Antoine Marcel PAROT

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Second enfant d’une famille de 4 garçons dont 3 ont été soldats pendant la Première Guerre Mondiale, Marcel naît à Coupat le dimanche 20 novembre 1892 à 10 heures du matin. Son père, Jean Marie Joseph y est métayer. Il est lui-même né à la Faye, commune de Saint-Eloy-la-Glacière le 19 février 1864 et s’est marié avec Claudine CHEVARIN de Coupat où elle est née le 31 août 1857. La cérémonie a lieu à Echandelys le 3 novembre 1899. Francisque arrive tout d’abord le 14 octobre 1890 à Coupat. Après Marcel, viennent Jean Emile le 28 février 1898, puis Henri Albert le 31 mars 1902, le seul qui en raison de son âge, échappera à le Grande Guerre. Toute la famille travaille donc la terre lorsque Marcel arrive à sa visite d’incorporation. Il mesure 1 m 56, possède des cheveux châtain foncé et des yeux jaunâtres. Il a un visage long, avec un nez rectiligne, une petite bouche et des oreilles écartées, peu ourlées. Il est porteur d’une tache blanche au niveau de l’hémithorax droit. Son père meurt à Coupat le 22 mai 1913. Sa mère se retrouve seule avec deux enfants de 16 et 12 ans.

Marcel arrive au 86e RI du Puy le 9 octobre 1913. Il est donc sous les drapeaux lors de la déclaration de la guerre. Il est âgé de 21 ans. Le 5 août 1914, sous une pluie battante, le régiment s’embarque dans 3 trains pour rejoindre la région d’Epinal. Il participe à la bataille en Lorraine dès le 15 août vers Ancerviller, puis est dirigé rapidement vers Sarrebourg, d’où il pénètre en territoire allemand jusqu’à Nitting. Mais le canal de la Marne au Rhin constitue un point limite et les contre-offensives allemandes fixent le régiment autour de Nitting et à partir du 21, c’est le début de la retraite de Lorraine qui va le conduire dans la région de Baccarat où le 25, les rudes combats pour reprendre la ville firent plus d’un millier de morts. Il arrive à contenir la poussée allemande dans la région de Roville aux Chênes lors de la bataille de la Mortagne.

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Le 26 août 1914, le 86e RI ne comprend plus que 750 hommes et 7 officiers qui se divisent en deux groupes. Le premier est rassemblé à la sortie nord-ouest de Rambervillers et attaque 7 km plus au nord-ouest Roville-aux-Chênes qu’il enlève. Par contre, les bois de la Grande et de la Petit Pucelle, fortement organisés, ne peuvent être conquis. Il stationne, sous les bombardements allemands dans la région et se renforce de deux apports successifs de 800 et 400 hommes. Il quitte ensuite la région le 9 septembre 1914 pour poursuivre les Allemands défaits à la première bataille de la Marne. A partir du nord-ouest de Paris, le 86e RI se porte vers Ribecourt puis, le 16 septembre, enlève la ferme La Carmoye qui avait été le matin le théâtre de sanglants combats où le 38e RI avait subi de lourdes pertes.. Il se porte ensuite sur l’Ecouvillon qu’il conquiert mais où il ne reste pas en raison de son encerclement par les forêts facilitant les contre-attaques nocturnes. Le 20 septembre, participe aux combats de la ferme Attiche en subissant de lourdes pertes, notamment pendant la période du 20 septembre au 20 octobre 1914 où il exécute après avoir conquis la ferme, 12 attaques sur le plateau d’Attiche et enregistre la perte de 192 soldats. Le 22 septembre, Marcel est blessé pendant ces combats sans que l’on puisse savoir de quelle type de blessure il a été victime et si il a été évacué.

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Un monument fut érigé en juillet 1915 par le 86e RI en souvenir des soldats tombés autour de la ferme d’Attiche et préfigurera ceux élevés après-guerre.

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Le régiment s’enterre alors sur la ligne Attiche, la Carmoye, l’Ecouvillon, le front étant fixé. La guerre devient une guerre de tranchées. Progressivement, prenant exemple sur les Allemands, il organise le secteur en creusant tranchées et boyaux de plus en plus profonds et en réalisant des réseaux de fils de fer barbelés. Deux bataillons restent en ligne tandis que le troisième se repose quelques jours en réserve au bivouac des Carrières (près de Montigny), puis dans le village de Machemont. Il ne quitte le secteur qu’en février 1915 pour quelques semaines à l’arrière puis reprend rapidement sa place dans les mêmes positions jusqu’en fin avril 1915. Il passe alors à Marest-sur-Matz et revient en mai sur le secteur de l’Ecouvillon jusqu’à l’Oise.

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Le 8 août 1915, Marcel passe au 38e RI. Son nouveau régiment est dans la Somme, près de Roys, dans le secteur Grivillers-Dancourt. Il y organise le terrain, creusant les tranchées et posant les réseaux de fils de fer barbelé.

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Le secteur est calme en dehors d’un coup de main réalisé par les Français sur l’ouvrage du Disque Rouge. Mais le 21 février 1916, l’enfer se déclenche à Verdun. Devant l’importante poussée allemande, toutes les forces disponibles françaises vont y converger. La vision du champ de bataille est dantesque. En raison du pilonnage allemand par des canons de 210, 305 et 380 contre lesquels nos 75 sont bien démunis, il n’y a plus boyaux ni tranchées. Que des trous d’obus.

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Embarqué le 23 février 1916 à Montdidier, le régiment débarque le 25 à Givry en Argonne. Par étapes et sur des routes encombrées de longues colonnes de troupes et d’interminables convois, il s’installe sur le front entre Eix la Fiéveterie et le ruisseau de Tavannes, le premier bataillon restant en réserve au ravin du Cabaret.

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Pendant 14 jours, les 2e et 3e bataillons résistent aux assauts allemands. Par contre, un peu plus au nord-ouest, la 303e brigade fléchit au niveau du village et du fort de Vaux. Le 8 mars, le 1er bataillon du 38e RI est sollicité pour lui venir en aide. Il exécute son mouvement de nuit sous les bombardements. Les conditions sont telles que certains éléments ne rejoignent leur position qu’au jour. Les 1e et 2e compagnies gardent le village, la 3e puis la 4e renforcent la garnison du fort où l’ennemi est parvenu jusqu’au réseau de fils de fer barbelés du parapet. Le 38e RI s’y déploie et gagne une citation à l’ordre de la division pour avoir repoussé l’ennemi malgré ses nombreux assauts : Ayant été relevé par une compagnie territoriale, a demandé à reprendre sa place sur les parapets aussitôt les fusils refroidis et nettoyés et a continué la lutte sur un terrain absolument nivelé par l’artillerie et rasé par la fusillade : a ainsi obligé l’ennemi à se retirer après lui avoir infligé de grosses pertes : 200 tués et de nombreux blessés.

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Lorsque le 15 mars 1916 le 38e RI quitte le champ de bataille de Verdun, l’élan allemand est brisé et le front stabilisé. Le régiment déplore 51 tués et 334 blessés. Il est obligé de se reconstituer à l’arrière, d’abord dans la région de Saint-Dizier, puis dans l’Oise à Verberie jusqu’à la fin du mois d’avril 1916. Il remonte ensuite dans l’Aisne, dans la région de Bitry, au plateau de Moulin sous Touvent, à l’est de Compiègne.

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Les paysages de la vallée de l’Aisne, même pendant la guerre restent plus riants. L’artillerie n’y a pas fait les mêmes ravages. Même si les accrochages sont moins violents, les engins de tranchée sont actifs et font de multiples victimes. Le poste de Libertrud et la ferme Saint-Victor sont souvent le théâtre de coups de main. Le 8 septembre 1916, le régiment est lancé dans la bataille de la Somme, commencée depuis début juillet. Le 17 septembre, il attaque sur Vermandovillers. A droite, les objectifs sont rapidement atteints (bois Oertel, bois Guillaume et le saillant sud). A gauche par contre, le bataillon a son flanc découvert du fait de l’arrêt d’un bataillon du 86e RI, ancien régiment de Marcel, qui a perdu la moitié de ses effectifs. Malgré tout, il parvient son objectif, les lisières nord-est du bois Kalner. Il faut ensuite organiser sous une pluie continue les positions conquises. Le terrain se transforme en vaste marécage, rendant pénible la vie quotidienne et les ravitaillements en particulier. L’artillerie allemande ne lâche pas la partie non plus.

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Mais tout le monde prépara le terrain pour l’attaque suivante et le 10 octobre, le 3e bataillon se porte sur Ablaincourt. Les pertes sont plus lourdes (42 tués et 116 blessés). Puis le terrain conquis est à nouveau organisé et c’est avec soulagement que le 27 octobre, après 50 jours de lutte permanente, le régiment est relevé. Il se reconstitue pendant un mois dans la région de Beauvais, puis de Neufchâteau. Début 1917, il remonte en ligne dans l’Oise dans les secteurs de Ribécourt, le Hamel. La situation y est plus calme. Transporté dans la région de Ressons-sur-Matz et Canny, il y est chargé d’organiser le terrain en vue de l’offensive de printemps. Les travaux sont difficiles dans la terre gelée et les cantonnements de mauvaise qualité protègent mal des rigueurs du temps. Progressivement, les tranchées sont creusées et les dépôts de munition remplis. Mais le 18 mars 1917, c’est la stupeur : les Allemands ont disparu. Ils se sont retranchés sur la ligne Hindenburg. Le 38e RI se lance alors à sa poursuite. Sur le terrain regagné, tout est désolation : les usines et les maisons ont été dynamitées, les fermes incendiées. Les arbres fruitiers ont été sciés. Début avril 1917, le régiment se positionne en face de Saint-Quentin, tenu par les Allemands. Le terrain n’est pas organisé et seules quelques caves plus ou moins effondrées constituent les seuls abris précaires. L’ennemi en profite pour pratiquer de multiples tirs de harcèlement. Le village et le cimetière d’Oertres, le village de Dallon et l’épine de Dallon sont particulièrement visés. Le régiment est chargé d’organiser le secteur, tâche qu’il accomplit en mai dans la région de Gauchy, Grugnes et Contrescourt, puis en juin dans le secteur le Fayet – Gricourt. Fin juillet 1917, le 38e RI est relevé et transporté au nord de Bar-le-Duc où il est mis au repos pendant quelques semaines. Il remonte ensuite sur les flancs de la cote 304 qu’il est chargé de reprendre. La pluie tombe sans arrêt. Le sol est totalement nivelé, sans tranchées ni boyaux utilisables.

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Les deux artilleries rivalisent et envoient de multiples obus toxiques. Aussi, l’attaque qui débute trois semaines plus tard est un échec. Malgré tout, Marcel est nommé caporal le 26 septembre 1917. En octobre 1917, après quelques semaines de repos dans le secteur calme de Saint-Mihiel, les Paroches et Chauvoncourt, Il remonte en ligne dans le secteur de Beaumont, sur la rive droite de la Meuse. L’aspect est encore plus sinistre. Sur plusieurs kilomètres d’étendue, plus une maison, plus un abri : pas une parcelle de terrain qui n’ait été labourée par les obus ; on se croirait transporté dans un paysage lunaire ; partout la désolation et la mort. Ici encore cependant il faut tenir durant de longs jours, malgré les bombardements qui, à certaines heures, inondent e gaz toxiques les ravins de Neuville, Hadimé, de la Sortelle et le fond de Heurias, malgré le mauvais temps qui rend, surtout la nuit, la circulation extrêmement pénible. Que de fois les corvées de soupe, trébuchant dans la boue et les trous, sont parties dès la chute du jour et ne sont revenues qu’à grand-peine le lendemain à l’aube. (Historique du 38e RI) Les coups de main allemands sont fréquents. Le 1er novembre en particulier, ils parviennent jusqu’au sections de soutien sans être inquiétés mais laissent plusieurs morts sur le terrain lors de leur repli. A la fin décembre, le régiment suit sa division entre Vauquois et Avocourt. Si les villages sont ruinés, le secteur est plus calme. Les bois sont peu ravagés, même si le secteur est là encore soumis à des tirs d’obus toxiques. Les coups de mains y sont également fréquents, entraînant d’assez lourdes pertes. Aussi, le 16 mars 1918, une attaque est décidés par l’état-major français. Avec l’appui de lance-flammes, les soldats pénètrent sur plus de 800 mètres à l’intérieur des lignes ennemies, détruisant tout sur leur passage. Le saillant sud du bois de Cheppy est réduit et 40 minutes plus tard, arrivent de nombreux prisonniers ainsi que plusieurs mitrailleuses.

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Cette action vaut au régiment une citation à l’ordre de la 11e armée. Le 27 mai 1918, devant l’avancée allemande, le 38e RI est embarqué de Sainte-Menehould pour Châtillon. Derrière, c’est la Marne dont les ponts sont coupés. A gauches, les Allemands ont déjà pris contact avec la rivière. A droite, ils peuvent occuper à tout moment le couloir de Cuisles. Les bataillons occupent alors les secteurs autour de la ferme de la Malmaison, du bois de Trotte et du bois de Rarrey. Il doivent constamment lutter contre les troupes ennemies qui tentent de s’infiltrer. Pendant trois jours, la pression allemande est formidable. Mais la division tient, et le 2 juin, il est certain que les Allemands ne passeront plus. Pendant trois semaines, le régiment tient le terrain. Puis il repasse la Marne pour prendre position pendant quelques jours autour de Dormans. Il est déplacé depuis 10 jours aux abords du village de Pourcy, dans la partie sud-ouest du bois de Reims, lorsque le 15 juillet, la région est brusquement soumise à un feu roulant allemand. Les troupes de tête ont cédé et le régiment placé en 2e ligne, se retrouve rapidement au contact avec l’ennemi. Pendant 11 jours, il tient bon malgré des pertes sévères (70 tués et 380 blessés pendant cette période). Après un court repos à l’arrière, puis un séjour dans un secteur plus calme (cote 344 et cote du Poivre à Verdun), le 38e RI repart au combat le 30 septembre 1918 à quelques km de la vallée de la Dormoise. Il prend le village de Marvaux et s’établit sur les pentes sud du plateau de la Croix des Soudans, belvédère âprement défendu par les Allemands. Pendant 9 jours, attaques et contre-attaques s’y succèdent. Le 10 octobre au matin, les Allemands se replient, suivis par le régiment jusqu’à Vouziers.

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Marcel a été blessé le 3 et passe au CJD ( ?) Nous ne savons à quoi correspond cet acronyme et si Marcel a continué à combattre. Après avoir pris Vouziers, le régiment est ramené à Mourmelon, puis reprend la poursuite des Allemands au nord de Vouziers. Il bloque un jour entier devant le canal des Ardennes, puis atteint la Meuse. Deux jours plus tard, l’armistice est signée. Marcel n’est rendu à la vie civile que le 28 août 1919. Sa mère est morte le 19 novembre dernier.  Il se retire à Echandelys. Sa conduite pendant le conflit lui vaut, à une date indéterminée, une citation à l’ordre du régiment n°577 : bon gradé courageux au front depuis le début de la campagne. Une cicatrice à la fesse gauche et à l’hémithorax droit ne le rendent pas titulaire d’une pension. Après un séjour à Varennes-sur-Amance en 1920, il regagne Echandelys la même année et devient restaurateur. Il se marie le 1er juin 1922 à Fournols avec Marie Louise MAYET. Il habite Fournols en 1937 et est père de deux enfants. Il s’éteint à Fournols en 1971.

 

2 réflexions au sujet de « Antoine Marcel PAROT »

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