François Eugène TONNELIER

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Troisième enfant d’une famille de quatre, François Eugène naît le jeudi 10 juin 1886 à 6 heures du soir. Ses parents, Pierre TONNELIER, scieur de long né à Cher le 18 mars 1886 et Marie MAYOUX, née à Fayet (commune d’Auzelles) le 16 juillet 1854, se marient à Echandelys le 29 septembre 1877. Leur premier enfant, Anna, voit le jour à Cher le 25 juin 1879, suivie de François Alfred le 19 juin 1883. Deux ans plus tard, Anna décède. Après François Eugène, arrive la dernière fille, Maria, le 4 juin 1889. Cette dernière se mariera avec Jacques POUTIGNAT, né le 9 mai 1881 au Monestier, qui sera également Poilu et trouvera la mort le 17 août 1915 à Rennes, à l’hôpital des suites de blessures de guerre. Son fils Marcel Jean sera adopté par la Nation en 1919 et se mariera à Echandelys avec la nièce de Prosper CHAMPROUX, mort pour la France. Eugène est cultivateur lorsqu’il arrive en 1907 à sa visite d’incorporation. Il mesure 1 m 55, possède des cheveux bruns et des yeux de même couleur. Il a un visage ovale, un menton rond et un nez busqué. Il arrive au 98e RI de Roanne le 7 octobre 1907. Il est nommé soldat de 1e classe un an plus tard et quitte l’armée pour regagner Echandelys le 25 septembre 1909. Fin 1909, il habite 8 rue de Châteaudun à Auch, puis fin 1910 à Villers-Cotterêts. Il regagne Cher à Echandelys en juin 1911.

Son parcours militaire pendant la Première Guerre Mondiale est ensuite difficile à retracer en raison d’incohérences portées lors de la rédaction de sa fiche matricule. Il est dit arriver au 98e RI le 3 août 1914. Mais il semblerait qu’il ait plutôt été affecté au 158e RI de Bruyères. Il est alors âgé de 28 ans. En raison de la position géographique de son régiment, il doit tenir le secteur du col du Bonhomme. Mais, les ordres initiaux étant d’éviter de créer des incidents avec les patrouilles allemandes avant la déclaration de la guerre, le régiment reçoit l’ordre comme toutes les unités basées aux frontières, de reculer de 10 km, laissant les Allemands occuper cette position stratégique. Le premier combat du régiment est donc de s’emparer du col, ce qui est fait par une attaque le 8 août à 17h.

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Dès le 9 août, le régiment est relevé par le 11e bataillon de chasseurs alpins auquel appartient Claudius ECOLLE, habitant de Deux Frères. Du 9 août au 3 septembre, il va participer à l’offensive décidée par le général Joffre en Alsace et en Lorraine. Le 158e RI va rester en Alsace où il avance dans un premier temps rapidement par la vallée de la Bruche de Saales jusqu’à Rothau en passant par St-Blaise. Puis descendant la vallée de la Sarre Rouge, c’est à Abreschviller que s’engagent les premiers combats violents. Le 20 août le 158e RI reçoit l’ordre d’enlever le village de St-Léon et le col du même nom. Mais la situation se dégradant rapidement devant l’offensive allemande, il est demandé au régiment de se maintenir en position le plus longtemps possible afin de laisser le temps aux autres unités de se replier en bon ordre. Il tient bon jusqu’à 14 heures et ne commence à se replier que lorsque l’ordre en est donné. Commence alors la retraite, avec du 21 au 27 août, en passant de St-Léon à St-Benoit, par St-Quirin, Badenviller, Vaqueville, Thiaville, Ménil. Ce ne sont que combats d’arrière-garde pour contenir l’ennemi, contre-attaques pour enrayer ses progrès, marches de jour et de nuit pour se dérober à son étreinte. Les pertes sot terribles, mais lorsque le 27 août, le régiment, épuisé et décimé, est relevé, l’effort allemand était définitivement brisé sur cette partie du front, et la trouée de Charmes sauvée.

Mais après quelques jours de repos, une autre mission toute aussi vitale lui est assignée : contenir l’ennemi sur la Marne. Le 5 septembre le régiment s’embarque à Darnieulles (près d’Epinal) et le 6 il débarque à Montier-en-Der et Wassy. A peine descendu des trains, le 21e corps, auquel appartient le 158e RI, est engagé entre l’Armée Foch et l’Armée de Langle de Carry. A travers le Camp de Mailly le régiment se lance à la poursuite de l’ennemi.

Le pays a changé depuis les Vosges : ce ne sont plus les fraîches vallées, les eaux vives, les majestueuses forêts, les pittoresques décors de la montagne ; mais les ondulations crayeuses, les sapins rabougris, les horizons monotones et par-dessus tout le manque d’eau. Tous ceux qui ont participé à cette marche sans arrêt de Wassy à Souain, conservent moins le souvenir des combats d’arrière-garde qui y furent parfois très durs (Sompuis 10 septembre), que celui des ardeurs de la soif. (Historique du 158e RI Imprimerie Berger Levrault et Cie Nancy Paris Strasbourg). La poursuite s’arrête à Souain où des troupes fraîches avaient eu le temps d’organiser le terrain et de creuser des tranchées. De durs combats sont encore livrés aux abords de Souain et du bois Sabot (le 13 septembre et les jours suivants). Mais déjà le front se stabilise en Champagne : la guerre de tranchées commence.

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Le 158e RI va alors être engagé dans la course vers la mer afin de contenir les Allemands qui essaient de déborder l’armée française par le nord. Il débarque le 3 octobre à Wawrin, entre Lille et Lens. Jusqu’au 12 octobre, ses trois bataillons répartis sur un front de plus de 20 kilomètres, vont avoir à remplir pour mission de protéger le débarquement du 21e corps d’armée et de tenir tête à la cavalerie et aux bataillons de chasseurs de la Garde prussienne, sur les ponts du canal de Douai.

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Du 6 au 10 octobre une série de combats acharnés sont soutenus par les bataillons et même par les compagnies, isolés les uns des autres et menacés sans cesse d’encerclement. Il n’est pas possible de retracer dans les détails chacune de ces actions tant la situation est confuse. Citons seulement l’attaque de Loos (6 octobre), celle de la cité St-Auguste (8 octobre), la défense des ponts par les compagnies du 1er bataillon, enfin la défense de La Bassée (9-11 octobre). Il est ensuite envoyé dans le Pas-de-Calais, où il combat avec les Anglais à Gambrin, puis aux abords de Vermelles et dans les tranchées de Noulette.

Le 1er novembre, les 1er et 2e bataillon sont envoyés en camions à Reninghelst, dans la région d’Ypres. C’est le moment où se prépare le plus formidable assaut de la bataille des Flandres. Le Kaiser est à Thielt en Belgique, et se dispose a faire son entrée à Ypres, puis à Calais. Pendant 25 jours, les 2 bataillons du 158e RI vont prendre part à trois actions différentes. Du 3 au 8 novembre, combat de Kemmel, attaque et défense du moulin de Spanbroke. Du 10 au 15 novembre, défense de Mont-St-Eloi, dans des tranchées pleines d’eau, sans aucune communication avec l’arrière, en butte aux attaques quotidiennes de l’ennemi. Du 16 novembre au 5 décembre, défense du secteur de Hooge où un nouvel ennemi, le froid, fera insidieusement son apparition et causera les premières fortes pertes par gelure de pieds. Au mois de décembre 1914, le 158e RI regagne l’Artois où il se reconstitue des épreuves qu’il vient de subir.

Le front est encore mal organisé. Si les Allemands disposent de cuisines roulantes efficaces, les soldats français doivent se débrouiller pour préparer leurs repas qui sont souvent froids. Les tranchées ne sont pas encore organisées et le confort inexistant. Il n’y a pas de poêle pour se réchauffer, ni d’abri sûr contre la pluie. Il faut de plus ramper de nuit pour établir les réseaux de fil de fer barbelé, repousser les attaques allemandes. Le 3 février 1915, Eugène passe au 413e ou au 414e RI. Nous opterons de manière relativement arbitraire pour le 414e RI. En effet, ces deux régiments viennent d’être nouvellement créés, mais seul le 414e RI comporte des éléments issus du 158e RI. Début mars 1915, Eugène gagne donc la région de Montluel dans l’Ain. Après quelques semaines d’instruction, il est transporté dans la région de Corbie où il occupe le secteur de Foucaucourt. Secteur calme, il s’y aguerrit pendant 15 jours, puis est relevé pour être remis à l’instruction dans la région de Caix-Cayeux jusqu’au mois de juin 1915. Il monte ensuite dans un secteur calme à Lihons, puis passe en août 1915 dans le secteur de Cappy, plus agité que les deux précédents. Il y fait connaissance avec la guerre des mines et les crapouillots allemands. Relevé par les Anglais le 20 septembre 1915, il est transporté par chemin de fer à Villers-Bretonneux afin de participer aux attaques en Artois. Pendant deux mois, il résiste sur les terrains bouleversés du plateau de Lorette et de la vallée de la Souchez dans des conditions épouvantables. En plus des attaques allemandes quotidiennes, il évolue dans une mer de boue où des nombreux cadavres s’enlisent.

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Fortement éprouvé, le 414e RI est transporté par voie ferrée dans la région de Lure où il se reforme. Il repart ensuite dans la région de Seppois-Pfetterhouse théâtre de violents combats. Trois semaines plus tard, il est dirigé sur Verdun, victime de l’importante pression allemande qui ne fait que débuter. Par voie de terre puis par voie ferrée, il gagne Revigny début avril 1916 et après quelques jours de repos, est amené en camions à Haudainville. Pendant trois mois, il garde les hauts de Meuse, dans les secteurs de Châtillon-sous-les-Côtes et Rouvaux. Pendant plusieurs semaines, il résiste à la poussée allemande dans le secteur de Tavannes, mais les pertes sont lourdes. Le 5 août 1916, après avoir perdu la moitié de ses effectifs, il est relevé. Eugène a-t-il été malade auparavant ? Il est censé âtre au dépôt de son unité le 21 juillet 1916, puis au corps seulement le 31 mai 1918. Mais sa fiche matricule ne nous confirme pas qu’il a été à l’arrière pendant toute cette période. Fin août et début septembre 1916, le 414e RI, transporté en camions, se reforme dans les secteurs calmes du bois d’Hanzy et de Massiges. Le 5 octobre, il est transporté à nouveau en camions pour le camp de Mailly où il s’entraîne pendant deux mois. D’abord en réserve d’armée, il monte en ligne le 25 décembre 1916 dans le secteur de la ferme des Chambrettes et du bois des Caurières et y reste jusqu’au 19 février 1917, résistant au pilonnage allemand.

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Il gagne alors l’Oise, à Noailles où il reste à l’instruction et au repos jusqu’au 11 mars 1917. Il gagne ensuite le secteur du bois des Loges (Beuvraignes) et le 3e bataillon prend part à l’attaque du village de Crapeaumesnil du 16 mars. Le village enlevé, il suit l’avance jusqu’à Beaulieu-les-Fontaines.

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Le 20 mars 1917, il quitte l’Oise pour appuyer une attaque dans la région de Fismes, sur le Chemin des Dames. Dans la nuit du 6 au 7 mai, il relève des unités qui viennent d’attaquer sur les plateaux de Craonne et de Californie. Les positions sont constituées uniquement par des trous d’obus et bombardées avec violence. Dans les nuits qui suivent, il repousse plus ou moins rapidement de nombreuses contre-attaques allemandes. Le 22 mai, une nouvelle attaque est organisée afin de conquérir la partie nord du plateau de Craonne. Après quelques jours de repos dans la région de Fère-en-Tardenois, il retourne sur le plateau de Californie le 18 juin 1917. Dans les semaines qui suivent, il est soumis à d’intenses bombardements par obus et minenwerfers de gros calibres. Il repousse de nombreuses attaques d’infanterie. Le 15 août 1917, il se rend dans le secteur de Laffaux qu’il organise en vue d’une attaque à laquelle il participe partiellement le 21 septembre. Il se rend ensuite à Pommiers, près de Soissons et après quelques jours de repos, tient un secteur calme à la ferme Grandchamp-Quincy-Basse jusqu’au 23 novembre. Il est dirigé alors sur Noyon où il appuie une attaque anglaise sur Cambrai, elle-même violemment contre-attaquée sur Croix-les-Moligneux et Ugay. Il est mis au repos à Remangies dans la région de Montdidier à partir de fin décembre, puis gagne les Vosges après un court séjour à Montescourt. Il arrive à Delle le 12 mars et y exécute des travaux de 2e ligne, mais dès le 30, il est transporté en train à Ecouen et se dirige par marches forcées vers le Nord pendant 16 jours malgré les intempéries. L’heure est grave, la ligne anglaise a été enfoncée. Il gagne Poperinghe puis Roads Camp près de Saint-Jean-sur-Biegen. En réserve, il voit avec effroi le 416e RI en secteur au mont Kemmel se faire pilonner le 25 avril 1918 par un bombardement dantesque. Le lendemain, il doit attaquer afin de dégager le mont Kemmel. La bataille dure 4 jours sous un déluge d’obus explosifs et toxiques. Locre et son hospice, le cabaret Bruloge ainsi que la ferme Krabentof sont perdus et maintes fois repris.

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A l’issue des 4 jours, la situation est identique à celle du début de la bataille. Les Allemands n’ont pas su prendre les monts de Flandres mais lorsqu’il est relevé dans la nuit du 29 au 30 avril 1918, le 414e RI a perdu 1400 hommes. Fin mai, il se reconstitue dans la Marne lorsqu’il apprend que le 26, une violente offensive allemande a bousculé les avant-postes français. Il est transporté en camions à Serzy où il reçoit comme mission de défendre la ligne de la Vesle entre Jonchery et Branscourt. Il doit y recueillir et protéger le 9e corps d’armée britannique qui bat en retraite. Dès le 28 mai, le contact avec les Allemands est pris. A gauche, les troupes françaises ayant cédé, le 414e RI doit se replier en se défendant pied à pied. Le lendemain, le régiment se replie sur le plateau à l’est de Savigny. Pour ne pas être tourné, il se livre à d’âpres combats d’arrière-garde. Les jours suivants sont plus calmes. Mais le 6 juin, les Allemands reprennent leur poussée et le régiment gagne le bois de Reims pour contre-attaquer et rejeter l’ennemi sur Bligny. C’est chose faite au prix de la perte de 800 hommes. Le 12 juin, le 414e RI est relevé par le 90e RI italien et s’embarque le lendemain pour Toul où il occupe des secteurs tranquilles. Il reste jusqu’au 17 juillet dans le secteur de Lironville, à côté de régiments américains, puis jusqu’au 18 septembre dans le secteur d’Einville près de Lunéville. Il va ensuite s’installer dans un camp au sud de Jonchery-sur-Suippe en passant par Châlons.

Le 26 septembre, il monte au combat avec comme mission d’enlever toutes les défenses allemandes jusqu’à la Py. Le 414e RI est d’abord en réserve, mais le 26, à 11 heures, il combat en 1e ligne. Un combat sanglant s’engage sur la ligne principale de résistance ennemie, les Allemands étant bien protégés par de nombreux nids de mitrailleuses. Ce n’est qu’après de longues heures de combat que la tranchée de Magdebourg est investie. Le 4 octobre, les Allemands se replient vers le nord. La poursuite commence et durera sans arrêt jour et nuit, jusqu’au 12 octobre. L’arrière garde allemande, très active, utilisant de nombreuses mitrailleuses, provoque d’importantes pertes aux colonnes d’attaque françaises. Les traversées de rivières donnent lieu à de sanglants combats. Celle de l’Arne, à Hauviné notamment, est rendue très pénible par un déluge d’obus toxiques.

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Enfin le 12 octobre 1918, le régiment est placé en réserve et le 23, il gagne par étapes les environs de Châlons-sur-Marne pour se reposer. Pendant ces combats, il a perdu près de 800 hommes mais il a enlevé des positions importantes et capturé des prisonniers et un matériel considérable. Auch, dans son ordre général n°1449 du 12 novembre 1918, le Général Commandant la IVe armée cite le 414e RI à l’Ordre de l’Armée : Sous le Commandement du Lieutenant-colonel FRAY, qui l’avait déjà conduit au plein succès à la contre-attaque de Bligny le 6 juin 1918, a montré dans les combats opiniâtres du 27 septembre au 3 octobre 1918, au Sud de la Py, son ardeur combattive habituelle et ses belles qualités de résistance. Est parvenu, dans une lutte menée pied à pied à coups de grenades, de fusils et de mitrailleuses, à s’emparer de très importantes positions ennemies. Au cours de ces actions, et pendant la poursuite de l’ennemi, a capturé plus de 200 prisonniers valides, 4 canons, 77 mitrailleuses et 15 minen. Le 30 octobre, le régiment est transporté en Alsace par voie ferrée. Le 2 novembre il occupe le secteur de Montreux-le-Château et s’y trouve au moment de l’armistice. Il fait ensuite partie des premières troupes qui pénètrent en Alsace et parvient le premier au Rhin, à Huningue.

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Le 30 mars 1919, Eugène est renvoyé dans ses foyers et se retire à Cher. Il s’y marie le 16 avril 1921 avec Marie RECOQUE, née à Fournols le 23 décembre 1897. En 1923, il est père de deux enfants. Il décède en 1969 au Broc.

 

 

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