Antonin BRUGERE

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Avant-dernier enfant d’une famille de huit, c’est le seul garçon de sa fratrie à être soldat pendant la Première Guerre Mondiale. Il naît le dimanche 22 octobre 1871 à Lospeux à 7 h du soir de Louis scieur de long né au Rouvet (commune d’Aix-la-Fayette) le 20 mars 1832 et de Anne VIALLIS née le 22 mai 1836 aux Enclos. Son père, marié avant 1858 avec Marie VIALLIS, née à Lospeux le premier février 1833, avait eu trois enfants de ce premier mariage : Antoine, le 4 juin 1868 (marié en 1886 avec Anne Marie DUTOUR, il sera père de 6 enfants dont deux soldats de la Grande Guerre, Louis René et Charles Marie Evariste) ; Antoine Martin le 4 juin 1860 ; Antoine Martin, né le 4 juin 1860 toujours à Lospeux (mort à l’âge de 12 ans) ; Marie Hélène née le 7 mai 1862 et elle aussi morte un an plus tard. Dans l’intervalle, c’est leur mère, Marie VIALLIS qui meurt à Lospeux le premier décembre 1912, laissant Louis avec trois enfants en bas âge. Il se remarie un an plus tard, le 6 mars 1863 à Echandelys avec Anne VIALLIS, qui ne semble pas avoir de lien direct avec sa première épouse. Anne était née aux Enclos le 22 mai 1836. Elle donne naissance à Charles à Lospeux le 21 mars 1864, puis à Jean Prosper le 14 avril 1866 (qui meurt un an plus tard) et à Marie le 4 juin 1868 (elle se mariera à Chamalières avec Jean TOURLONIAS en 1898). Après Antonin, seule Justine arrive au monde le 13 mai 1873 (mariée à Issoire en 1913 avec Guillaume RANDIER).

Antonin est scieur de long lors de sa visite d’incorporation en 1892. Il mesure alors 1 m 55 et a des cheveux noirs. Ses yeux son gris, avec un visage ovale, un front large, un nez relevé et une petite bouche. Il est alors ajourné pour faiblesse. L’année suivante, il est considéré comme bon pour le service et incorporé au 139e RI d’Aurillac le 14 novembre 1893. Après être nommé soldat de 1e classe le 11 août 1894, il est renvoyé dans ses foyers le 8 novembre 1894. Son métier de scieur de long le conduit souvent hors d’Auvergne et on le retrouve dans le Jura en 1895, en Mayenne en 1896, puis en Normandie de 1898 à 1903. Dans l’intervalle, il se marie à Saint-Genès-la-Tourette le 4 novembre 1899 avec Marie Virginie THIOLAT, commune dans laquelle il va alors résider (hameau de Bel-Air). En 1905, 1907 et 1912, il retourne épisodiquement en Normandie. Dans l’intervalle, le couple donne naissance à trois filles, Marie, Suzanne et Germaine âgées respectivement de 8, 6 et 2 ans en 1911 et à un petit garçon, Alphonse qui a 4 ans en 1911.

A la déclaration de la guerre, il arrive au 99e RIT de Clermont-Ferrand le 26 novembre 1914. Il est alors âgé de 43 ans. Il nous est impossible de savoir s’il est resté au dépôt ou s’il a rejoint son régiment dans la région Largitzen, Ubertrass sur la Largue, aux environs de Seppois où il sert à verrouiller la trouée de Belfort.

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Le 8 novembre, une section de la 8e compagnie, appuyée par une fraction de cyclistes, un détachement de génie, exécute une reconnaissance offensive sur un poste ennemi fortement retranché à 1800 mètres au nord-est de Largitzen. A 5 h. 45 du matin, la reconnaissance arrive à 50 mètres de l’ennemi, mais ne peut pousser plus loin en raison des fortes défenses accessoires des Allemands. Accueillis par un feu violent, les soldats se maintiennent toute la journée sur la position.

Durant tout l’hiver 1914-1915, de telles offensives se multiplient, sans résultat tangible sur le terrain. Le 4 mars 1915, il passe au 104e RIT en même tant que Jean François CHAMPROUX de Lossedat. Leur nouveau régiment est en Champagne, devant Brimont. Pendant la période du 10 décembre 1914 au 11 juin 1915, le régiment tout entier reste dans le secteur de Villers-Franqueux et s’initie progressivement à la garde des tranchées et au service des guetteurs. Il devient expert dans la construction et l’aménagement des tranchées, boyaux et abris de toutes sortes, ainsi que dans la confection et la mise en place des défenses accessoires. Il prend régulièrement part aux patrouilles exécutées en avant de la ligne et subit de très fréquents bombardements soit aux tranchées, soit dans ses cantonnements de repos. Le 13 mars 1915 au matin, une attaque ennemie est repoussée au secteur du Luxembourg dans les tranchées duquel cinq hommes du bataillon sont blessés. Tout en s’habituant peu à peu au contact de l’ennemi, les territoriaux améliorent progressivement les conditions de leur existence, malgré les rigueurs de l’hiver et les obligations du service. Les cuisines sont rapprochées de la première ligne, et les mulets de bât des mitrailleurs remplacent avantageusement les voitures dans le ravitaillement quotidien. Un poste d’eau est créé. Le prolongement du boyau des Meules donne plus de sécurité à la circulation au nord de Villers-Franqueux. Les abris de la première ligne, ceux de la route 44, et de la route de Thil sont complétés, consolidés, et aménagés ce qui permet d’évacuer presque complètement le village de Villers-Franqueux très fréquemment bombardé.

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Les pertes par le feu sont ainsi réduites au minimum. Une conduite d’eau descendant de la colline est réparée et une fontaine rétablie. Pendant cette première période de séjour au front, le régiment a perdu par le feu 64 hommes, dont 17 tués Le 10 juin 1915, le 104e RIT se rend par la route par étapes jusqu’à Prouilly et Pévy, puis par camions jusqu’à Fismes. Pendant l’embarquement du régiment à la gare de cette dernière localité, un avion allemand est venu lancer une bombe qui, d’ailleurs, n’a produit aucun effet meurtrier. De Fismes, il est transporté par voie ferrée, via Château-Thierry, Dormans, à Saint-Hilaire-au-Temple, et de là dirigé par une dernière étape jusqu’à la ferme du Piémont. Après quelques jours passés dans les bivouacs de Bouy (1er bataillon) à Mourmelon-le-Grand, Jonchery-sur-Suippes, Saint-Hilaire-le-Grand (2ème bataillon) et au quartier National ( 3ème bataillon) chaque bataillon était affecté, le 30 juin, à l’une des divisions du C.A. : le 1er bataillon à la 8ème D.I. (secteurs de la Source et des Marquises), le 2ème bataillon à la 7ème D.I., (Mourmelon, Jonchery, Saint-Hilaire, cote 153) et le 3ème bataillon à la 124ème D.I., (bois des Marmites, cote 137), répartition qui subsistera jusqu’au 20 juillet, date à laquelle le 1er bataillon sera mis à la disposition de la 124ème D.I. (Baconnes, Bivouac de l’Espérance). Sauf la 6ème compagnie affectée jusqu’au 12 juillet au service de la place de Mourmelon et la 8ème détachée à l’exploitation forestière dans les environs de Bouy, toutes les compagnies sont employées, pendant ces premières semaines, à divers travaux de fortification sous les bombardements ennemis touchant en particulier les 5ème et 7ème compagnies dans les chantiers (cote 153, etc…) et les cantonnements de Jonchery-sur-Suippes et de Saint-Hilaire. Dans le courant de juillet 1915, au quartier National, la Musique du Régiment est créée grâce au zèle et à l’esprit d’organisation du sous-lieutenant Davenas et du sergent Brun. Les artistes sont nombreux dans les compagnies, anciens musiciens de régiment ou des municipalités de Vichy et de Roanne, aussi dès sa formation la musique du 104ème RIT rivalise avec les meilleures musiques des régiments actifs. Par la suite, elle procurera à tous de bons moments dans les cantonnements, dans les bivouacs, pendant les longues marches et dans les nombreuses séances récréatives. Comme les autres unités elle aura elle aussi à déplorer des pertes et des deuils.

Le 24 août 1915, le régiment commence devant Auberive des travaux d’approche en vue de l’offensive prochaine. Le 1er bataillon, préalablement rassemblé au bois de la Fourche, y participe en entier. Les 1e et 2e compagnies creusent, au cours de la nuit, deux boyaux et un élément de tranchée sous des bombardements et feux des tranchées ennemies situées à 200 mètres de là. Les 3e et 4e compagnies exécutent au cours de la nuit suivante, les prolongements des postes d’écoute, mais le tir de l’ennemi, facilité par les observations qu’il a pu faire dans la journée sur les travaux de la veille, devient plus précis et plusieurs hommes sont blessés. Jusqu’au 23 septembre, les bataillons sont employés non seulement à la garde des tranchées du secteur B, mais encore à divers travaux d’aménagement aux bivouacs, au bois des Réserves et au camp d’aviation de la Pyramide. Le 22 septembre paraît l’ordre qui prescrit l’offensive générale : le 3e bataillon restera dans les tranchées qu’il occupe à l’ouest de la route d’Auberive ; le 2e bataillon occupera celles qui se trouvent à l’est de la même route, après le départ des vagues d’assaut et le 1er bataillon dont les compagnies stationnent, respectivement au poste de l’Espérance, au bois de la Chapelle, au bois des Marmites et au bois Allongé, assurera le ravitaillement de la 7e D.I.. Après une préparation d’artillerie de trois jours, le signal de l’attaque est donné le 25 à 9 heures du matin. C’est un échec, seule une tranchée étant prise. Le 2e bataillon ne peut alors assurer son rôle et subit dans les boyaux où il stationne un tir de barrage nourri qui fait de nombreuses victimes.

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Le régiment reste dans le secteur d’Aubérive qui se calme progressivement et il se met au travail. Sa première tâche est la création des abris de première ligne dont l’absence s’est fait cruellement sentir pendant la réaction ennemie qui a suivi l’offensive du 25. Un grand nombre de ces abris sont commencés simultanément sur tout le front du secteur. Les cuisines dont le rassemblement sur la lisière sud du bois des Marmites attiraient journellement le feu de l’ennemi, notamment le 29 septembre où le bombardement cause des pertes très sérieuses à la 2e compagnie, sont déplacées, séparées et rapprochées considérablement des premières lignes. Un puits est remis en état près de la Voie Romaine. Le ravitaillement est réorganisé par un choix judicieux des pistes et des points de distribution. Une équipe de charbonniers installée dans les bois fournit à la première ligne le combustible nécessaire. Des abris sont creusés au bois Sacré et au bois des Marmites ainsi que le renforcement du réduit 137 et l’établissement d’une ligne de couverture d’artillerie auxquels le bataillon au repos travaille toutes les nuits sont réalisés. Le 3 novembre 1915, le 104e RIT qui comptait conserver la garde de son secteur d’Aubérive reçoit l’ordre de relever le 209e RIT. Le mouvement s’achève dans la journée du 5 novembre et place le régiment dans les secteur de la Source, des Marquise pour les tranchées et à Bouy, Livry, Mourmelon-le-Grand, Beaumont-sur-Vesles, Verzy entre autres. Dans ce secteur le régiment souffre, non pas seulement du tir de l’artillerie, mais des fatigues excessives dues à la nature du sol, aux mauvaises installations et, aux difficultés du ravitaillement.

Le régiment, parti le 15 décembre 1915 de Mourmelon-le-Petit en quatre trains, arrive le 16 à Givry-en-Argonne et est aussitôt rassemblé à Vieil-Dampierre. Il monte dans les secteurs suivants :1er bataillon, Villers-en-Argonne (état-major du bataillon), fermes de la Cense et de Mondésir, Passavant (exploitation forestière et scieries) ; 2ème bataillon, Argers (état-major), Sainte-Menehould, puis la Neuville-au-Pont, Dampierre-sur-Auve, puis Montrémoy (exploitation forestière, scieries, manutention, service routier du 4ème C.A.) ; 3ème bataillon, La Charmeresse (état-major), fermes de Venise et des Naviaux (à la disposition du Génie de l’Armée pour les travaux très importants de la 2ème position). Dans le courant de janvier 1916, a lieu un prélèvement pour l’armée active. Antonin est alors versé non pas à une unité d’active (ce qui aurait été impensable en raison de son âge), mais au 96e RIT. Mais le 11 février, par ordre des autorités supérieures, l’état-major ainsi que la compagnie hors-rang du 96e RIT sont supprimés et chaque bataillon devient indépendant. Les trois bataillons sont séparés et mis à la disposition de diverses armées pour le service du ravitaillement ou comme travailleurs dans la Somme, la Marne, les Vosges et l’Alsace. Le premier bataillon cantonne en Meurthe-et-Moselle dans la région d’Einville. Début juillet 1916, il est mis à la disposition du génie de la VIIIe armée pour la construction du camp de Bois-l’Evêque, près de Toul. Fin octobre, les travaux terminés, il est embarqué en gare de Maron pour Gérardmer où il arrive dans la nuit du 30 au 31 octobre. Il s’y repose 2 jours puis occupe une partie des crêtes comprise entre le col du Bonhomme et le Honeck. Pendant tout l’hiver, il assure l’entretien des routes et des multiples voies de chemin de fer (électrique et voies de 0,60). Il y reste jusqu’en juin 1917.

Le 2e bataillon reste cantonné à Bussang et au Thillot mais perd une bonne partie de ses effectifs (la 6e compagnie est dissoute). Il part ensuite par chemin de fer pour Breteuil-Ville. Son activité ne nous est pas connue.

Le 3e bataillon occupe des cantonnements à Vesoul et est employé au ravitaillement en vivres et en matériel au niveau des gares. Quelques hommes sont employés à des travaux de terrassement. Les cantonnements sont bombardés à plusieurs reprises, sans faire de victime. A la fin de l’année, de nouveaux détachements sont envoyés à Petite-croix, Montreux-Vieux et Bussang où il faut assurer le service du câble transbordeur qui fonctionne à travers le col de Bussang. Au cours de l’année 1916, il voit son effectif complètement renouvelé et se trouve en grande partie composé des plus vieux soldats, ainsi que de pères de famille nombreuse. Début 1917, il fournit de multiples détachements dans les Vosges, le Haut-Rhin et l’Alsace.

Le 4 juin 1917, Antonin est muté au 51e RIT. Ce régiment occupe le secteur de Charémont toujours dans les Vosges, beaucoup plus mouvementé où bombardements et coups de mains se succèdent. Il est possible d’Antonin soit alors resté au dépôt ou parti en permission car le 9 août 1917, il est détaché comme agriculteur à Sauxillanges. Il passe virtuellement au 53e RAC le 10 novembre 1917 et est définitivement libéré de ses obligations militaires le 21 décembre 1918. Nous ne connaissons pas le reste de sa vie.

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