1917

Le massacre s’intensifie.

L’année 1917 apporte comme les précédentes son lot de victimes. Il y en aura 9 pour Echandelys, âgées de 20 à 43 ans, représentatives de la population des soldats combattants alors. L’année précédente n’a apporté aucune avancée décisive par aucun des belligérants. Les défaites successives ont incité les hommes politiques à contrôler plus étroitement, sauf en Allemangne, les Etats-Major. Joffre préfère démissionner le 27 décembre 1916, plutôt que de voir son pouvoir de décision amputé par le ministre de la Guerre qui n’est autre que le général Lyautey. Il part non sans avoir été fait maréchal de France. Le mot « paix » n’est plus tout à fait oublié depuis que Romain Rolland, installé en Suisse neutre, a reçu le prix Nobel de la Paix. L’hiver est particulièrement rude et Paris voit ses températures descendre parfois à –20°. Les citadins sont rationnés et mal ravitaillés en charbon. Les plus pauvres commencent à mourir de froid. L’armée russe se délite progressivement, permettant la survenue de la Révolution qui couvait depuis 1915. Les troubles n’empêchent toutefois pas la poursuite de la guerre. Les Allemands, qui ne sont pas en mesure de lancer des offensives d’envergure, attendent de voir l’évolution de la situation sur le front russe. C’est donc le camp adverse qui va devoir se montrer incisif. C’est donc lors d’un accrochage mineur mais fréquent dans la vallée de l’Aire, en Argonne, que Jean Pierre Antoine DESUSCLADE se retrouve sous les torpilles allemandes. Le régiment, tenant les quartiers de Haute Chevauchée et du Bec de Cheppe y subit de nombreux bombardement.

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Les morts et les blessés y sont quotidiens. Antoine DESUSCLADE y trouve la mort le 20 février 1917 à 17 h 30 à l’âge de 26 ans.

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En avril, Robert Nivelle est nommé généralissime du front ouest. Il accède à ce poste en assurant pouvoir régler le sort des Allemands sur le front ouest en deux jours alors que ses prédécesseurs n’y sont pas parvenus en deux ans. Depuis le printemps, il est à l’origine de nombreux travaux préparatoires auxquels ont pris part Gustave Louis BRAVARD alors au 6e régiment du Génie, ainsi que Jean François CHAMPROUX, au 104e RIT, qui dès novembre 1916, participent à la construction de voies de chemin de fer étroites (0,60), à vocation uniquement militaire et qui serviront à l’approvisionnement. Lyautey, inquiet de ces projets chimériques et las de lutter contre Briand, le Parlement et les bureaux de guerre, démissionne, laissant à son successeur Painlevé la responsabilité politique du massacre. C’est le Chemin des Dames. Le 9 avril 1917, les Anglais s’élancent dans une manœuvre de diversion entre Arras et Lens. Le 16 avril, Nivelle croit les Allemands en mauvaise posture, le front français ayant avancé d’une dizaine de kilomètres. Il s’agit en fait d’un repli stratégique. Les Allemands, en infériorité numérique, se sont sagement repliés sur des positions topographiquement mieux situées et fortifiées. La préparation d’artillerie, gênée par les intempéries, n’a détruit aucun ouvrage allemand important. De plus, les Allemands possèdent à l’évidence les plans de l’attaque française. En 48 heures, 30 000 soldats français meurent. Mais Nivelle persiste et le coût humain total sera de 40 000 morts français et 80 000 blessés lorsque le 15 mai, Nivelle arrête l’opération et remet son commandement au général Pétain. C’est trop tard pour Jean DAVID du 321e RI qui a Laon comme objectif. Le 16 avril, il est en place dans les abris de Madagascar. Il est placé immédiatement derrière les troupes d’assaut et avance, du bas-fond situé à l’ouest de Vendresse-Troyon, sur les pentes sud de Beaulne-Chivy, où il est attaqué de flancs par des mitrailleuses qui ont échappé au nettoyage. Durant 5 jours, les 5e et 6e bataillons restent accrochés à la tranchée Fuleta sous un bombardement qui s’intensifie de jour en jour.

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Le 21 avril 1917, le régiment relève alors des troupes du 20e CA entre l’arbre de Cerny et le ravin de Paradis. Les bombardements allemands sont là encore violents. Ils tentent de plus de nombreuses actions. Le 5 mai, une attaque française est décidée sur Courtecon. Les hommes se postent face à la tranchée du Pirate. Le 5 mai 1917, à 9 heures, les premières vagues d’assaut partent. La préparation d’artillerie ayant été inefficace, l’assaut se brise sur un réseau insuffisamment détruit. Sur le front du seul 5e bataillon, 10 mitrailleuses allemandes se dévoilent. Le soir, une violente contre-attaque allemande est repoussée.

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Jean DAVID y disparaît le 5 mai 1917. La date de son décès est fixée par décision du tribunal au 6 mai 1917. Il avait 38 ans. Alfred CHEVARIN, du même régiment, y est blessé le 18 avril 1917 à l’omoplate gauche, mais ne sera évacué que le 23 avril. L’adjudant Pierre Jean DUTOUR, toujours du 321e RI se sort indemne de cet enfer. Marcel DESUSCLADE, du 401e RI, attend en 2e position entre Vendresse et Troyon, dans le même secteur. Devant les pertes du 418e RI dont il assure les arrières, il le relève le 20 avril et avance de quelques centaines de mètres, prenant le boyau du Foc et atteignant les abords de Cerny le 5 mai.

Joseph Claude COMMUNAL, du 30e RI, participe aussi à l’assaut, mais avec plus de chance, se sortant indemne de la bataille. Le 6 mai 1917, sous une chaleur accablante, il est transporté en camions sur le chemin des Dames. Il atteint Perles et monte en ligne le 9 en face de Cerny.

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L’ordre y est formel, tenir coûte que coûte. On tiendra un long mois, attaquant ou attaqué constamment, sans dormir — presque sans manger et sans boire, pêle-mêle avec des cadavres et soumis d’une façon continue au bombardement par obus et engins de tranchée le plus effrayant que le Régiment ait jamais subi. Le 10 juin au matin, l’infanterie ennemie, en force et bénéficiant d’un effet de surprise, réussit, malgré les pertes qu’elle subit, à pénétrer dans nos lignes. Un corps-à-corps sanglant s’en suit, qui dure jusqu’à l’arrivée des 7e et 11e Compagnies qui, par leur énergique intervention à la grenade, rétablissent intégralement notre ligne. Deux autres tentatives aussi violentes, qui se produisent les 20 et 22 mai, sont vouées au même échec, et à chaque déconvenue le Boche se venge en intensifiant ses bombardements, multipliant ses engins de tranchée, rendant le séjour dans nos lignes intenable. Ceux-là seuls qui étaient là peuvent dire quelle somme de courage et d’abnégation y fut dépensée, et ceux-là ont gardé, ineffaçablement gravé dans le cœur, le souvenir des journées passées dans cet enfer. Le 23 juin, c’est une longue théorie de spectres qui descendent de Cerny et qui, embarqués le 24, vont goûter au camp de Remaugies le repos qui leur est accordé. (Historique du 30e Régiment d’Infanterie. Imprimerie Hérisson Frères – Annecy). Le 15 juillet, il part pour tenir le secteur de Moy, en bordure de canal. Un bataillon tient les lignes, mais les Allemands sont si loin et a tant d’obstacles à franchir qu’ils ne sont pas bien gênants. Ils ne tentent qu’un seul raid.

Paul DAVID participe aussi avec le 2e RIC à l’assaut vers le plateau des Dames, dans un secteur situé un peu plus à l’est que ses compatriotes. Le 16 avril à 6 h, l’assaut est donné. Les tranchées de Franconie, de la Courtine, de Battemberg et de Sadowa sont bientôt occupées. Le mouvement est arrêté par les mitrailleuses établies tout le long de la crête de la ferme de la Bovelle et dans la ferme, sous des blockhaus. A 7 heures, la progression est enrayée. A 17 h, le repli sur la tranchée de Battemberg s’amorce. Malgré plusieurs nouvelles attaques, les positions se stabilisent.

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Le régiment est relevé le 18 avril 1917 et retourne cantonner aux creutes de l’Yser. Il a eu des pertes sérieuses : plus de 100 morts et plus de 700 blessés ou disparus.

François Gabriel DUTOUR, du 54e RI est encore inexpérimenté (puisque de la classe 1917, il n’est au front que depuis février 1917) lorsqu’il s’élance un peu plus à l’ouest que ses camarades auvergnats, entre Braye-en-Laonnois et la Royère, où il enlève le 5 mai 1917 l’Epine de Chevregny. Après une préparation d’artillerie de plus de 8 jours, l’attaque débute à 9 heures. Le 3e bataillon conquiert en moins de 20 mn le chemin des Dames et pousse plus en avant sur les positions des anciennes batteries allemandes. A 9 h 35, il a atteint son premier objectif, mais doit s’arrêter car à sa gauche le régiment voisin ne peut progresser, stoppé par un résistance opiniâtre et à droite, les Allemands résistent dans la ferme Froidmont. Il organise alors les positions conquises. A 14 heures, le 2e bataillon vient occuper la région de la tranchée de Gallipoli tandis que dans la soirée, le 1e bataillon se porte en soutien du 350e RI vers la ferme de Certeaux.

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La nuit se passe sans incident notable, mais le lendemain à midi, les Allemands déclenchent une violente contre-attaque sans aucune préparation d’artillerie sur les positions conquises la veille par le 350e RI. Les pertes sont sensibles et les hommes doivent reculer.

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François Gabriel DUTOUR est alors blessé au thorax (plaie transfixiante) par balle du coté droit. Il est alors évacué pour une destination qui nous est inconnue. Cette blessure lui laisse des séquelles (frottements pleuraux) qui sont incompatibles avec la poursuite de son activité militaire dans l’infanterie, mais aussi une citation à l’ordre du régiment n°5 du 17 mai 1917 : blessé le 6 mai 1917 en se portant courageusement à l’attaque d’une position ennemie fortement organisée. La CS de Laval le propose alors le 28 août 1917 pour un changement d’arme et le destine à l’artillerie de campagne.

Arthur Antoine THIODAS, du 69e RI, se trouve lui aussi dans un secteur proche de celui de François Gabriel DUTOUR. Partant de la région de Courtonne 1 h 20 après le début de l’attaque, il doit atteindre Moussy et Verneuil puis le revers sud du Chemin-des-Dames, au nord du village de Braye. Six heures plus tard, il doit franchir le Chemin-des-Dames, se porter au nord de l’Ailette et déboucher des points de passage sur le ruisseau, pour servir éventuellement à l’exploitation du succès dans la plaine de Laon. En outre, une compagnie du 3e bataillon est mise à la disposition du 156e RI pour le nettoyage des abris, creutes et villages, et une compagnie avec une section de mitrailleuse de ce même bataillon est chargée de s’installer défensivement à la sortie du tunnel du canal à Braye.

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L’attaque débute à 6 heures. Mais elle ne progresse pas comme prévu et il en résulte d’importants embouteillages. Le poste de commandement du 69e RI, situé dans le château de Verneuil, s’efforce de remettre de l’ordre dans l’unité. Le 17 avril, les Allemands évacuent Vailly, puis Bray-en-Laonnois que le 69e RI essaie d’organiser, tâche difficile car surplombé de 100 mètres par le Chemin des Dames et déparé en deux par le canal.

Le 5 mai au matin, une nouvelle attaque est déclenchée. Le 69e RI suit les 2e et 4e BCP qui atteignent la ferme Malval et la tranchée du Havre, sur le rebord du plateau, mais doivent en partie se replier devant une contre-attaque allemande particulièrement violente. Une nouvelle attaque, prévue le 6 mai 1917, ne parvient qu’à provoquer une importante contre-attaque allemande. Dans la nuit du 6 au 7 mai, les unités sont regroupées et le régiment prend à lui seul le sous-secteur de l’éperon de Braye, qu’il garde et organise jusqu’au 14 et 15 mai. C’est un secteur difficile, ou l’ennemi tente de fréquents coups de main, en particulier sur le fameux barrage de la tranchée du Havre, qui résiste à toutes leurs tentatives. Relevé à partir du 14 mai, le 69e RI gagne la région sud de Breny

Jean Antoine GRANGE, lui, se trouve avec le 160e RI, en position de réserve. Les mauvaises nouvelles arrivent. L’assaut n’a pu franchir les lignes allemandes et l’ennemi tient toujours la crête du chemin des Dames. L’ordre de stopper arrive. Il faut alors revenir à Dhuisel où le régiment reste en réserve quelques jours. Autour de lui, les actes d’insoumissions se multiplient, sans le toucher semble-t-il. Du 21 au 26 avril, le régiment vient occuper une position en réserve au nord de Verneuil et travaille à relier les anciennes positions françaises aux tranchées allemandes conquises. Successivement, les 1er et 2e bataillons montent en ligne, le premier près de la Cuvette du Paradis, le deuxième au delà du ravin des Grelines. Le 5 mai, une partie du régiment attaque la position de Vauxmerons, repaire de mitrailleuses, qui est rapidement enlevée mais doit être abandonnée rapidement. Le soir même, le 160e RI relève le 79e RI dans les tranchées du Corbeau, du Vautour et de la Pie. Relève difficile : la pluie tombe à flots, les éclairs strient la nuit, le grondement du tonnerre se mêle au bombardement allemand. Le ravitaillement n’a pu se faire de la journée. Il faut traverser le ravin des Grelines, dans lequel les Allemands déversent un ouragan de fer : c’est une vision dantesque. Le 79e RI, qui s’est battu toute la journée, n’a pas eu le temps de creuser le terrain. Le lendemain, il faut partir à l’assaut des positions qui n’ont pas été conquises la veille. C’est partiellement réalisé avec l’appui de troupes de réserves. Le régiment s’organise ensuite sur place et est relevé le 15 mai pour se rendre à Braisne-l’Abbatiale, où il reste en réserve de corps d’armée pendant quinze jours.

Alexis FOUGERE, du 39e RAC, nous permet de suivre les évènements avec un peu plus de recul. Artilleur, il a lui aussi participé à l’offensive du Chemin des Dames. Après quelques jours passés dans les environs de Dormans, le 1er février 1917, il monte en ligne par une température de – 20°. Il prend le secteur calme et bien organisé de Soupir, Beaune et Chivy. Une batterie par groupe prend position sur le plateau de Madagascar et près de Pargnan), tandis que les autres construisent leurs positions avant de s’y installer.

Dans les jours qui suivent, chaque groupe doit organiser quatre et même cinq positions en vue d’une action offensive. Le froid, très vif au début, rend le travail lent et pénible, car la terre, gelée à 50 centimètres de profondeur, ne cède qu’à la mine. Après une période d’un mois de travail intensif, le régiment est envoyé au repos dans la région de Marigny-en-Orxois. Des équipes de travailleurs restent sur les lieux pour continuer la construction des batteries. Alexis part alors du 21 février au 18 mars pour suivre des cours. Le 25 mars, lorsque le régiment reprend le secteur, les positions qu’il a organisées sont envahies par les eaux du dégel. On procède à la concentration de l’artillerie et les groupes vont prendre leurs positions d’attaque à Vendresse et sur le plateau de Madagascar. Le 4 avril, l’explosion d’un gros dépôt de munitions fait de nombreuses victimes. En raison du mauvais temps qui gêne les réglages, l’attaque est remise de jour en jour, mais les Allemands réagissent vivement. Le plateau de Madagascar est soumis à de violents et fréquents bombardements. Le 6 avril, 5 hommes sont tués au 3e groupe. Le 8 avril, la 8e batterie enregistre des pertes sérieuses : 5 hommes sont tués, 6 sont blessés. Le 11 avril, les 2e et 3e groupes subissent un tir de 8.000 obus asphyxiants de divers calibres. Le 1er groupe, qui, en raison de sa proximité des lignes et de son faible défilement latéral, n’a ouvert le feu qu’aux derniers jours de la préparation d’attaque, est pris à partie, le 15, par du 210. Plusieurs pièces sont mises hors de service. Enfin, le 16 avril au matin, malgré un temps exécrable, notre infanterie donne l’assaut. La mission est d’appuyer l’attaque du 146e RI dont la direction générale est jalonnée par Chivy, le carrefour du Chemin des Dames et du chemin de Courtecon à Beaune. Le plan d’action prévoit le déplacement des 1er et 3e groupes à partir de H + 1 heure, celui du 2e groupe à partir de H +30 minutes. A l’heure prévue, le 2e groupe commence son mouvement, mais ses reconnaissances se heurtent à nos fantassins cloués au sol par les mitrailleuses, tandis que les voitures sont embouteillées sur une route vue de l’ennemi. Le groupe fait demi-tour et reprend son ancienne position. Aux 1er et 3e groupes, l’ordre est venu de surseoir au déplacement des batteries. Longtemps arrêté par le village de Chivy, le 146e RI, aidé sur sa droite par les zouaves de la 153e DI, qui ont atteint le bois Paradis, finit par s’en emparer.

A la fin de la journée, le front atteint par la 39e division est jalonné par la tranchée de la Saale et les Grelines. Les premières positions sont enlevées, mais dès le soir, il ne peut plus être question de rompre le front et de franchir l’Ailette, car sur ce terrain très accidenté, coupé de ravins aux pentes abruptes, parsemé de grottes naturelles et de carrières souterraines, où les Allemands s’étaient depuis deux ans solidement organisés, une résistance acharnée s’oppose à une progression rapide. Le 17 avril, la gauche de la 39e DI s’empare de Braye-en-Laonnois. Des attaques partielles projetées pour le 18 et le 19 sur la tranchée de la Voile et de la Mouette sont décommandées. Le duel d’artillerie se poursuit, intense. Pris à partie par du 240, le 1er groupe perd une grande partie de son matériel. C’est certainement pendant cette période qu’Alexis FOUGERE est cité à l’ordre de l’A O 73 n°636 du 12 mai 1917 : a servi comme pointeur pendant un tir très important sur une position très peu abritée ; a donné un bel exemple de sang froid et de courage en continuant le tir avec précision sous le bombardement. Elle lui vaut l’obtention de la croix de guerre avec étoile de bronze. Il part ensuite en permission du 28 avril au 12 mai 1917.

Vers le 15 mai, les batteries se déplacent et vont occuper des positions au nord de Chavonne, au bois des Grinons. Les hommes trouvent des abris dans les carrières que les Allemands avaient confortablement aménagées, mais où les cadavres gisent parmi les effets d’équipement, les munitions et les canons de tranchée abandonnés. Les postes d’observation sont à l’Épine de Chevrigny, sur le Chemin des Dames, d’où l’on découvre la vallée de l’Ailette. La canonnade reste violente, mais aucune action d’infanterie n’intervient jusqu’au 5 juin, date à laquelle un régiment d’infanterie, nouvellement arrivé dans le secteur, perd la tranchée du Culot. Les batteries font alors une préparation d’artillerie dans la soirée du 5, à la suite de laquelle cette tranchée est reprise.

Relevé les 7 et 8 juin, le régiment va s’embarquer à Villers-Cotterêts à destination de la Lorraine.

Cette offensive provoque une crise de confiance sans précédent dans l’armée. Alors qu’auparavant les soldats et les officiers subalternes allaient à la mort en toute connaissance de cause, sans broncher, même s’ils avaient conscience de l’absurdité des ordres qu’ils exécutaient : Le régiment sans rien dire a obéi comme il devait, se faisant hacher par les mitrailleuses et les marmites. Je n’oublierai jamais ce champ de bataille tragique, les morts, les blessés, les mares de sang, les fragments de cervelles, les plaintes, la nuit noire illuminée de fusées et le 75 achevant nos blessés. Mais on ne passera pas sur nos cadavres. (Louis Pergaud), le mépris de l’Etat-Major  envers la vie humaine (Haig dira que les pertes de la Somme ne sont pas un chiffre élevé si l’on considère les effectifs engagés et la longueur du front) entraîne pour la première fois à Aubérive un refus massif d’obéissance le 17 avril 1917. Prosper CHAMPROUX, du 70e BCP y est confronté au début de juin 1917. Ces troubles ont surtout touché la 7e compagnie dont Prosper faisait peut-être partie à cette époque (il en faisait partie au moment de son décès en 1918). Seul le JMO du 70e BCP est assez riches de détails. A la page du 2 juin 1917, on peut y lire : Le soir du 2 juin au moment de l’appel, il est remarqué dans un certain nombre de cantonnements une effervescence inaccoutumée qui se traduit par des discussions à voix forte et des chansons. Cette agitation semble d’abord due à la boisson. La solde, plus élevée qu’habituellement grâce aux nouvelles allocations de combat et de boue a en effet été payée ce soir et beaucoup sont remarqués en état plus ou moins avancé d’ivresse. Pourtant, le calme se rétablit peu à peu. Vers 21 heures 30, le commandant, le capitaine adjudant major, le médecin-chef, l’officier adjoint, se promenant dans le cantonnement, s’arrêtent devant un local à l’intérieur duquel s’entent une discussion très agitée ayant un sens révolutionnaire. Le commandant fait appeler le capitaine commandant la 7e compagnie à laquelle appartient ce local. Peu après des clameurs plus fortes s’entendent un peu plus loin dans la même rue. Le commandant s’y porte aussitôt en compagnie du capitaine commandant la 7e compagnie qui vient d’arriver. Les chasseurs de ce nouveau local appartenant à la même compagnie. Le capitaine y rentre et les exhorte au calme. Ces hommes paraissent ivres et l’intervention du capitaine est sans effet. Sitôt celui-ci sorti, 5 ou 6 des plus agités s’arment de bâtons, cassent les vitres du local et hurlent : A bas la Guerre ! Le commandant et le capitaine qui s’éloignent reçoivent quelques cailloux et bâtons. Le sergent de la demi-section essaie aussi sans plus de succès de calmer ses hommes. Tout le monde s’éloigne en pensant que le calme va se rétablir, mais les émeutiers sortent en hurlant A bas la guerre, vive la révolution, vive la Russie ! L’agitation semble alors se transformer en émeute, même si elle ne touche que la 7e compagnie. De nombreux coups de feu sont tirés. Les agitateurs se rendent au logement du commandant, tirent des coups de feu sur la façade et en extraient quelques prisonniers. Ils cherchent à débaucher des camarades et devant leur refus mettent le feu à la baraque logeant trois sections de la 8e compagnie. Vers deux heures du matin, l’émeute cesse . On compte 2 blessés par balle et un par coup de crosse. L’enquête interne en détermine les causes : des influences extérieures révolutionnaires, l’interprétation erronée selon laquelle la 7e compagnie serait la dernière à bénéficier de permissions, l’ivresse manifeste due à l’importance de la solde versée dans la soirée du 2, de faux bruits racontés par les habitants de Beuvardes selon lesquels des événements semblables précédemment survenus auraient permis de renvoyer l’unité en question à l’arrière au lieu de monter aux tranchées. Parallèlement, de tels troubles sont notés au 30e et au 115e BC (où l’on compte 10 condamnés à mort et fusillés). Le 3 juin, par ordre spécial de la division, le bataillon est embarqué à 15 heures en train militaire et est débarqué aux carrières de Romain où il cantonne. 21 chasseurs qui se sont faits remarqués la veille sont arrêtés et conduits à la prévôté du 9e CA. Sans contester la gravité des faits dans un contexte où la hiérarchie militaire, ayant elle aussi payé un lourd tribut dans une guerre que les états-major ne comprennent pas et où le spectre de la révolution bolchevique plane, il semble que les autorités aient voulu faire des exemples comme le laisse penser le témoignage de Louis Aiglain adjudant chef de bataillon au 115e BCA (cité sur le site chtimiste.com) et qui a fait partie du conseil de guerre : le matin avant de siéger, le colonel Bel, président du conseil de guerre, après nous avoir serré la main dit : » vous savez on va marcher « rondo » et on va faire des exemples, ça sera vite fait » A la seconde séance, il est limogé pour son attitude trop indépendante et non conformiste. A 3 heures dès l’aube, le 12 juin 1917, aux environs de Romain, Le caporal Dauphin et le chasseur Renault sont exécutés. Le chasseur Liebert a vu son recours en grâce accepté et sa peine de mort commuée en travaux forcés à perpétuité. Le caporal Joseph Dauphin est un enfant de Tauves, titulaire de la Croix de Guerre avec 3 étoiles de bronze (3 citations). Dégrisé, il se rend compte qu’il a été trop loin et pense écoper de 15 jours d’arrêt (ses descendants disent qu’il se serait contenté de brailler quelques chansons à boire, mais comme il était seul gradé…). Un autre enfant de Tauves, François Brugières, faisant partie du même bataillon, est désigné pour faire partie du peloton d’exécution. Il refuse de tirer, sachant que cet acte d’insubordination peut lui aussi le mener à la mort. Il sera condamné « seulement » aux travaux forcés et meurt d’épuisement deux mois plus tard au bagne militaire de Chief (Orléansville), avant la fin de la guerre (informations du site parbelle.free.fr/Tauves/).

Eugène Marius CHOMETON et Jean DEPAILLER, du 133e RI, sont témoins événements identiques. Amené à Ville-en-Tardenois, où commence la période de réentraînement en vue des futures opérations, le 133e RI se mutine en partie, molestant le général Bolot qui reçoit des pierres et voit ses insignes et sa fourragère arrachés. Le 2 juin, plus de 2000 hommes manifestent, dont certains du 12e RI. Parmi les soldats traduits en conseil de guerre, 5 sont condamnés à mort et exécutés et 13 aux travaux forcés. Les deux régiments sont emmenés en camion et 22 officiers sur 37 sont remplacés. Pendant la même période, Adolphe DESUSCLADE qui appartient au 129e RI voit une partie de son régiment ainsi que du 36e RI se mutiner et décider de marcher sur Paris le 30 mai, avec l’intention de se joindre à un mouvement populaire, d’après John Williams, auteur d’un ouvrage sur les Mutineries de 1917. Après avoir pendu quelques gendarmes (fait à vérifier), ils obligent le mécanicien d’un train en gare de Soissons à se mettre en route pour Paris. Le train est stoppé à Villers-Cotterêts et les mutins ramenés à Soissons. A partir du 4 juin, le régiment est scindé en deux et le 1er bataillon est détaché sur Laheycourt tandis que les 2e et 3e bataillons sont déplacés à Rupt et Sommedieue dans la Meuse. Le 1er bataillon sera dissout le 16 juillet (ses soldats seront répartis entre divers régiments coloniaux) et ses officiers mutés dans d’autres unités après avoir été passés en revue par le général Guillaumat commandant de la 2e armée sur la place de l’église de Lochères. Seul le JMO de la 5e DI fait état de manifestations contraires à la discipline (tendances pacifistes) dans les cantonnements du 129e et 36e RI (les 28 et 29 mai) puis à la suite des événements signalés ci-dessus, les 129e et 36e RI sont embarqués en camion-autos. Le 12 juin, 12 officiers sont mutés dans d’autre régiments et le 18, le lieutenant-colonel chef du régiment est relevé de son commandement et placé en réserve. Le 28 juin, un caporal et 3 soldats sont condamnés à mort pour abandon de poste et refus d’obéissance devant l’ennemi. Ils sont exécutés par un peloton d’exécution fourni par le régiment et devant des détachements des 1er,2e et 3e bataillons à 4 h 30 à la sortie nord de Rarécourt. Aucun incident à signaler. Le 3 juillet, 3 officiers sont mutés dans l’intérêt du service et le 5 juillet 159 soldats sont mutés au 22e colonial à destination des colonies lointaines tendant que 120 autres fournissent la relève pour l’armée d’Orient. Pour étouffer la rébellion, le Haut Commandement fait appel au général Pétain, vainqueur de Verdun. Soufflant le chaud et le froid, il applique les sanctions disciplinaires mais multiplie et allonge les permissions et améliore le confort des cantonnements et la nourriture. Il lance quelques opérations raisonnables comme la reprise du fort de la Malmaison le 24 octobre, à l’ouest du Chemin des Dames à laquelle participent Joseph Claude COMMUNAL du 30e RI, Baptiste VERDIER du RCIM, Alphonse TOURDIAS du 24e BCA, Annet Antoine FARGE en tant qu’artilleur au 212e RAC.

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Toutefois, le nombre de mutins fusillés est faible par rapport à celui de l’ensemble des soldats fusillés pour insoumission. Il ne faut pas confondre les mutins avec les fusillés pour l’exemple dès 1914 (Souain, Flirey, affaire Chapelant par exemple). En 4 années de guerre, les tribunaux militaires ont prononcé 2 400 condamnations conduisant à plus de 550 exécutions dont 27 seulement après les mutineries, la majorité des exécutions ayant eu lieu entre octobre 1914 et décembre 1915. Ces mutineries vont toucher la totalité des belligérants à l’exception des Autrichiens. En Allemagne, ce sont surtout les marins qui se mutinent. 5 sont exécutés. En Italie, le général Cordona terrorise ses officiers supérieurs et réprime impitoyablement les désertions des hommes de troupe, en particulier après le désastre de Caporetto, en octobre 1917. Même l’armée d’Orient se sentant abandonnée et qui fait face à de nombreux problèmes de santé voit ses soldats, qui n’ayant pas eu de permission depuis 1915 faute de bateaux pour les amener en France et devant remonter en ligne après avoir erré dans Salonique, refuser de se battre. Tout un régiment est ainsi désarmé sans effusion de sang. A l’arrière, ce sont les grèves qui inquiètent les autorités et on voit certains régiments d’infanterie territoriale stationner dans la capitale sans autre raison dans leurs JMO que la crainte de troubles à l’ordre public. C’est le cas de Claudius COUDEYRAS du 232e RIT. Le 30 mai 1917, son régiment reçoit du Gouverneur Militaire de Paris l’ordre préparatoire et l’ordre d’exécution n° 1 en cas de troubles, et, en conséquence, dirige aussitôt ses unités sur Paris. Le 1er bataillon, la 6e compagnie, la 1re section de mitrailleuses font mouvement le 31 mai et viennent cantonner à la caserne Lourcine sous les ordres du Général commandant le 2e secteur de la Place ; la 2e section de mitrailleuses vient à la caserne de la Nouvelle-France se ranger sous les ordres du Colonel commandant le 4e secteur de la Place ; la 3e section de mitrailleuses (Juvisy) et le reste du 2e bataillon (Corbeil) se tiennent prêts à quitter leurs cantonnements au premier signal ; enfin, le 3e bataillon s’embarque à Roye-sur-Matz, arrive à Paris, où il cantonne, 66, boulevard de Clichy, au Dépôt des Petites Voitures ; il est à la disposition du Gouverneur. Le régiment participe au service d’ordre en fournissant des postes en différents points de la ville. Aucun événement digne d’être relaté ne se produit, et le 23 juin, les unités reçoivent l’ordre de rejoindre des cantonnements aux environs de Paris.

C’est aussi l’année de l’espionnite avec son summum atteint lors de l’affaire Mata Jari, laissant dans l’ombre les vrais espions comme le député radical Accambray, membre de la commission des armées.

L’amère expérience de commandement unique du Chemin des Dames peut également décourager les Britanniques de renouveler une telle collaboration, mais pas de commettre la même erreur. En juillet, le général Douglas Haig lance la 3e bataille d’Ypres (bataille de Passchendaele). Il sait parfaitement sous ces conditions météorologiques épouvantables, que la boue va tuer autant que l’ennemi. Même avec une blessure légère, on risquait alors la gangrène et la mort. Le 7 juin, la première attaque préparatoire fait tomber la crête de Messine, libérant l’aile gauche du saillant d’Ypres. Ce sera le seul gain de l’opération. A partir de mi-juillet, début des véritables opérations, les Allemands se sont retranchés dans positions qu’ils fortifient depuis plus de trois ans. Certaines zones de défense s’échelonnent sur 9 lignes successives. En trois mois et demi de combats, les Britanniques ont gagné 85 km² et perdu plus de 150 000 morts et 330 000 blessés. Quelques unités françaises participent à l’opération. C’est ainsi que Marcel DESUSCLADE se retrouve en Belgique. Le 1er juin 1917, il quitte la côte et gagne Wahren puis West-Vleteren. Il aménage des dépôts de munitions, des emplacements de batterie et améliore les liaisons téléphoniques. Le 28 juillet, il relève le 73e RIT dans le secteur Roeninghe – Noordschoote. Il prépare et participe partiellement à la prise de la presqu’île de Poesele du 16 août. Le lendemain, il part pour les environs de Calais (Frethun et Coquelles). Jusqu’au 12 septembre, il se réorganise et suit des entraînements et des cours d’instruction.

Il repart ensuite en Belgique et monte le 24 septembre dans le secteur de Bruet, au nord de Bixschoote pour faire connaissance avec le terrain. Les patrouilles sont l’occasion de nombreux accrochages. Mis au repos quelques jours en prévision de l’attaque, il s’installe le 25 octobre 1917 sur ses positions de départ. Les pluies ont détrempé le terrain qui ne forme plus qu’un vaste marécage. Les trous d’obus, transformés en mares, sont un danger constant. Le Cowerbeck, grossi par les pluies, possède des berges impraticables, même si 6 passerelles ont été jetées par le Génie. La ferme de Poitiers est dépassée et nettoyée de ses nids de mitrailleuses. La tranchée du Tour et le carrefour de la Buse sont atteints. Le lendemain, la progression permet d’atteindre le centre de résistance de Kloostermolen qui est pris en fin de journée. Le 27 octobre, commence l’organisation du terrain conquis.

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Jusqu’au 4 novembre 1917, il tient dans des trous d’obus disséminés dans la zone marécageuse du Draïbank, péniblement ravitaillé par des corvées obligées de passer sur de zones de caillebotis, continuellement bombardé, avec des pertes presque aussi élevées que celles de l’assaut.

Pierre Jean DUTOUR, rescapé du Chemin des Dames, se retrouve en Belgique en juillet 1917. Le 321e RI reste d’abord en réserve. Il n’est appelé en ligne que le 17 août 1917. Il tient pendant un cours laps de temps les tranchées de Reninghe et la presqu’île de Poesele que les fusiliers-marins vienne de nettoyer. Il apprend à connaître alors le terrain particulièrement difficile des Flandres : sol spongieux gorgé d’eau d’où émergent tranchées et boyaux en relief mais à peine visible dans les hautes herbes, des fermes ruinées, des blockhaus, le tout sous un ciel triste en permanence. Jusqu’en octobre, le régiment alterne entre le repos à l’arrière et la tenue des tranchées dans la région de Bixschoote. La lutte d’artillerie y est intense, causant de nombreuses pertes, tant par obus classiques que toxiques. Les coups de main se succèdent de part et d’autre. Les pluies d’automne transforment le terrain en un vaste bourbier.

Dans la nuit du 26 octobre, des passerelles sont jetées sur le St-Jansbeck. En fin de nuit, le ruisseau est franchi et les ennuis commencent. Les hommes s’enlisent dans les marécages. Les plus favorisés s’enfoncent jusqu’aux genoux, les autres nécessitent de l’aide pour s’en extraire. Malgré tout, les différentes fermes (du Hibou, Mazeppa, Drailhank) et différents blockhaus sont pris. Le lendemain, la progression continue et Kippe est atteint, voire dépassé. Les hommes ont parfois de l’eau jusqu’à la ceinture. Les hommes tombent. Mais les objectifs sont atteints, le régiment ayant progressé de trois km en moyenne.

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Pierre Jean DUTOUR reçoit alors sa troisième citation (ordre de la 133e division n°184 du 3 novembre 1917) : chef de section très méritant. Malgré de lourdes pertes subies par sa section a pu maintenir les hommes qui lui restaient à leur devoir en leur donnant par son attitude un bel exemple de sang-froid et d’abnégation. Dans la nuit du 28 octobre 1917, le régiment est relevé et part le 6 novembre pour la région de Pittgam. Mais dès le 15, il entre en secteur pour 15 jours dans le secteur de Nieuport-Ville, au nord de l’Yser. Là encore, il a à subir les inondations, les obus toxiques et les coups de main.

Antoine Marcel VERDIER participe à l’opération en tant qu’artilleur au 27e RAC. Son régiment s’embarque le 8 juillet pour Dunkerque afin de participer à l’attaque franco-britannique des Flandres. L’Yser est rapidement atteinte par l’infanterie, mais difficilement franchie par l’artillerie. Les ravitaillements sont difficiles à assurer, à travers une mer de boue, sur des pistes de rondins. Après un repos de 11 jours dans la région de Calais, le 27e RAC est rappelé d’urgence dans le même secteur. Il participe aux attaques de Mangelaere et de la forêt d’Houthulst, ainsi qu’à la prise de Papegoed.

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Il est relevé le 6 décembre 1917 par la 1ere division britannique.

La politique internationale est bouleversée par un événement qui aura un effet majeur sur la suite du déroulement de la guerre. C’est l’entrée en guerre des Etats-Unis rendue possible par la guerre sous-marine à outrance lancée par les Allemands en février 1917 qui en plus des victimes américaines, est une entrave au sacro-saint principe américain du libre commerce. La révolution russe et l’abdication du tsar en mars 1917 enlève enfin une raison politique de non-intervention. Il était en effet difficile d’intervenir aux côtés d’un régime impérial russe qui déportait les opposants politiques en Sibérie et détruisait les villages juifs.

L’armée d’Orient, possédant des moyens insuffisants, voit ses effectifs fondre et ne peut assurer des opérations à but limité. C’est ce que vit Jules SAUVADET du 56e RIC, présent à Salonique depuis février 1916. Il passe l’hiver 1916-1917 dans la région de Monastir.

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Il y alterne avec d’autres régiments la garde des tranchées de première ligne les reconnaissances, la réfection des routes, les périodes de reconnaissances et le repos.

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Le 9 mai 1917, Les Roumains, à peine devenus alliés de l’Entente, subissent la pression des puissances centrales que l’insuffisance numérique des troupes de l’armée d’Orient ne permet de soulager. Le 56e RIC est un des régiments désignés pour une mission à but limité. Mais le front qu’il occupe, saillant étroit en cuvette, dominé de tous côtés par les positions ennemies, rend difficile toute attaque. Dans le sol rocheux, il est impossible d’établir des parallèles de départ, l’ennemi observant de plus tous les mouvements de troupe ainsi que tous les travaux. Dès leur départ, les troupes d’assaut devront marcher 2 à 300 mètres en terrain découvert, sous des feux de front et de flanc et à 200 mètres des premières lignes bulgares. Dès le tir de préparation, les Bulgares, qui avaient été prévenus par des déserteurs russes, riposte, réduisant l’effectif du régiment à 32 officiers et 1150 hommes. L’attaque se déclenche à 6 h 30. La première ligne de tranchées est atteinte par de rares éléments isolés, mais doit être abandonnée au bout d’une demi-heure de combats sanglants. L’ordre d’attaquer à nouveau est reçu à 8 h 10. Les officiers rescapés signalant que la préparation d’artillerie a été insuffisante (réseaux de barbelés et tranchées de seconde ligne intacts), un nouvel ordre d’attaque arrive, fixant l’opération pour 10 h 15. Le commandant BERECKI, commandant le régiment, rend compte que celle-ci sera impossible avant 15 h. Elle est toutefois maintenue pour 11 h 15. Un quart d’heure plus tard, les soldats indemnes reviennent, pris sous des tirs encore plus violents que lors de la première attaque. A 12 h 05, un nouvel ordre d’attaque arrive pour 17 h 30. Les deux bataillons réduits à l’état de débris (il reste 26 fusils et 3 sections de mitrailleuses pour l’un d’entre eux) sont renforcés par deux bataillons qui ne connaissent pas le secteur. Cette dernière attaque, tout aussi meurtrière est clouée sur place moins d’un quart d’heure après son début. Dans les jours suivants, les débris du régiment sont envoyé au repos et se reconstituent.

Arthur Antoine THIODAS, que nous avons vu engagé au Chemin des Dames, gagne la Macédoine le 2 septembre 1917. Il continue ensuite à progresser dans la région de Koritza (actuellement en Albanie) et dans un pays montagneux aux étapes difficiles, il arrive dans la nuit du 7 au 8 septembre sur les rives du Devoli.

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Le 8 septembre 1917 dans la matinée, le 175e RI attaque. En raison du terrain escarpé, la progression est difficile. Le lendemain toutefois, l’ennemi bat en retraite et le régiment atteint Leonica le 10. Le 15 septembre, il se dirige sur Zemlah, où il stationne jusqu’au 8 octobre. Il soutient ensuite les 19 et 20, de durs combats au Piton Chevelu et au Piton de la Balise (région du lac d’Ochrida).

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Du 21 octobre au 11 novembre, le régiment occupe des positions au nord de Cervenaka. Il est alors relevé et se porte par étapes dans la région de Florina où il exécute des travaux divers. Le 11 janvier 1918, le 175e RI se rend à Lubajna où il relève dans cette région les troupes russes occupant le sous-secteur de Presba.

La fin de l’année 1917 est aussi bouleversée par la défaite des Italiens à Caporetto. Débutant le 23 octobre, elle voit la débandade de l’armée italienne qui se rend en masse. Elle ne peut se rétablir que le 3 novembre après une retraite de 140 km, sur la Piave, au nord-est de Venise. Ce désastre va avoir pour effet de renforcer les liens entre Alliés et Italiens qui en avaient bien besoin. Dès le 28 octobre, la 10e Armée est retirée du Chemin de Dames et envoyée en Italie. C’est le sort de Joseph Marius FAYOLLE du 126e RI qui s’embarque le 18 novembre 1917 après avoir touché effets neufs, vivres et munitions. Après avoir remonté la vallée de la Royat en camions, le régiment s’embarque en trains le 24 novembre pour Vérone. Le 28, il est regroupé pour la région de Custoza, au sud du lac de Garde. Il s’y entraîne pendant deux mois, séjour entrecoupé de séances de théâtre et d’ »excursions ». Il ne va réellement combattre en Italie qu’en juin 1918. Aimé Léopold GRANGE et Claudius ECOLLE y auront une vie moins facile. Le 51e BCA auquel ils appartiennent s’embarque le 2 novembre 1917 à Chavanges pour l’Italie. Deux jours plus tard, il arrive dans la région de Lonato Peschiera. La division française est désignée pour tenir le secteur de Mont Tomba, Monte Fenera (Borgosesia, à l’ouest de Milan), relevant la 17e D I italienne.

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Le bataillon se trouve à droite du secteur en réserve, du 49e groupe de chasseurs. Le secteur est soumis à un tir très violent de l’artillerie ennemie et le bataillon perd quelques hommes pendant les travaux d’organisation. Le 12 décembre, il relève le 11e BCA en première ligne et y reste jusqu’au 20, relevé à son tour par le 11e BCA, déplorant quelques tués et blessés par l’artillerie durant cette période. Le 26, il relève en première ligne le 12e Bataillon. Le 27. une instruction secrète du Général de Division fait connaître qu’une attaque, à laquelle prendra part le 51e, aura lieu avant la fin de l’année. Les préparatifs en sont poussés rapidement. L’attaque aura lieu le 30 décembre, à 16 h. 05. A l’heure indiquée, les compagnies d’assaut sortent des tranchées et marchent sur leurs objectifs, derrière le barrage roulant. Vingt minutes après, tous les objectifs sont atteints. Le Bataillon capture 24 officiers et 550 hommes, ainsi que 2 canons de 77, 3 engins de. tranchées et 16 mitrailleuses. Nos pertes sont de 13 tués, 45 blessés dont 4 officiers. En résumé, le Bataillon a attaqué avec trois compagnies sur un front d’environ 1000 mètres, une position composée de deux lignes de tranchées, réunies par des boyaux occupés par plus d’un bataillon ennemi et une vingtaine de mitrailleuses. Le nombre des prisonniers capturés est supérieur à l’effectif des troupes d’assaut. Ce magnifique fait d’armes valait au Bataillon la citation suivante à l’ordre de la Xe Armée: Après être venu s’installer en face de l’ennemi, sur une position difficile qu’il a dû organiser sous un bombardement violent et continu, s’est élancé brillamment à l’attaque sous les ordres du commandant De Fabry-Fabrègues, le 30 décembre 1917. A enlevé tous ses objectifs, faisant 550 prisonniers, prenant 2 canons, 4 mortiers, 16 mitrailleuses et un matériel important. Q. G., le 18 janvier 1918. « Le Général Commandant la Xe Armée « Signé: MAISTHE. » (Historique du 51e Bataillon de Chasseurs Alpins Imprimerie J Abry Annecy). Relevé dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1918 par le 54e bataillon, il est mis au repos et reçoit successivement les félicitations de la Brigade italienne Acqui, de la IVe Armée italienne.

Jean Celestin COUDEYRAS, du 18e BCP participe lui aussi activement à la campagne d’Italie. Le 4 décembre 1917, son bataillon relève les troupes italiennes sur le massif montagneux de Monte Tomba. Les Autrichiens, visant la plaine de la Vénétie, sont susceptibles de continuer leur offensive.

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Après quelques semaines de patrouilles et de coups de main, appuyés par des tirs continuels d’artillerie et de mitrailleuse, une attaque qui se déroule le 30 décembre repousse les Autrichiens dans la vallée de l’Ornie.

Les « affaires courantes ».

Les évènements de l’année 1917 ne doivent pas faire oublier les autres points du front de l’ouest qui, sans faire partie des zones très sensibles, ont apporté leur quota de douleurs et de morts. C’est principalement le cas de la région de Verdun où 4 des 9 soldats d’Echandelys sont morts en 1917.

Le 25 mai 1917, Ludovic PILLEYRE est affecté au 51e RI. Celui-ci, quitte la Champagne et se repose quelques jours au camp de Péon. Il est ensuite enlevé en camion le 30 juin 1917 pour gagner Souhesmes, Vadelaincourt et la célèbre cote 304 sur le Mort-Homme d’où il doit attaquer le 17 juillet. Pendant toute la nuit du 16 au 17 juillet, les bataillons se portent à leurs emplacements de départ.

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Cote 304 le 17 juillet 1917

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Ils sortent de la tranchée Bouchez et du boyau des Zouaves à 6 h 15 sous un violent tir de barrage. Les soldats pénètrent dans les positions ennemies bouleversées par l’artillerie. Ils progressent d’entonnoir en entonnoir. L’objectif (les tranchées Grosclaude, Lescaux et la Demi-Lune sont rapidement atteintes. L’ouest de la cote 304 est dégagé mais l’artillerie allemande pilonne la zone avec des obus de gros calibre. Toute la nuit du 17 au 18 juillet, la compagnie de droite combat à la grenade et repousse trois contre-attaques allemandes. Les pertes à déplorer sont de 65 tués, 217 blessés et 58 disparus.

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Ludovic est tué pendant les combats. Son courage lui vaut une citation à l’ordre de la brigade (n°126 du premier août 1917) : soldat courageux a été tué en se portant bravement à l’assaut d’une position ennemie. Il est décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze. Il avait 29 ans et laisse sa petite fille de 3 ans orpheline.

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Le 1er août 1917, une contre-attaque allemande reconquiert tout le terrain gagné 15 jours plus tôt.

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Ludovic repose dans la nécropole nationale du Bois de Bethelainville tombe 282, à Dombasle-en-Argonne.

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Claude Léon Joseph DUTOUR, auparavant cavalier, passe au 168e RI le 18 juin 1917. Il arrive au dépôt de son nouveau régiment le 27 du même mois, puis bénéficie d’une instruction qui ne le fait monter en ligne que le 19 août 1917. Jusque début septembre, son nouveau régiment est en exercices et en répétitions dans la région de Verdun. Le 20 août 1917, une attaque sur la rive droite avait permis de reconquérir une large bande de terrain et avait fait de nombreux prisonniers. Afin de parfaire le travail il s’agit alors de chasser les Allemands des positions qu’ils occupent encore sur le plateau des Caurières. L’attaque, orientée du sud vers le nord, a comme direction générale le village d’Ornes. Le 5 septembre 1917, le régiment quitte son cantonnement en camions et le 6, prend ses emplacements de départ. Ses 2 premiers bataillons sont en ligne, le 3e en réserve. La relève, de Marceau jusqu’au bois des Caurières, se fait à travers des ravins empestés de gaz et sous un bombardement incessant. Durant la journée du 7 septembre, l’artillerie allemande provoque de nombreuses pertes dans les effectifs du régiment.

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L’attaque est fixée au 8 à 5 h 10. La première ligne allemande est rapidement enlevée et nettoyée. Sur le seconde, la lutte est opiniâtre, mais la progression continue. Les tranchées des Quatre-Chemins et du Turkestan qui constituent la 3e ligne ont des blockhaus de mitrailleuses. La situation est sévère et les hommes tombent de toute part. Elles sont malgré tout prises. Presque tous les commandants des compagnies d’attaque ont été tués. Quelques actions sont encore entreprises les jours suivants. Les débris de bataillons repoussent les contre-attaques allemandes. Claude tombe sur le plateau le 17 novembre 1917, le jour où son régiment va être relevé. Il avait 24 ans.

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Il est tout d’abord inhumé au cimetière Marceau, puis à la nécropole nationale Douaumont, à Fleury-devant-Douaumont où il repose encore tombe 2311.

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Louis RIGOULET appartient au 99e RIT de Clermont-Ferrand. Relevé le 17 mars 1917 de son secteur vosgien, il part pour Verdun où il arrive le 18. Il prend position dans le sous-secteur sud (zone de Châtillon) et travaille à partir du 5 mai a y élaborer une nouvelle ligne de résistance. Fin juillet 1917, les Allemands exécutent 4 jours de réglages systématiques et attaquent le 29 juillet à une heure du matin après un bombardement des tranchées françaises.

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L’attaque sera repoussée mais Louis y perd la vie à 1 h par broiement de la face par éclat d’obus. Il est inhumé à l’ouest de la route de Châtillon-sous-les-Côtes à Moulainville, au niveau de corne ouest du bois le Chena. Il avait 43 ans.

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Déjà présent à Verdun en 1916, Joseph François ALLAGNON y est à nouveau envoyé le 30 août 1917. Son régiment, le 415e RI, y occupe du 5 au 16 septembre la zone d’Hardaumont, puis à partir du 25, celle de Bezonvaux.

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Ce dernier secteur est très mouvement depuis depuis l’attaque du 9 septembre dernier. Le 1er octobre 1917, après une préparation d’artillerie courte mais efficace, les Allemands pénètrent en deux points dans les lignes du 415e RI. Des contre-attaques permettent de rétablir la situation. Mais 32 soldats sont morts, dont Joseph, 305 sont blessés et 110 disparus (dont un bon nombre de morts qui n’ont pu être identifiés). Il avait 32 ans.

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D’autres soldats ont un destin tragique mais plus banal comme Félix Joseph BOURNERIE qui doit quitter son régiment pour être hospitalisé le 19 mai 1917 à l’Hôtel-Dieu de Lyon. Il décède le mardi 3 juillet à 8 heures à l’annexe E (hôpital de la Chaux ?), située à Saint-Cyr au Mont d’Or d’une péritonite à l’âge de 20 ans. Il est considéré comme Mort pour la France. C’est aussi le cas de Jean Baptiste MENU qui décède subitement le 28 août 1917 au cantonnement de sa compagnie à Griscourt (Meurthe et Moselle) à l’âge de 39 ans.

Alexis Antoine DUTOUR, du 219e RI, est blessé le 1er juillet 1916 dans la Somme, dans le secteur de Foucaucourt, sans plus de précision. Toutefois, sa citation à l’ordre du régiment du 11 juillet 1916 parue dans le Journal Officiel du 16 décembre 1916 nous indique qu’il a été amputé de la jambe droite à son 1/3 supérieur :

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Il est alors titulaire de la Croix de Guerre avec une étoile de Bronze et est proposé le 28 septembre 1917 pour une pension de retraite de 3e classe en raison de sa blessure mais décède à l’hôpital mixte de Clermont-Ferrand le 30 septembre 1917 pour une raison inconnue. Il n’est de ce fait, comme Jean Baptiste MENU, pas considéré comme Mort pour la France ! Il avait 38 ans et laissait deux enfants, Jean âgé de 10 ans et Marie Eugénie Elidie de 6 ans.

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