Antoine BERAUD

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Homme au destin malmené par les circonstances de la vie dont la Première Guerre Mondiale a eu largement sa part, Antoine naît à Deux-Frères le dimanche 13 juillet 1879 à 6 h du soir. C’est le dernier enfant d’une famille de 4 et sa naissance suit celle d’un autre Antoine, survenue le 3 mai 1875 mais qui meurt 2 mois plus tard. Ses parents, Etienne Georges, propriétaire cultivateur, né à Deux-Frères le 22 avril 1838, se marie à Echandelys le 26 août 1860 avec Jeanne ANGLADE, originaire du Cluel où elle était née le 2 juin 1839. Le couple donne naissance à Claude le 8 avril 1863 (marié avec Jeanne Victorine GENESTIER, il donnera naissance à Etienne Robert, neveu d’Antoine, qui sera aussi soldat pendant la Première Guerre Mondiale) puis à Marie le 18 avril 1867 dont nous n’avons ensuite plus de trace.

Antoine est instituteur et bénéficie en raison de son engagement décennal, d’un report d’incorporation d’un an. En 1899 il mesure 1 m 61, possède des cheveux châtains et des yeux gris. Son visage est ovale avec un menton rond. Il n’est incorporé au 92e RI de Clermont-Ferrand que le 14 novembre 1900. Soldat de 2e classe, il est renvoyé dans ses foyers avec son certificat de bonne conduite le 22 septembre 1901. Il retourne alors à Echandelys. Le 6 septembre 1904, il se marie avec Anna Clarisse MAVEL née au bourg le 5 mai 1883. En 1906, Antoine est instituteur à Condat-les-Montboissier et y habite avec son épouse. Le 14 février 1908, le couple donne naissance à Jean Etienne Antoine. Anna Clarisse revient accoucher à Echandelys, à Fiosson, chez Antoine RECOQUE, cousin de la jeune femme. Malheureusement l’accouchement se déroule mal et la mère décède le jour même. Antoine se retrouve seul avec son nouveau-né. Il décide alors de le confier à la famille de sa femme à Fiosson et repart habiter à l’école de Condat.

La guerre le rattrape et il arrive au 12e régiment de zouaves (auquel il a été muté par décision ministérielle du 6 mars 1909) le 3 août 1914. Il est âgé de 35 ans. Or il n’existe aucune trace de l’existence d’un 12e régiment de zouaves en 1914, celui-ci n’ayant été formé qu’en 1939 pour être dissout un an plus tard. Sa fiche matricule nous permet toutefois d’affirmer affirmer qu’il a participé à la campagne contre l’Allemagne du 3 août au 2 septembre 1914, puis est parti au Maroc jusqu’au 13 janvier 1915. Or ce parcours est identique à celui du 99e RIT de Clermont-Ferrand, type de régiment auquel il aurait dû appartenir en raison de son âge. Il est donc vraisemblable qu’il a fait partie de ce régiment plutôt que du 12e RZ. Nous allons donc considérer son parcours comme appartenant au 99e RIT. Antoine y retrouve de nombreux soldats d’Echandelys. Son régiment gagne Lyon par voie ferrée le 16. Il y tient un front de 30 km jusqu’au 20 octobre 1914, mais le 4e bataillon va avoir au début de la guerre un autre destin que le reste du régiment. Il gagne alors en chemin de fer Marseille où il est affecté à la défense des côtes. Il occupe un front de 8 km aux environs de Mazargues. C’est certainement la première fois que les hommes voient la mer.

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Cette mer, il va encore mieux la connaître puisque le 25 août 1914, le bataillon, rassemblé à Marseille, est dirigé sur Sète le 3 septembre et s’embarque aussitôt pour le Maroc occidental. Après une escale de deux heures à Tanger, le bataillon débarque, le 6 septembre, à Medeah, sur la côte occidentale du Maroc. Conduits à Kenitra, les soldats reçoivent l’équipement colonial et y restent au repos jusqu’au 12 septembre, date à laquelle ils sont transportés par chemin de fer à voie étroite à Meknès. De là le 4e bataillon gagne Fez par étapes.

Employé à des travaux divers, travaux de route sur les deux rives du Sebou, construction de voies ferrées avec l’aide de 160 prisonniers allemands, sous la garde de la 15e compagnie.

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Le 4e bataillon a en fait pour tâche, ayant relevé les unités actives envoyées en France, de maintenir à tout prix la paix sur l’Atlas, de garder intacte l’armature des postes; afin d’éviter toute rébellion qui, attisée par les émissaires allemands ne manquerait de se propager à tout le Maroc ainsi que l’Algérie et la Tunisie.

Le 25 décembre 1914, le 4e bataillon, relevé par des troupes sénégalaises, est rassemblé à Fez, reprend la route de Meknès et gagne Casablanca. Embarqué le 9 janvier 1915, il arrive à Marseille le 12 et vient se compléter en hommes et matériel aux environs de Clermont-Ferrand, à Lezoux.

Fin janvier 1915, le 4e bataillon rejoint le reste du 99e RIT. Antoine passe alors caporal-fourrier des réserves le premier avril 1915. Pendant l’été 1915, les coups de mains se multiplient, sans résultat tangible sur le terrain.

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En effet, bien qu’étant un régiment territorial, le 99e combat aux tranchées comme en témoigne l’Historique du régiment : Au cours de l’année 1915 et de l’hiver 1915-1916, les territoriaux du 99e subissent un bombardement continuel d’obus, de torpilles, bombardement souvent intense et suivi d’attaques partielles toujours repoussées ; les pépères subissent bravement le choc, tuent beaucoup d’assaillants et font des prisonniers. Pendant des mois et des mois, ils se donnent entièrement à leur tâche, avec un inlassable dévouement; et, malgré les pertes sensibles qu’ils subissent journellement, nos vétérans attendent patiemment la victoire finale qui les rendra à leurs foyers, à leurs femmes et à leurs enfants, avec la fière conviction qu’ils auront bien contribué par leurs efforts continus à chasser l’ennemi du pays. (Historique du 99e Régiment d’Infanterie Territoriale pendant la Guerre. Tours. Maison Alfred MAME et Fils, imprimeurs).

Pendant cette année il a pris pied dans les bois d’Hirtzbach et, comme en témoigne la carte ci-dessous, a repris des activités familières à bon nombre de ses soldats.

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Il participe également à diverses progressions vers Bisel et réalise une organisation défensive contre laquelle l’ennemi est venu plusieurs fois se heurter en vain.

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Puis, le régiment part quelques kilomètres au sud début de février 1916, alors les Allemands bombardent violemment tous les villages de la vallée de la Largue. Le 8, à 22 heures, les bataillons du 99e territorial stationnés à Rechisy (3e bataillon ) et Florimont-Couralles (4e bataillon) reçoivent mission permanente d’assurer la surveillance et de tenir la première ligne de résistance, face à la Suisse, sur la partie de frontière comprise entre la borne des 3 puissances (borne n° 4056 de la carte d’état – major allemande au 1/20000) et la route de Courcelles-Montignez.

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Le 16 février, le régiment est relevé et après un séjour de quelques jours à Giromagny, gagne Montbéliard, puis la région Blamont- Meslières, où il arrive le 29 février. Sa mission est alors d’interdire à l’ennemi, sur le front Delle-Saint-Hippolyte, les incursions de ses éléments légers par la Suisse, et de tenir sur les positions organisées pour permettre l’arrivée des renforts.

Du 10 au 13 mars, le régiment fait mouvement vers le nord et vient occuper, à partir du 17 mars, 30 kilomètres plus loin, les deux centres de résistance de Michelbach sud et Michelbach nord, où les cantonnements sont, comme ceux précédemment occupés dans la vallée de la Largue, soumis à des bombardements journaliers, au cours desquels le 99e éprouve des pertes sensibles. Le régiment reste dans la région de Thann jusqu’au débute de l’année 1917.

Relevé le 17 mars 1917, il part alors pour Verdun où il arrive le 18. Il prend position dans le sous-secteur sud (zone de Châtillon) et travaille à partir du 5 mai a y élaborer une nouvelle ligne de résistance. Fin juillet 1917, les Allemands exécutent 4 jours de réglages systématiques et attaquent le 29 juillet à une heure du matin après un bombardement des tranchées françaises.

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L’attaque est repoussée au prix de lourdes pertes de part et d’autre.

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A partir du 12 septembre 1917, le régiment est progressivement relevé de la zone de Chatillon et est transporté en camions dans la région de Mussey (entre Revigny et Bar-le-Duc) où il reste au repos et à l’instruction. Puis le 6 octobre 1917, il est affecté en Argonne dans la région de Valmy, Somme-Tourbe et Somme-Suippes. Si la majorité du régiment est affectée à divers travaux, les compagnies de mitrailleuses sont réparties sur le front de différentes unités. La 3e compagnie de mitrailleuses, en position à Saint-Thomas (à 12 km au sud de Sainte-Menehould) est bombardée par obus à gaz et subit de nombreuses pertes par intoxication. Le 20 janvier 1918, certainement en prévision de la dissolution du 99e RIT, Antoine est muté au 116e RI qui est en secteur dans la zone de la Mère-Henry, près de Senones dans les Vosges. La situation reste calme et jusqu’au 1er mai 1918, le régiment ne repousse que 2 ou 3 coups de main de l’ennemi. A cette date, il est relevé en camions et part au camp d’Arches où il bénéficie d’une instruction perturbée par l’épidémie de grippe espagnole.

Le premier juin 1918, il part en train pour Epernay puis en camions pour le Petit-Venteuil près de la Ferté-sous-Jouarre. Il monte le 5 en ligne entre la corne est du bois de Veuilly et le ruisseau de Champillon. Le 6 à 3 h 45, il lance une attaque ayant comme objectif la prise de la partie sud du village de Bussiares et des bois environnant. Grâce à des mouvements d’infiltration et de débordement, une partie des objectifs est atteinte mais le village reste aux mains des Allemands. Les combats durent jusqu’au 7, puis le lendemain les soldats organisent les positions conquises malgré les tirs de l’artillerie allemande. Dans la nuit du 8 au 9, l’attaque reprend et dure plus de 24 heures. C’est un succès partiel lourd de pertes pour les deux belligérants.

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En 4 jours de combats, le 116e RI a tout de même avancé de plusieurs kilomètres, capturé 425 prisonniers et de nombreuses mitrailleuses. Relevé en camions le 12 juin, il cantonne à Mourmelon-le-Petit pour quelques jours de repos, puis le 19 part occuper le secteur d’Aubérive en Champagne. Le secteur est calme jusqu’au 14 juillet lorsqu’à 22 h, l’alerte est donnée. La première ligne est évacuée et les positions intermédiaires renforcées. Deux heures plus tard, le bombardement allemand commence par obus de tout calibre dont beaucoup à gaz. A 4 h 15, l’infanterie allemande attaque. Leur élan se brise sur les îlots intermédiaires fortement défendus. Le lendemain, le régiment repousse 6 attaques allemandes. Le secteur ne se calme un peu qu’à partir du 17 juillet. Le 29 juillet 1918, Antoine passe au 366e RI. Ce dernier régiment, fortement éprouvé aux Eparges (707 hommes tués ou disparus pendant le mois de juillet), est en train de se reformer dans la région de Pont-Sainte-Maxence avec l’adjonction d’hommes venant de divers autres unités. Puis progressivement, il se porte en forêt de Compiègne, au nord du château d’Offémont et monte en ligne dans la nuit du 19 au 20 août. L’attaque du lendemain doit le mener à prendre la croupe au sud-est de Bellefontaine, puis le plateau des Champs Rayes et enfin le bois de Cuts avec ses creutes, le village de Cuts et la ferme la Barre. Tout le terrain à parcourir, en grande partie boisée, est couvert de nids de mitrailleuses. Masques à gaz mis (le bombardement allemand utilisant de nombreux obus à gaz), les hommes quittent leurs lignes le 20 à 7 h 10. 10 minutes plus tard, les premier prisonniers allemands sont envoyés à l’arrière. Moins d’une heure plus tard, le premier objectif est atteint, au prix de nombreuses pertes (3 commandants de compagnie sur 4 sont tombés). A 10 h 30, l’attaque du bois des Cuts commence avec l’appui de tanks. Les creutes sont difficiles à prendre et l’assaut du village de Cuts n’est donné qu’à 20 h. Il faut toute la nuit pour s’en emparer. 72 soldats français meurent pendant cette opération qui a permis de prendre 29 canons, 110 mitrailleuses et mitraillettes.

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Dans les jours qui suivent, le régiment reste dans le secteur, autour de Cuts, tenant la Pommeraye-Cuts et essuie de nombreux tirs d’obus toxiques. Le 29 aout 1918, il renouvelle une attaque sur la ligne partant du Pont Détruit, passant par la partie est du bac d’Arblincourt et se prolongeant jusqu’à l’Oise. D’emblée le canal est difficile à franchir, pris sous le feu ennemi. Les objectifs, malgré une avancée substantielle, ne peuvent être atteints. Le bac d’Arblincourt est pris le lendemain. Les jours suivants, l’avancée est peu importante, mais permet de mieux s’appuyer à l’est du canal de l’Oise à L’Aisne. Le 5 septembre, le 6e bataillon atteint le bois de Coucy. Deux jours plus tard, le 7 septembre, Antoine est gazé à l’ypérite à Coucy.

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Il est certainement évacué et reste à l’arrière jusqu’au 21 décembre 1918 dans des conditions que nous ne connaissons pas. Cité à l’ordre de la brigade n°209 du 18 septembre 1918, il rejoint son régiment le 22 décembre 1918. La guerre est terminée mais le régiment stationne en Belgique, à Gand le 25 décembre, où il défile devant le général Desgousses et les notables de la ville. Antoine n’est démobilisé que le 24 janvier 1919. Il se retire à Condat-lès-Montboissier. Son état de santé lui a-t-il permis de reprendre son poste d’instituteur ? Aucun document militaire ne permet de nous renseigner à cet égard. Nous savons seulement qu’il décède à Condat le 12 mars 1921 et que son décès est imputable à son séjour sous les drapeaux. Il avait 41 ans.

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