusillés). Le 3 juin, par ordre spécial de la division, le bataillon est embarqué à 15 heures en train militaire et est débarqué aux carrières de Romain où il cantonne. 21 chasseurs qui se sont faits remarqués la veille sont arrêtés et conduits à la prévôté du 9e CA. Sans contester la gravité des faits dans un contexte où la hiérarchie militaire, ayant elle aussi payé un lourd tribut dans une guerre que les états-major ne comprennent pas et où le spectre de la révolution bolchevique plane, il semble que les autorités aient voulu faire des exemples comme le laisse penser le témoignage de Louis Aiglain adjudant chef de bataillon au 115e BCA (cité sur le site chtimiste.com) et qui a fait partie du conseil de guerre : le matin avant de siéger, le colonel Bel, président du conseil de guerre, après nous avoir serré la main dit : » vous savez on va marcher « rondo » et on va faire des exemples, ça sera vite fait » A la seconde séance, il est limogé pour son attitude trop indépendante et non conformiste. A 3 heures dès l’aube, le 12 juin 1917, aux environs de Romain, Le caporal Dauphin et le chasseur Renault sont exécutés. Le chasseur Liebert a vu son recours en grâce accepté et sa peine de mort commuée en travaux forcés à perpétuité. Le caporal Joseph Dauphin est un enfant de Tauves, titulaire de la Croix de Guerre avec 3 étoiles de bronze (3 citations). Dégrisé, il se rend compte qu’il a été trop loin et pense écoper de 15 jours d’arrêt (ses descendants disent qu’il se serait contenté de brailler quelques chansons à boire, mais comme il était seul gradé…). Un autre enfant de Tauves, François Brugières, faisant partie du même bataillon, est désigné pour faire partie du peloton d’exécution. Il refuse de tirer, sachant que cet acte d’insubordination peut lui aussi le mener à la mort. Il sera condamné « seulement » aux travaux forcés et meurt d’épuisement deux mois plus tard au bagne militaire de Chief (Orléansville), avant la fin de la guerre (informations du site parbelle.free.fr/Tauves/).

Nous retrouvons le 70e BC du 13 juin au 4 juillet 1917 dans le secteur de Chevreux dans l’Aisne, sans que l’on ait connaissance des conditions lors de ce séjour. En juillet et en août 1917, le bataillon devient instructeur des premières troupes américaines fraîchement débarquées de gigantesques paquebots. Il remonte ensuite en ligne dans le secteur de Tahure, en Champagne, où il reste du 16 septembre au 29 octobre 1917.

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Les Allemands, conscients de la faiblesse du front italien et ne pouvant obtenir d’avancée significative sur le front franco-belge, attaquent avec l’aide des Autrichiens dans la montagne italienne et progressent rapidement, en particulier après la défaite de Caporetto fin octobre 1917. Arrivé en novembre 1917, le rôle du 70e BC est alors de prendre le monte Tomba dont l’état-major français estime la possession indispensable.

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Les 6e et 7e compagnies sont désignées pour l’assaut. Le sommet est conquis en 10 minutes, le 30 décembre 1917, le bataillon capturant 400 prisonniers, 8 mitrailleuses et 3 canons de campagne. Le bataillon obtient alors sa première citation à l’ordre de l’armée. Il tient ensuite le col des Rosso sur le plateau d’Asiago tout proche, du 1er mars au 9 avril 1918, puis il revient en France. Au printemps 1918, il est placé en réserve dans différents secteurs de l’armée anglaise (Somme et Artois) mais ne participe pas directement dans les opérations engagées. Du 5 au 18 juillet 1918, il organise défensivement le secteur de Mont-Marlet Montemarfroy dans l’Aisne. Il repousse pendant cette période plusieurs coups de main ennemis qui font un large usage de gaz asphyxiants, occasionnant des pertes sensibles. A partir du 18 juillet, le 70e bataillon attaque dans la zone comprise entre Dammart et Coincy, vers l’est.

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La 7e compagnie est en 2e vague, située à gauche de la zone de combat. Il est pris sous le feu de nombreuses mitrailleuses nécessitant une section de chars d’assaut afin de les réduire. Ce jour-là, le bataillon progresse de plus de 3 km en profondeur, capturant de 89 prisonniers ainsi qu’une grande quantité de matériel. Il doit toutefois déplorer 60 tués et 290 blessés dont Prosper qui est blessé au nord de Monnes par balle avec plaie transfixiante au thorax (région claviculaire). Il est évacué le jour même et est hospitalisé à l’hôpital mixte de Meaux.

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Il y meurt le vendredi 26 juillet 1918 à 21 heures de ses blessures. Il avait 35 ans. Il fait l’objet d’une citation à l’ordre du grand quartier général le 15 août 1918 : Sous officier extrêmement consciencieux ayant la plus haute conception du devoir se dépensant sans compter, toujours volontaire pour les missions périlleuses ; a été blessé très grièvement en entraînant ses chasseurs à l’assaut des positions ennemies sous un violent tir de barrage et feux de mitrailleuses. Sa petite fille âgée de moins de 2 ans est adoptée par la Nation le 3 juillet 1919. Son corps est rapatrié à Echandelys et inhumé en 1921 :

Le Retour de nos Morts.- Un quatrième convoi d’enfants de l’Auvergne tombés au champ d’honneur est arrivé hier en gare de Clermont…. Leurs cercueils ont été reçus avec le cérémonial habituel, par M. le docteur Marcombes, maire de Clermont, accompagné de plusieurs membres de la municipalité, le général Mordacq, commandant d’armes, et d’un groupe nombreux d’officiers de la garnison. M. le maire, accompagné du général Mordacq, a déposé des couronnes sur les cercueils des enfants de Clermont revenus dormir leur dernier sommeil dans la terre natale et un piquet d’infanterie leur a rendu les derniers honneurs. Les réinhumations auront lieu aujourd’hui, aux heures fixées par les familles.

Echandelys.- Champroux Prosper – (Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 8 juin 1921)

Une réflexion au sujet de « Prosper CHAMPROUX »

    […] fils Marcel Jean sera adopté par la Nation en 1919 et se mariera à Echandelys avec la nièce de Prosper CHAMPROUX, mort pour la France. Eugène est cultivateur lorsqu’il arrive en 1907 à sa visite […]

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