Louis René BRUGERE

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Décorations inconnues

Aîné d’une famille de 6 enfants, il voit le jour au Mas le dimanche 10 juillet 1887 d’Antoine, scieur de long né le 4 juin 1858 à Lospeux et d’Anne Marie DUTOUR née le 6 mai 1863 au Mas. Le 23 mai 1891, naît Jeanne Marie Alice Delphine, future couturière, mariée en 1918 à Echandelys, et qui décédera à Issoire en 1978. Elle précède Marcelle Jeanne Marie née le 19 avril 1893, Charles Marie Evariste né le 28 octobre 1894, qui sera aussi soldat pendant la Première Guerre Mondiale, Jeanne Marie Reine née le 2 mai 1897 (décédée à Ambert en 1985) et enfin Marius Alexis le 23 mai 1901 qui va mourir à l’âge de 11 ans. Un oncle de la famille, Antonin BRUGERE sera également Poilu. René habite donc à Lospeux lors de sa visite d’incorporation en 1909. Il est cultivateur et mesure alors 1 m 53. Ses cheveux sont châtain moyen et ses yeux jaune clair. Il ne présente pas de signe particulier. Nous ne savons pas pour quelle raison il a été classé en 5e partie de la liste en 1908, et de ce fait, exempté de service militaire cette année là.

Il est incorporé au 86e RI du Puy-en-Velay le 1er octobre 1909. Le 13 décembre 1910, il est nommé caporal. Le 24 septembre 1911, son service militaire terminé, il retourne à Lospeux. En 1913 et 1914, on le retrouve en Haute-Normandie où il exerce certainement l’activité de scieur de long.

Lors de la déclaration de la guerre, il arrive au 86e RI le 4 août 1914. Le lendemain, sous une pluie battante, le régiment s’embarque dans 3 trains pour rejoindre la région d’Epinal. Il participe à la bataille en Lorraine dès le 15 août vers Ancerviller, puis est dirigé rapidement vers Sarrebourg, d’où il pénètre en territoire allemand jusqu’à Nitting. Mais le canal de la Marne au Rhin constitue un point limite et les contre-offensives allemandes fixent le régiment autour de Nitting et à partir du 21, c’est le début de la retraite de Lorraine qui va le conduire dans la région de Baccarat où le 25, il est chargé de reprendre la ville. L’attaque est déclenchée sans bruit, sans un coup de fusil. Les sentinelles ennemies placées aux issues de la ville sont tuées à la baïonnette. Ce n’est que lorsque la colonne principale atteint le pont sur le Meurthe que l’alerte est donnée. La lutte s’engage. Les Français sont tués à bout portant par des tirs venant des fenêtres des maisons et des soupiraux des caves. Il faut gagner maison par maison. Mais le but principal est d’enlever la totalité de la ville. Il faut pour cela franchir la rivière et prendre pied sur la rive droite de la Meurthe. Mais les mitrailleuses allemandes prennent le pont en enfilade. Très rares sont les hommes qui arrivent à le franchir. Ils sont presque tous tués ou faits prisonniers.

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Rapidement, le régiment organise les quartiers de la ville qu’il occupe. Des barricades sont hâtivement construites. Mais bientôt, sous les tirs de mitrailleuses et d’artillerie, la ville doit être évacuée. Pendant le reste de la journée, les combats continuent au sud-ouest de Baccarat, dans la région de Saint-Barbe et Bazien.

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Plus de mille soldats sont morts pendant cette journée. René est lui-même blessé à Mons, un lieu indéterminé et certainement évacué. Sa blessure était probablement grave car il est resté à l’intérieur jusqu’au 30 avril 1916, soit presque deux ans. Le 20 avril, il fait l’objet d’une citation à l’ordre du régiment n°763 que nous n’avons pas retrouvée.

Il rejoint le 30 avril 1916 la vallée de l’Automne, au sud de la forêt de Compiègne, dans laquelle le 86e RI se remet de ses combats à Verdun. La zone est agréable et les soldats jouissent d’une réelle détente. Le 25 avril, il monte dans l’Aisne et entre en secteur devant Moulin-sous-Touvent. La zone occupée est un grand plateau dénudé limité à l’est et à l’ouest par des ravins; le ravin de Bitry et celui de la Faloise. Elle est bien aménagée et les communications sont faciles. Mais la lutte avec les engins de tranchée y est continue, très violente en certains points. Le « Poulailler », un de nos postes avancés, rappelle le « Pigeonnier » du bois du Chariot. Il est le but visé par de nombreuses torpilles et grenades. C’est le coin le plus dangereux du secteur. Malgré tout, c’est avec regret que le régiment quitte le secteur fin juin 1916.

Il entre en ligne avec des territoriaux dans la région du bois de Saint-Mard, de Quennevières à Tracy-le-Val. Les postes sont très rapprochés de ceux de l’ennemi et les coups de main sont faciles. La lutte à la grenade est incessante et la lutte à la torpille est violente. Puisaleine et Tracy-le-Val sont les points habituels où les échanges sont particulièrement violents. A Tracy-le-Val, l’ennemi tente plusieurs coups de main préparés par de violents bombardements qui bouleversent les tranchées, défoncent les abris, et nous causent chaque fois des pertes douloureuses.

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Vers le milieu du mois d’août, le régiment est relevé et se rend dans la région de Betz (15 km à l’est de Nanteuil-le-Haudouin). Il est ensuite embarqué le 24 août 1916 pour gagner la Somme, après un passage au camp d’instruction de Crèvecoeur.

Le 7 septembre, le régiment est alerté, enlevé dans l’après-midi, en camions. Après un voyage rapide, il est débarqué à proximité de la zone de bataille, à la sortie sud d’Harbonnières, vers 22 heures. C’est la nuit dans une région inconnue. Et cependant, il faut marcher de suite. Deux bataillons vont alors passer la nuit à Vauvillers et à Framerville tandis que le dernier se rend directement en réserve à proximité des premières lignes, au Bois Étoilé, à 1 km de Vermandovillers où viennent de se dérouler des combats acharnés depuis le 5 septembre.

C’est ainsi que le 86e RI entre en ligne au nord-ouest de Vermandovillers. Le terrain récemment conquis, est complètement bouleversé. Le bois Étoilé ne présente plus qu’une série de troncs sectionnés. Les boyaux et les tranchées sont à moitié remplis d’une boue liquide, la terrible boue de la Somme. Et, presque sans interruption, un violent duel d’artillerie remplit l’air de sons monstrueux, de trajectoires mortelles. Le village ne présente plus que quelques amas de décombres disséminés sur le terrain incessamment défoncé par les obus.

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Vermandovillers a été attaqué le 5 septembre ; mais énergiquement défendu, il est resté presque entièrement aux mains de l’ennemi. (Historique du 86e RI).

A partir du 9 septembre, le régiment prépare les parallèles d’où il s’élancera lors de l’attaque. Le travail s’effectue dans des conditions très difficiles, sous des feux d’artillerie et d’infanterie violents. Les pertes augmentent de jour en jour, mais le travail continue. Durant les trois jours qui précèdent l’attaque, l’artillerie donne avec toute sa puissance. Les derniers vestiges de Vermandovillers disparaissent dans une poussière blanchâtre, projetée bien haut par les énormes obus de 240, 340 et 370. Le jour de l’attaque est fixé au 17 septembre. Mais l’artillerie allemande, qui était resté faiblement active jusque là, augmente au matin du 17 considérablement son activité. De nombreuses mitrailleuses allemandes, non détruites par les tirs d’artillerie commencent à cause de nombreuses pertes, en particulier dans le bois du Cerisier.

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A 15 h, l’heure de l’attaque, les pertes sont énormes dès la sortie des parallèles de départ. Le premier bataillon a perdu la presque totalité de ses officiers et les 2/3 de ses effectifs. Au nord, la progression est presque impossible tandis qu’au su, le boyau du Cerisier et le bois Kalner sont enlevés. Pendant la journée, le régiment a fait plusieurs centaines de prisonniers, enlevés plusieurs canons de tranchée ainsi qu’un grand nombre de mitrailleuses. Le village de Vermandovillers est entièrement occupé au pris de nombreuses pertes. Pendant les jours suivants, le 86e RI travaille à organiser le terrain en vue de résister aux contre-attaques. Les bombardements quotidiens provoquent de nombreuses pertes, mais les énormes vides causés par la bataille sont partiellement comblés par un renfort venu du dépôt divisionnaire. La pluie presque continue augmente les difficultés, transformant le terrain en un immense lac de boue où la circulation est pénible. Elle retarde la poursuite de l’attaque et les bataillons passent successivement d’Herleville, région de réserve au prochain secteur d’attaque à la lisière est du bois Kalner. Le 7 octobre 1916, sous un beau temps revenu, la préparation d’artillerie commence sous le contrôle de l’aviation. Le 10 octobre, le 1er bataillon s’élance à 11 heures vers Ablaincourt. Les objectifs fixés (tranchées des Sarments, du Sifflet et de la Sirène) sont nettoyées. Plus de 250 soldats français sont mis hors de combat. C’est vraisemblablement à la suite de ces combats que René est promu sergent le 11 octobre 1916.

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Puis la préparation de l’attaque suivante reprend. Les hommes ont de la boue jusqu’aux genoux. Ils sont pris par la fièvre et ceux qui restent sont exténués par 45 jours de bataille. Le 25 octobre 1916, le régiment est transporté en camions dans la région ouest de Saint-Just-en-Chaussée où il se reconstitue physiquement pendant plusieurs semaines.

Fin novembre 1916, il est embarqué en chemin de fer pour la région de Neuchâteau, à cheval sur la Meuse. Pendant tout le mois de décembre 1916, l’instruction y est poussée. Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1917, le 86e RI repart pour l’Oise et retrouve le 5 janvier son ancien secteur de 1er ligne. D’abord à Attiche et aux carrières de Montigny, il passe fin janvier dans le secteur de Canny-sur-Matz. C’est la période pendant laquelle on prépare l’offensive de printemps. Mais il fait froid et c’est dans un sol gelé et inondé que les soldats creusent les parallèles de départ. D’abord calme, le secteur devient progressivement agité avec une artillerie allemande de plus en plus active. Les Allemands effectuent alors un repli stratégique derrière la ligne Hindenburg, vers Saint-Quentin afin de réduire la longueur du front à tenir.

Ordre est alors donné au régiment de talonner le recul allemand et c’est bientôt tout le régiment qui, non sans résistance adverse, se retrouve au niveau de la route de Noyon à Roye le 17 mars au soir. Le lendemain soir, il franchit le canal du Nord. Les routes sont défoncées, les carrefours minés ont sauté et pas un pont ne subsiste sur le canal ou sur la Mève.Les villages de Chevilly, Muirancourt et Rimbercourt sont successivement traversés. Le régiment est alors mis en réserve quelques km à l’ouest de Lassigny. Tous les hommes ont été, comme dans d’autres unités, indignés par les destructions systématiques opérées par les Allemands lors de leur repli.

Dans la nuit du 16 au 17 avril 1917, le 86e RI monte en ligne sur la rive gauche de la Somme devant Gauchy et Grugies. Le terrain est complètement dénudé, sans tranchée, boyau ou abri. Quelques chemins creux offrent un abri passager, mais repérés par les Allemands, ils sont systématiquement bombardés. Aussi, les pertes sont nombreuses. Les soldats se mettent donc à l’œuvre pour organise le terrain, ce qui est chose faite lorsqu’il est relevé le 9 mai 1917. Mis en réserve pendant un mois, il remonte toujours dans le secteur de Saint-Quentin, au nord, en liaison avec les troupes anglaises, entre Pontruel et Gricourt.

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C’est un secteur dénudé, à pentes légères, coupé par la vallée de l’Omignon qui procure un peu d’ombrage et de promenades aux hommes lorsqu’ils sont en réserve. Seul Pontruel est fréquement bombardé. Fin juin, le régiment est transporté en Meuse, à 10 km au nord de Bar-le-Duc (Louppy-le-Petit et Génicourt). Il y reste jusqu’au 23 juillet 1917 puis se porte par étapes sur Bethelainville , à quelques km au sud de la cote 304, objectif de la division. Lors des dernières nuits de juillet, les 2e et 3e bataillons occupent une partie du plateau Favry, à proximité de la route d’Esnes à Avocourt. Les Allemands bombardent sans arrêt, aidés par leur aviation. A leurs dégâts, s’ajoutent les éboulements causés par une pluie persistante. A partir du 28 juillet au soir, les troupes françaises ont l’impression de l’imminence d’une attaque allemande en vue de conquérir toute la position.

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Le 31 juillet, il n’y a plus de doute. Les tranchées et boyaux sont bombardés par des obus de gros calibre et des tirs de barrages sont effectués à l’arrière, notamment à l’aide de nombreux obus à gaz toxiques. C’est la première fois que le régiment est en contact avec l’ypérite. Le 1er août au matin, des minen de gros calibre détruisent complètement les tranchées de première ligne. Vers 4 heures, c’est l’assaut allemand. Le 86e RI soutient le 328e RI qui est rejeté des premières lignes. Le soir, le terrain perdu est restreint. Le 2 août au matin, à 6 h 30, les 2e et 3e bataillons du 86e RI contre-attaquent.

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Le succès en est mitigé. Il s’agit maintenant de s’organiser et de tenir. Le ravin de la Mort laisse un souvenir horrible d’enfer et de mort. La lutte à la grenade est incessante. Il pleut tous les jours. Les trous d’obus sont à moitié pleins d’eau et les boyaux au ¾ de boue. Les pieds excoriés causent d’intenses douleurs au moindre mouvement.

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En raison de ses lourdes pertes, le régiment est placé en réserve. S’il ne participe pas directement à la prise de la cote 304, il sera toutefois sollicité pendant l’attaque du 20 au 24 août pour tirer les canons des artilleurs intoxiqués par les gaz et assurer le ravitaillement en matériaux et munitions afin de consolider les positions conquises. Enlevé en camions le 25 août 1917, il est transporté dans la région de Ligny-en-Barrois puis de Saint-Mihiel où il monte en ligne au nord, dans le secteur de Rouvroy. Le secteur, calme, est bien aménagé et le temps de cet automne est clément. Le 28 septembre, il part au sud, franchit la Meuse à Pont-sur-Meuse et entre à nouveau en ligne en forêt d’Apremont et au bois d’Ailly. Les lignes françaises et allemandes sont très éloignées et l’activité consiste en de multiples patrouilles et de rares luttes à la grenade. Il quitte cette contrée alors presque idyllique et remonte le 26 octobre 1917 vers Beaumont, pour tenir le front entre la cote 344 et le bois de Chaume (Louvemont et carrières d’Haudromont).

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Le paysage est sinistre, lunaire et les carrières sont le point de mire des obus allemands de très gros calibre. On ne trouve que quelques petits troncs de pins calcinés, noircis, voisinant avec de nombreuses petites croix brisées, renversées, jalonnant encore les emplacements des tombes éventrées. Les gaz toxiques inondent les ravins et les voies d’accès, rendant les déplacements et les ravitaillement particulièrement dangereux. Le régiment repousse plusieurs attaques en particulier les 24 novembre et 8 décembre 1917. Il quitte Verdun le 10 décembre, laissant de nombreux soldats victimes des gaz. Il est transporté en chemin de fer à Laheycourt où il reste jusqu’au 20 décembre. Puis par étapes, il gagne Clermont-en-Argonne et monte en première ligne le 23 au soir à Vauquois, sur la rive droite de l’Aire. Le séjour, en raison de son organisation y est presque agréable et les soldats visitent les gigantesques travaux souterrains réalisés pendant la guerre des mines, ainsi que l’immense cratère, profond de 20 mètres, qui occupe l’emplacement de l’église du village.

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Le secteur est propice aux patrouilles et aux coups de main qui y sont fréquents, employant parfois des lance-flammes, mais surtout les obus à gaz. Il y reste les premiers mois de 1918 et après un séjour de 5 mois, il quitte la région en camions et après une courte période d’instruction et de repos débarque le 29 mai au soir dans la Marne, à 5 km au nord de Châtillon-sur-Marne. Il prend position sur un crête longeant la route de Dormans à Reims. Le lendemain, les Allemands accentuent leur pression à partir du village d’Aougny. A midi, d’importants contingents sont massés dans les ravins à 1200 mètres de notre ligne d’avant-postes. Ils en prennent d’ailleurs un au hameau de Berthenay. Ils attaquent vers 15 heures et peu à peu font fléchir les lignes françaises en s’infiltrant entre Anthenay et Olizy-Violaine. Dans la matinée du 31 mai, les Allemands prennent Olizy, puis Anthenay.

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Vers midi, la progression ennemie est stoppée au pris de lourdes pertes de part et d’autre. Il poursuit son offensive le lendemain après de violents bombardements de préparation. Il atteint Violaine. Le 8 juin, dans un ultime effort, les Allemands tentent d’avancer jusqu’à la Marne. Il en est finalement empêché par le 86e RI qui sur un front de 6 km a tenu bon. Exsangue, ayant perdu 842 hommes, il reste quelques jours au repos à Villers-sous-Châtillon, puis remonte en ligne dans la région du bois de Rarrey et du bois de Trotte. Il se déplace ensuite au nord de la Marne, à l’ouest de Vandières où il organise les positions qu’il tient. Le secteur est calme, seules quelques patrouilles et coups de main ennemis entretenant la vigilance. Le 3 juillet 1918, il passe en réserve d’armée au sud d’Epernay.

Le repos est de courte durée. Alerté le 6, il franchit le soir la Marne à Epernay et Cumières et stationne vers Hautvillers, Saint-Imoges et Roméry. Le lendemain, il reconnaît son futur secteur, autour de Marfaux, dans les avancées nord-ouest de la forêt de Reims.

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Une importante offensive allemande est en effet attendue pour dans 48 h maximum. Jusqu’au 15 juillet, rien ne se passe, le régiment s’occupant à organise son secteur. A minuit, le bombardement de préparation allemand commence. Il alterne obus de gros calibre et obus toxiques. Les Allemands attaquent à droite, plus à l’est, la division italienne, puis s’infiltrent progressivement sur Marfaux. Ayant passé l’Ardre à Bligny, ils attaquent le bois de Reims qu’ils occupent rapidement. Ils créent le lendemain un brèche dans le bois de Courton qui est infiltré. La pression s’accentue sur Pourcy où le 86e RI tient bon. Le 17 juillet, les Allemands attaquent à nouveau. Le front de la division italienne fléchit et est bientôt rompu, menaçant toute le flanc droit du régiment. Le 2e bataillon réalise alors une rotation de 90° vers la droite qui permet avec un renfort de troupe et une demi-section de mitrailleuse de contenir l’ennemi. Les Italiens s’y appuient et lancent un contre-attaque qui va rétablir la situation. Pendant les jours suivants, les Allemands se contentent d’intensifier leur bombardement. Le 25 juillet, le 86e RI est remplacé par des éléments britanniques. Il a perdu 580 hommes.

Après un repos de quelques jours, le régiment est transporté en camions au sud-ouest de Verdun, dans la zone de Jubécourt où il reste jusqu’au 8 août 1918. Puis il entre en secteur dans la région du Mort-Homme et de la côte de l’Oie. Le secteur est beaucoup plus calme qu’en 1917. Si les bois ne présentent que quelques petits troncs noircis, le Mort-Homme reçoit de nombreuses visites pour y voir les fameux tunnels qui le traversent.

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La cote 304, à l’ouest, apparaît toute blanche et parfaitement calme. Le 8 septembre, le 86e RI est relevé par un régiment américain. Après un court passage dans le secteur de Courte-Chausse en forêt d’Argonne, il attend en réserve au sud de Sainte-Menehould (Ante et Villers-Dancourt).

Le 26 septembre 1918, l’attaque est déclenchée sur tout le front de la IVe armée. Le régiment reste en réserve à l’arrière en suivant la progression des armées alliées. Le 29, il passe par la ferme de Beauséjour, puis près de Ripont. Le terrain, traversé par les anciennes premières lignes, est totalement bouleversé. Les pistes qui le traversent sont boueuses, pleines de trous d’obus, encombrées et réseaux et de matériel divers. Le temps est pluvieux et très froid. Le 30, il est à Grateuil, village disparu. Les Allemands résistent sur la Croix des Soudans et la cote 195. Ils infligent d’assez lourdes pertes au 1er bataillon qui a attaqué vers le village de Vieux. Pendant une semaine, les soldats français se maintiennent malgré les bombardements et les contre-attaques allemands. Le 9, les bombardements s’intensifient, en particulier par obus toxiques, entraînant de lourdes pertes, en particulier au 3e bataillon qui est en réserve. Le 10, le repli allemand est effectif, protégé par l’artillerie ennemie. Le 86e RI se lance alors à sa poursuite. Corbon, Savigny puis Saint-Morel tombent, livrant un important matériel (240 000 obus, un stock important de fourrage entre autres). Le 12, il entame la reconquête de Vouziers. A 9 h 30, la ville est occupée et le régiment se porte à hauteur des casernes.

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Mais le franchissement de l’Aisne est rendue difficile par la destruction des ponts et l’inondation de la vallée par les Allemands. Les soldats rampent dans l’eau sous le feu des mitrailleuses ennemies. Ils ne pourront franchir l’Aisne malgré leurs multiples tentatives qui coûteront 510 hommes. Le 14 octobre au soir, le régiment est relevé et rassemblé au camp d’Orfeuil, puis de Châlons. Il est cité à l’ordre de la IVe armée. Il reste au camp de Mourmelon-le-Grand jusqu’au 26 octobre, date à laquelle il remonte vers le nord et stationne à 10 km à l’ouest de Vouziers. Dans la nuit du 30 au 31 octobre, il relève le 319e RI de Vrizy à Vandy. Il n’existe pour ce faire qu’une voie étroite de 6 m et longue de 1 km 6 au milieu de la vallée inondée. L’ennemi, averti de la relève, en profite pour bombarder avec violence cette voie unique, entraînant des pertes sévères. Une attaque française débute le 1er novembre à 5 h 45. Le 3e bataillon subit de lourdes pertes. La 10e compagnie par exemple est rapidement réduite à un effectif de 22 soldats, tous ses officiers étant morts par ailleurs. La progression est lente mais néanmoins réelle pendant 2 jours. Le régiment est ensuite mis en réserve en raison des pertes subies. Il suit alors la progression des unités de première ligne, jusqu’à Vandresse. Le 9 au soir, il participe à l’offensive et est au bord de la Bar, ses éléments de tête ayant atteint la Meuse. Il a perdu 357 hommes et est cité une nouvelle fois à l’ordre du 9e CA. Le 11 novembre, il se prépara à franchir la Meuse quelques kilomètres à l’ouest de Sedan lorsque l’armistice prend effet. En janvier 1919, il stationne à Nancy. René n’est renvoyé dans ses foyers que le 28 juillet 1919. Il est âgé de 32 ans.

Le samedi 16 août 1919, il se marie à Aix-la-Fayette avec Jeanne Marie ARTAUD. Cette dernière va mourir 20 ans plus tard à Lospeux, alors que René ne la suivra dans la tombe qu’en 1965.

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