Barthélémy Jean CHAMPROUX

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Aîné d’une famille de 10 enfants, il naît le samedi 25 juin 1887 à 5 heures du soir au Mosnial, commune de Saint-Amant-Roche-Savine chez son grand-père maternel Etienne POUGET. C’est le seul enfant de la famille, les autres naissant au Mas, à Echandelys, commune du père de Jean, Jean Marie, qui y est né le 13 avril 1858. Il y exerce le métier de scieur de long, puis de cantonnier. Il se marie à Echandelys le 4 septembre 1886 avec Marie Pétronille POUGET, née au Mosnial à Saint-Amant-Roche-Savine le 13 janvier 1865. Après Jean naissent Marie Antoinette Céline le 19 mai 1889 puis Pierre Jean Marie le 29 avril 1891, dont nous ne trouvons plus aucune trace ensuite. Arrivent ensuite 7 filles : Jeanne Marie le 17 avril 1893, qui se marie en 1911 avec Jean Martin Antoine AUBERT, sabotier au bourg et qui meurt à Champenoux en septembre 1914, dès le début du conflit ; Maria Angèle Jeanne, le 17 février 1895 ; Julie Andrette Eléonore le 26 août 1897 ; Marie Pauline, le 10 janvier 1900 (c’est la seule qui va mourir à Echandelys en 1924, deux ans après son mariage) ; Jeanne Benoite Thérèse le 2 septembre 1902 ; Antoinette Céline Aimée le 28 octobre 1906 et enfin Adèle Julienne le 16 mai 1909. Tous ces enfants vont rester dans le Puy-de-Dôme.

Jean est menuisier lors de sa visite d’incorporation. Il mesure 1 m 63 et possède des cheveux ainsi que des yeux bruns. Il a un visage ovale avec un front découvert et un nez droit. Il est incorporé au 92e RI de Clermont-Ferrand le 8 octobre 1908. Il est nommé sapeur le 28 septembre 1909 et renvoyé dans ses foyers le 25 septembre 1910. Il se marie à Ambert avec Marianne DUMAS le 22 juin 1912 mais nous ne savons pas ou le couple habite alors.

A la déclaration de la guerre, il arrive au 92e RI le 4 août 1914. Il a alors 27 ans. Il va passer, fait rare, toute la guerre dans ce même régiment. Régiment clermontois, il y retrouve de nombreux compatriotes. Dès le 7 août, le régiment est formé et le 9, il débarque à Girancourt dans les Vosges.

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Le 12 août, il s’avance vers la frontière que les Allemands ont déjà franchie. Il passe par Rambervillers, Raon l’Étape, Badonvillers et Embermenil. Le 14, les Allemands se sont retranchés et les premières escarmouches se produisent, permettant aux ennemis de faire une retraite en ordre. Le 16, le 92e RI passe la frontière et s’établit le 18 dans les villages de Brouderdoff, Plaine-de-Walsch et dans le bois de Voyer. Le 19, il se fortifie sur ces positions et le 20, l’engagement est sérieux. En effet, les Allemands ont reculé, mais se sont arrêtés sur des lignes prévues d’avance garnies d’une nombreuse artillerie lourde. Les pertes du 1er bataillon à Plaine-de-Walsch sont devenues si grosses, qu’il doit être relevé par le 3e bataillon placé en réserve au bois de Voyer. Les Allemands contre-attaquent, obligeant l’armée française à reculer. Si, jusqu’au 23, la retraite est calme, le 24 les Allemands deviennent pressants, les 2e et 3e bataillons attaquent à Domptail, mais la pression allemande devient intolérable.

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Le 3e bataillon est fauché par un feu terrible et seul le dévouement de la 7e compagnie protège sa retraite. Cette même 7e compagnie, le 26 août, séparée des autres, se heurte dan les bois à un fort détachement allemand cherchant à s’infiltrer dans Rambervillers. Elle le repousse jusqu’à la lisière après avoir tué son commandant bavarois qui reste sur le champ de bataille. Puis le régiment est relevé des Vosges et débarque à Liancourt (Oise) le 15 septembre. Il combat en particulier à l’Ecouvillon et au Plémont, puis réalise le 26 septembre, se portant vers le nord, des tranchées à Tilloloy.

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Puis, glissant encore toujours vers le nord, il s’établit face aux Allemands à Fouquescourt et à Fresnoy. Le 2e bataillon, à la Chavatte, fait face à de nombreuses attaques allemandes et le manque de munitions se fait douloureusement sentir.

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Relevé, le régiment débarque sur la frontière belge, à Esquelbecq, le 12 novembre, et le 13, il se porte dans la direction de Zonnebeke. Dans l’après-midi, il reçoit du général l’ordre d’attaquer les lignes allemandes au nord de Zonnebeke, vers le carrefour de Broonseinde. Attaques et contre-attaques se succèdent jusqu’en décembre, avec obtentions de plusieurs citations du régiment.

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Le régiment est ramené sur les confins des départements de la Somme et de l’Oise; où il y restera pendant toute l’année 1915, se remettant de ses fatigues et de ses grosses pertes de Lorraine et de Belgique. Il tient alors les secteurs du bois des Loges et de Beuvraignes. Dans ce dernier, la lutte de tranchées bat son plein entre les villages du Cessier et de Beuvraignes.

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Remis à l’entraînement au camp de Crèvecoeur, le régiment part fin février pour la défense de Verdun. Il bivouaque au bois de Fouchères, à trois kilomètres de Dombasle. Si le régiment ne combat pas immédiatement, les conditions sont difficiles. L’ennemi frappe des coups redoublés, la rive droite de la Meuse est actuellement le théâtre de la lutte, mais la rive gauche s’enflamme à son tour, et, dans le bois, sans autre abri que la tente individuelle, contre la neige qui tombe toutes les nuits, le 92e, en réserve, attend l’heure de se porter en avant. Le 6 mars, le régiment arrive sur la neige par 12 degrés au-dessous de zéro au bois du Bouchet. Il reste là, alerté toute la nuit sans abri. Au jour, il se porte en formations d’approche sur la limite d’Esnes à Chattancourt. Il s’y établit en position d’attente. (Historique du 92e RI Maison Alfred Mame imprimeurs, Tours). Le 8 mars, il se lance à l’assaut du bois des Corbeaux tombé la veille aux mains des Allemands. Il est pris pour être reperdu le lendemain, le tout au prix de centaines de morts.

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Retiré de Verdun en raison de ses importantes pertes, le régiment relevé le 20 mars 1916, se retrouve dans la Somme et, reformé, tient les secteurs de Bailly et Fouquescourt, au nord de Roye. Le 10 juin 1916, Jean est nommé soldat de première classe. Il est alors en première ligne pour participer à la bataille de la Somme à partir du 1er juillet 1916. Dans la nuit du 4 au 5 septembre, le 1e bataillon s’installe dans les premières lignes allemandes conquises par le 139e RI, puis les 1e et 2e bataillons partent à l’assaut dans la journée du 6. Un corps à corps terrible se produit au tour de la gare de Chaulnes et les hommes oubliant d’allumer les pots Ruggieri afin de prévenir l’artillerie, cette dernière les pilonne et les débris de la 2e compagnie doivent se replier. La 3e compagnie, s’étant emparé de la tranchée des Sélénites, son objectif, porte secours à la 7e compagnie occupée à enlever l’ouvrage de la Demi-Lune, constitué par d’anciens remparts du château. Le 92e RI maintient ses positions malgré de multiples contre-attaques allemandes.

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Cette opération est responsable du côté français de 79 morts, 300 blessés et 63 disparus. Le régiment reçoit à cette occasion sa 2e citation à l’ordre de l’armée. Après quelques relèves dans la Somme, le 92e RI se rend à Crépy-en-Valois puis est envoyé jusqu’en janvier 1917 au camp de Neuf-Château.

Jusqu’au mois de février, il tient les tranchées dans le bois de Thiescourt. Au mois de mars, il est prêt à attaquer lorsque les Allemands, effectuant un repli stratégique, se retirent sur le ligne Hindenburg. Fin mars, le contact est repris. Puis le régiment participe à l’attaque sur Saint-Quentin. Le 1er avril 1917, la 9e compagnie est sacrifiée sur la cote 103, permettant de démasquer les positions allemandes. En 24 heures, les 2e et 3e bataillons s’emparent de deux saillants allemands sur la ligne Hindenburg, de la sucrerie et du village de Grugies.

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A la tombée de la nuit, la 9e compagnie couche dans la neige à 50 mètres de l’ennemi. Le 3 avril, les deux bataillons s’arrêtent devant la formidable position du Pis-Aller. La position reconnue, le régiment est relevé pour 4 jours de repos avant de revenir pour l’attaquer le 13. A 5 heures du matin, les 5e et 7e compagnies partent à l’assaut. La 5e, arrêtée par un champ de fils de fer barbelé vient y faire ses tranchées tout contre, alors que la 7e arrive à pénétrer dans la ligne Hindenburg, s’emparant de la tranchée de Brandebourg et progressant jusqu’à celle de la Drave.

Malgré les contre-attaques, le obus et les torpilles, les pieds gelés et les difficultés de ravitaillement tant en vivres qu’en munition, le régiment tient pendant 10 jours, jusqu’à la relève. C’est certainement à cette occasion que Jean fait l’objet d’une citation (à l’ordre de la brigade n°77). La réussite n’aurait pas pu se faire sans les téléphonistes qui ont maintenu les communications sur ce terrain dénudé et battu par l’artillerie ennemie. Après un repos bien mérité, le régiment revient tenir le secteur de Dallon devant Saint-Quentin et repousse plusieurs coups de main. Il est ensuite dirigé sur le camp de Saint-Ouen afin de parfaire son instruction en vue d’une prochaine offensive. Son drapeau, un des premiers à être décoré de la fourragère, est envoyé à la Revue du 14 juillet 1917 à Paris.

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Puis la prochaine destination est connue. Il s’agit de Verdun où le 92e RI est chargé de prendre la zone s’étendant de la cote 304 au bois d’Avocourt. L’attaque est menée par les 1e et 3e bataillons, le 2e restant en réserve. Le 20 août, le 1e bataillon atteint tous ses objectifs en 20 minutes. La tâche est plus rude pour le 3e. Des combats au corps à corps ponctuent tout le front et les nids de résistance sont progressivement réduits. Le 2e bataillon a du mal à traverser la forêt de Béthelainville et à suivre le mouvement en raison d’un tir de barrage par obus toxiques. Le régiment fait pendant cette journée 500 prisonniers et pris 8 minenwerfer et 30 mitrailleuses. Une contre-attaque allemande est repoussée le jour même. Le régiment reçoit une citation à l’ordre de l’armée. Il passe ensuite le mois de septembre 1917 au repos à Vaubécourt, puis les mois d’octobre à décembre en secteur devant Vauquois. La zone est calme et le régiment est dit repousser des tentatives de fraternisation allemandes. Le 4 février 1918, le régiment est envoyé sur la rive droite de la Meuse, le 1e bataillon à Hassoule et le 2e devant Bezonvaux.

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Hassoule

Les Allemands semblent préparer une grande offensive. Pendant 4 jours, après une intense préparation d’artillerie par obus de 105 et 150, les Allemands tentent d’aborder les lignes françaises mais sont repoussés par les tirs de barrage. Ils attaquent tout de même dans la journée du 20 à 7 h du soir, faisant prisonnier le chef du 1e bataillon. . Ils sont repoussés quelques heures plus tard. Après une période de repos, le régiment se retrouve en mai 1918 dans la région d’Amiens. Il doit couvrir la Ferté-Milon et les abords sud-est de la forêt de Villers-Cotterets devant les Allemands qui, ayant franchi le Chemin des Dames, marchent sur Paris. Il prend position de part et d’autre de l’Ourcq. Pendant plusieurs jours, la bataille fait rage, sans modification décisive sur le terrain, perdu puis repris par des attaques et contre-attaques successives.

Après un repos de 3 jours sur Paris, le 92e RI tient le secteur de Saint-Mihiel et après quelques coups de main victorieux, ramenant par exemple le 25 août les 3 premiers prisonniers autrichiens faits sur le front français, concourt le 15 septembre 1918 à l’avancée américaine sur Saint-Mihiel en prenant après une attaque de nuit le fort du camp des Romains.

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Jean est nommé caporal le 27 juillet 1918. Au mois d’octobre, le régiment est à la droite de l’armée américaine, sur le rive droite de la Meuse et est chargé de s’emparer du bois de Caures. L’assaut est donné le 8 octobre et le régiment atteint rapidement ses objectifs sauf près du bois d’Haumont ou un nid fait de 22 mitrailleuses allemandes résiste. Il est anéanti par un appui d’artillerie. Malgré plusieurs contre-attaques allemandes provoquant des pertes de terrain conquis, celui-ci est repris et le nombre de prisonniers autrichiens augmente d’heure en heure. En tout sont faits prisonniers 750 soldats et pris 60 mitrailleuses et 12 canons. Après la signature de l’armistice, le régiment passe à Metz, Thionville, Deux-Ponts et franchit le Rhin à Mayence le 28 décembre 1918. Il s’établit autour de Francfort.

Jean est démobilisé le 25 mars 1919. Il se retire alors à Ambert et fait des passages à Clermont-Ferrand (rue Vertaizon chez Beraudy) en mai 1925, puis à Chamalières (Clos Morin chez Mr Rouchon) en mars 1928. Il meurt à Ambert en 1963.

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