Jean DEPAILLER

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Enfant au triste destin, Jean n’est pas originaire d’Echandelys, mais de Vic-le-Comte où il naît au hameau de Langlade le samedi 14 août 1897 à 7 h du soir. Son père, autre Jean est cultivateur et né à Langlade commune de Vic-le-Comte le premier mars 1856. Sa mère, sans profession, est Marie MONIER et est alors âgée de 30 ans. Le recensement de Vic-le-Comte de 1897 retrouve Marie MONIER seule avec ses enfants, son mari ayant été retrouvé mort à son domicile de Langlade le 10 février 1901. A cette date le couple a 4 enfants. Jean qui n’a que 3 ans, a deux grands frères, Baptiste âgé de 6 ans et Jean Barthélémy âgé de 4 ans. Il a également une sœur cadette, Antoinette, âgée de seulement un an. On retrouve Jean en 1911, âgé de 16 ans, domestique chez le couple Jean Marie VAISSE et Louise FAYOLLE, agriculteurs au Cluel. Sans enfant, ils sont de plus en charge de Claude BOMPEY, pupille départementale né en 1900 à Ambert.

Lors de sa visite d’incorporation début 1916, Jean habite toujours Echandelys et est considéré comme agriculteur. Il mesure 1 m 55, possède des cheveux châtains et des yeux jaunes. Son visage est allongé, avec un nez cave et des oreilles écartées. Il est incorporé le 10 janvier 1916, à l’âge de 18 ans, au 40e RI de Nîmes, Alès et Uzes, en même temps qu’Eugène Marius CHOMETON, de Lospeux et d’un mois plus âgé que Jean.

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Compte-tenu de la période d’instruction nécessaire, il ne part au front que le 18 novembre 1916. Son régiment stationne dans l’Aisne dans le secteur de Saint-Wast (Soissons). Deux bataillons du 89e RIT, prenant une partie du secteur, libèrent deux bataillons du 40e RI qui deviennent disponibles et vont cantonner l’un à Maast-et-Violaine, l’autre à Cuiry-House et y font des exercices de détails, des travaux sur la deuxième position, des manœuvres de cadres. Le 12 octobre, l’ordre est donné au 40e RI de relever le 58e RI dans le secteur de Blanc-Sablon (sud de Craonnelle) Le mouvement commence dès le lendemain et se fait en deux étapes par Glennes et Merval. La relève est complètement terminée le 16 au soir. Le régiment conserve ce secteur jusqu’au 13 décembre. Ensuite le régiment se porte en 4 étapes dans la région d’Oulchy-le-Château par Glennes, Chery-Chartreuve et Rocourt. Il cantonne le 17 décembre 1916 à Grisolles et Latilly. Le 20 décembre, le 40e RI embarque à la gare de Neully-St-Front à destination de Toulouse (via Epernay, Châlons-sur-Marne, Troyes, Sens, Orléans, Limoges, Cahors, Montauban) où il arrive le 23 décembre au matin.

Le séjour à Toulouse n’a d’autre but que de transformer le régiment en régiment colonial (type Armée d’Orient) en vue de son départ pour Salonique. Cette transformation consiste principalement à échanger les voitures contre des mulets de bât. Les hommes et les cadres sont envoyés en permission à raison de 50% de l’effectif : tout le monde doit être rentré pour le 4 janvier.

Le 8 janvier 1917, dans l’après-midi, le colonel passe la revue du régiment. Le 10 janvier, à partir de 1 h. 30, le 40e R.I. s’embarque à la gare Raynal (Toulouse) dans 4 trains à destination de Marseille via Carcassonne, Béziers, Cette, Nîmes et Tarascon. Le débarquement a lieu à Marseille-Arenc , le 11 janvier 1917. Mi janvier a lieu le départ en bateau pour Salonique. Jean, comme Eugène Marius CHOMETON, n’y participe certainement pas puisqu’il passe le 28 février 1917 au 133e RI. Il échappe ainsi au torpillage par un sous-marin allemand de l’»Amiral Magon» le 25 janvier, sur lequel avaient embarqué l’état major, les 10e et 11e compagnies et la 3e CM, faisant 205 victimes.

Son nouveau régiment est basé dans l’Aisne où il occupe, au nord-ouest de Reims, le secteur de LoivreBrimont. La première ligne de tranchées, portée par une des premières ondulations du massif de Saint-Thierry, s’appuie, par une série de bastions, sur la route nationale n° 44 qui relie Reims à Béthune. Après une période de froid et de neige, le dégel complique largement la tâche des soldats qui doivent consolider les parois. Puis surviennent en mars 1917 les coups de main allemands, préparés par d’intenses préparations de l’artillerie ennemie qui imposent de constantes réparations. Mis au repos à l’arrière fin mars, le régiment reprend l’offensive le 16 avril à 5 heures du matin après une préparation de l’artillerie française de plusieurs jours. L’offensive qui permit d’avancer de quelques centaines de mètres, fait plusieurs centaines de prisonniers allemands et saisit une partie de leur matériel.

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Le régiment reste sur ses positions conquises jusqu’au 25 avril 1917 et part se reposer à Vrigny. Il reçoit de nombreuses citations en raison de sa tenue au combat. Il retourne en seconde ligne dans le secteur du bois de Bavière mais n’y essuie que quelques tirs d’artillerie ennemie, le secteur commençant à se calmer. Après une revue devant le général de Bazelaire, le 133e RI est amené à Ville-en-Tardenois, où commence la période de réentraînement en vue des futures opérations. C’est à ce moment que le 133e RI se mutine en partie, molestant le général Bolot qui reçoit des pierres et voit ses insignes et sa fourragère arrachés. Le 2 juin, plus de 2000 hommes manifestent, dont certains du 12e RI. Parmi les soldats traduits en conseil de guerre, 5 sont condamnés à mort et exécutés et 13 aux travaux forcés. Les deux régiments sont emmenés en camion et 22 officiers sur 37 sont remplacés.

Début juillet, il repart dans le secteur de Souain, en Champagne Pouilleuse. Il y fait face à des tirs de gaz lacrymogènes et à une attaque repoussée les 19 et 22 juillet faisant deux décès parmi les soldats français. Occupant le secteur Dardanelles, à cheval sur le route Souain-Sommepy, devant la ferme Navarin de sinistre mémoire, il fait face à un violent bombardement qui tue le 22 2 soldats et en blesse 8 dont Jean (plaie pénétrante en région lombaire par éclat de torpille) qui lui vaut une citation à l’ordre du régiment n°31 du premier août 1917 : jeune soldat de la classe 1917 ; a donné à ses camarades un bel exemple de courage et de sang froid en exécutant malgré un violent bombardement des tirs à la grenade devant son poste où il a été blessé.

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Il est évacué et nous ne savons pas à quelle date il remonte en ligne. De toute façon, son régiment, mis au repos pour une quinzaine de jours fin juillet, reprend son poste début août. L’imminence d’une attaque massive allemande par des gaz de combat (chlorés semble-t-il) pousse l’état-major à lancer une offensive préventive française qui se déroule le 3 septembre 1917 sur un front de 800 mètres et qui est un succès complet, entraînant la prise du matériel allemand. Le soir même, il se retire à Suippes au repos. Il gagne ensuite à pied la banlieue de Reims et s’installe à Courcelles, Saint-Brice et Tinqueux. De nombreux soldats en profitent pour voir les ruines de Reims et de sa cathédrale.

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Il remonte au front le 25 septembre 1917 dans le secteur de Bétheny, qui forme un saillant dans les lignes allemandes.

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En dehors d’une attaque allemande repoussée le 2 octobre 1917, le secteur est relativement calme. Les pluies d’automne rendent les conditions plus difficiles lorsque le régiment est relevé le 14 octobre. Après une période de repos dans la région d’Epernay, il part en camion le 1er novembre 1917 pour Verdun. Il tient alors des positions situées à l’ouest et au nord de Douaumont.

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Les conditions y sont particulièrement difficiles. Du bois il ne restait rien qu’une où deux souches brûlées par les éclatements et qui se dressaient, comme des potences, sur ce moderne calvaire. Enlisés jusqu’au torse, car ils étaient obligés de rester tout le jour couchés ou assis au fond des entonnoirs, nos hommes, statues gluantes de boue rougeâtre, guettaient inlassablement l’ennemi qui rampait dans l’ombre. Leurs armes empâtées de boue étaient inutilisables; ils n’avaient que quelques grenades pour se défendre; encore se demandait-on si leurs membres, paralysés par le froid et l’humidité, allaient pouvoir faire à l’improviste les mouvements nécessaires? Et il fallait des efforts surhumains aux corvées de ravitaillement pour accomplir leur pénible trajet. (Le régiment des lions. Histoire du 133e RI pendant la Grande Guerre Belley 1920). Les 9 et 10 novembre, le régiment enraye une attaque particulièrement violente au bois le Chaume. Pendant 10 jours les hommes tinrent sous la pluie, sans abris, dans des trous d’obus à moitié remplis d’une eau boueuse, sous des rafales d’obus incessantes et avec la continuelle menace d’une attaque ennemie. Toutes les nuits, les brancardiers devaient emporter, avec les blessés, des hommes qui avaient les pieds complètement gelés pour n’avoir pas voulu se faire évacuer à temps. C’est ce qui arrive à Jean le 9 novembre 1917. Il reste un certain temps à l’arrière mais son parcours n’y est pas connu. Il ne reprend vraisemblablement le combat qu’au 18 avril 1918. Il rejoint vraisemblablement son régiment au camp de Saffais où il s’entraîne aux nouvelles méthodes de combat et au maniement des nouvelles armes. C’est certainement à cette période qu’il est formé à l’utilisation du fusil mitrailleur.

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Le 20 mai, le 133e RI quitte la Lorraine et s’embarquait à Einvaux, pour se rendre dans la région de Beauvais. Le 29 au matin, une invraisemblable nouvelle parvient à Aumale, au cantonnement : l’ennemi, interrompant ses attaques en Santerre, avait foncé brutalement sur le front de l’Aisne qui, momentanément dégarni de troupes, s’était effondré. Oulchy-le-Château, où le régiment devait se rendre, était peut-être déjà occupé par l’ennemi. Le Chemin des Dames enlevé, les avant-gardes ennemies sur la Vesle. Dès le soir, les bataillons commencent à s’embarquer à Vieux-Rouen pour aller renforcer le front attaqué. L’état-major et le 1er bataillon débarquent à Neuilly-Saint-Front où le régiment avait l’ordre de rester en attendant des instructions. Mais la canonnade se rapprochant, les deux autres bataillons durent débarquer à la Ferté-Milon et gagner, à marches forcées, les emplacements indiqués. Jusqu’au 4 juin, le régiment recule jusqu’à la vallée du Clignon où la ligne de front se stabilise. Il est alors relevé et part se reformer sur les bords de la Marne, à Crouttes. 420 hommes étaient blessés, morts ou portés disparu. Le 28 juin, le général Degoutte, au château de la Trousse, le passe en revue et annonce que le général commandant la 43e D.I. avait proposé le 133e RI pour une citation à l’ordre de la IVe armée. Pendant la période du 22 au 30 juin 1918, le régiment organise des manœuvres avec les nouveaux chars légers d’assaut autour de la ferme de Grand-Champ. Puis il remonte en première ligne sur la vallée du Clignon où il reconquiert progressivement le terrain perdu en mai, en particulier autour de Hautevesnes. Jean gagne alors vraisemblablement sa seconde citation à l’ordre du régiment n°141 du 12 août 1918, mais dont le texte ne nous est pas connu.

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Les combats acharnés se poursuivent jusqu’au 21 juillet, et en raison des pertes importantes, le régiment est mis en réserve jusqu’au 8 août. Il cantonne alors sous une pluie battante. Il part ensuite à Courville plus au nord où il subit quelques pertes en raison de bombardements sporadiques. De là, il remonte progressivement vers Château-Thierry qui est atteint fin août et où il peut se reposer trois semaines. Puis c’est la dernière lutte, effectuée sur le sol belge, à partir de Langemarck le 28 septembre. L’aube trouva nos hommes assoupis, un peu fatigués par les marches précédentes. Le paysage était effrayant. La terre d’Ypres ravagée, cent fois remuée, s’étendait, infinie, grise, désolée. On se serait cru à Verdun. Le terrain était tout ponctué de trous d’obus, remplis d’eau, où se reflétaient des bouts de ciel gris. On rencontrait des ossements, quelques-uns encore coiffés de casques. De loin en loin quelques ruines marquaient l’emplacement de ce qui avait été un village. Au Nord-Est s’étendait au loin la forêt, ou plutôt ce qui restait de la forêt d’Houthulst: quelques silhouettes grimaçantes d’arbres décharnés. Et à l’horrible tristesse de cette dévastation s’ajoutait celle de la pluie qui s’était mise à tomber. (Le régiment des lions. Histoire du 133e RI pendant la Grande Guerre Belley 1920) L’attaque d’Hooglede, prévue pour le 3 octobre, se heurte à d’importants tirs de barrage d’artillerie et de mitrailleuses. Le rôle du régiment est d’enfoncer la Flandern-Stellung. Elle doit se faire sans préparation d’artillerie, uniquement avec un tir d’accompagnement, des tanks protégeant et ouvrant la marche. Le régiment est de plus affaibli par la grippe, la 2e compagnie, malade, étant restée à Leyselle. A 6 h 15, les tanks n’étant pas arrivés, l’ordre d’attaquer est néanmoins donné. L’artillerie allemande tire aussitôt. La 1e compagnie dont fait partie Jean s’empare facilement des fermes situées à 1 km au nord du carrefour de Sleyhaege, mais la liaison ayant été perdue avec le 168e RI qui semble clouée au sol, elle reçoit dans son flanc des tirs de mitrailleuses. Jean y perd la vie le 3 octobre à l’âge de 21 ans.

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