Et après ?

Mais la guerre n’est pas finie !

Elle ne l’est pas pour les oubliés d’Orient qui abandonnés sur des fronts “secondaires”, loin du territoire national, subissent le froid et les privations, attendant un retour qui tarde. C’est le cas d’Antoine Marius COUDEYRAS, du 21e RAC. Le 1er octobre, le lendemain de la reddition des Bulgares, Le 2e groupe entre dans Uskub, puis talonne les troupes austro-allemandes qui se replient vers le Danube en incendiant tout sur leur passage. Il passe ainsi à Kakanik le 6 octobre, puis à Liplian le 9, le 15 à Prichtina. Début novembre, il traverse la Morawa à gué à hauteur de V. Plana et arrive dans la région de Semendria le 11 novembre. Cette marche forcée au Danube a été faite entièrement à pied, par tout le personnel, qui est arrivé au terminus en haillons et souvent sans souliers. Tous les animaux sont morts d’épuisement, par suite de la difficulté des étapes et du manque à peu près absolu de nourriture. C’est à l’aide de chevaux de l’armée bulgare et d’attelages de bœufs réquisitionnés dans chaque village que le groupe a réussi à atteindre le Danube avec tout son matériel. Pendant cette période, l’état sanitaire du personnel s’est maintenu malgré un amaigrissement général. Le 2e groupe stationne jusqu’à la fin de 1918 dans la région de Semandria. Cantonnés dans des petits villages que des pluies diluviennes transforment en marécage, les hommes, déjà déprimés et insuffisamment couverts, entrent nombreux à l’hôpital. Treize d’entre eux y meurent.
Les 1er et 3e groupes, restés dans la région de Prilep au moment de l’armistice avec la Bulgarie ne prennent la route pour le Danube que le 6 novembre. Cette randonnée sera encore plus pénible pour ces deux groupes que pour le 2e. La mauvaise saison est arrivée et c’est sous la neige ou la pluie que les artilleurs traversent la Serbie. Les routes sont complètement défoncées par le passage de nombreuses divisions et la vallée de la Morawa, que suivront les troupes, est transformée en mer de boue. Le ravitaillement pour les animaux est devenu impossible, les unités ne pouvant plus réquisitionner dans un pays qui ne possède ni grain, ni fourrage. Aussi la mortalité chez les animaux est-elle terrible (l’étape Prekodobec – Prédejarre du 21 novembre, d’une longueur de 24 kilomètres, coûte 73 chevaux aux deux groupes ; l’étape du 29, Alexinatz – Rajagne, leur coûte une quarantaine d’animaux et, le 1er décembre, 50 animaux sont abandonnés à Strya). Quoique tous les cadres soient depuis longtemps démontés, force est à l’artillerie d’abandonner des caissons à chaque étape et c’est avec grand peine, malgré le concours de quelques attelages de bœufs conduits par les paysans, que les deux groupes du 21e RACol atteindront le Danube, fin décembre, avec tous leurs canons et leurs munitions portées dans des voitures de l’armée bulgare.

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Malheureusement, les animaux n’avaient pas été les seuls à souffrir des intempéries, de la difficulté et de la longueur de la route. Le personnel, souvent anémié par un long séjour à l’armée d’Orient, harassé de fatigue, toujours mouillé, n’a pu résister aux attaques de la grippe. Nombreuses ont été les évacuations, et quarante décès environ ont été, pour ces deux groupes, la rançon de cette formidable route.
Mais le pays reste encore loin pour ces soldats français. Du 1er janvier au 16 avril 1919, le régiment va occuper la Hongrie. La période est peu fertile en incidents. Le 1er groupe traverse le Danube le 27 décembre, le 3e le 29, le 2e le 15 janvier, pour aller cantonner à Ravanitchi. L’artillerie est alors remontée. Le 28 janvier, le 1er groupe se rend par voie ferrée à Lugos ; le 31, le 2e groupe va à Detta et le 3 février, le 3e groupe à Ternesva. Le 16 mars, le 2e groupe part pour Arad et, le 24, met deux pièces en batterie, à cause des menées des Bolcheviks. Le 1er avril, toutes les batteries du 21e régiment d’artillerie coloniale sont dissoutes, à l’exception des 21e et 22e du 1er groupe, qui occuperont, par demi-batterie, les cantonnements de Lugos, Facset, Ternesrekas, Buzias. Le 16 avril, ces deux batteries deviendront 44e et 49e batteries du 274e régiment d’artillerie coloniale. Elles rejoignent leur division le 16, à Szegedin. Antoine Marius n’est définitivement démobilisé que le mardi 9 septembre 1919, après 5 ans sous les drapeaux.
Le parcours d’Antoine Arthur THIODAS est encore plus étonnant. Présent depuis plus d’un an en Orient, son régiment occupe du 21 octobre au 11 novembre, des positions au nord de Cervenaka. Il est alors relevé et se porte par étapes dans la région de Florina où il exécute des travaux divers. Le 11 janvier 1918, le 175e RI se rend à Lubajna où il relève dans cette région les troupes russes occupant le sous-secteur de Presba. Le régiment occupe le secteur de Lubojna, où il exécute des travaux jusqu’au 28 août. A cette date, il est relevé et se rend par étapes dans les régions de Zelova et Ostina où il est réuni à partir du 4 septembre pour pratique des exercices d’entraînement en vue de la prochaine offensive. Le 21 septembre 1918 commence l’attaque générale des positions ennemies de la plaine de Cerna. Mogila est occupé le 22 par le 175e RI. L’ennemi battant en retraite, le mouvement en avant continue. Le village de Berancy, bien que fortement défendu par les Bulgares, est enlevé le 23. La poursuite continue sans arrêt. Ivanovce est occupé le 24. Le 25, le régiment s’empare de la cote 1493 et du village de Dwenik. Sans opposer de résistance, l’ennemi continue son mouvement de retraite. Le 30 septembre 1918, à Brezovo, la nouvelle parvient de la cessation des hostilités avec la Bulgarie. Début octobre, le régiment stationne aux environs de Kicevo. Il y est décimé par une épidémie de grippe qui fait de nombreuses victimes. Par étapes il se transporte des environs de Kicevo à Monastir où il arrive le 12 novembre. Départ pour Verria le 14, par chemin de fer. Il y reste jusqu’au 17 décembre 1918.
Désigné pour aller à Sébastopol, en Crimée, il se rend le 18 décembre à Salonique par chemin de fer. Le lendemain, il embarque sur le Dobrouhja et le Varna et débarque à Sébastopol le 26.

Sebastopol

Les premiers mois se déroulent sans incident. En mars, craignant l’arrivée des troupes bolchevistes, la troupe organise un camp retranché avec pose de réseaux de fils de fer en avant du Mamelon vert et de Malakoff. Il y prend position le 11 avril. Le 15, les Français sont attaqués par les Bolcheviques, mais les obligent à reculer. Les canons des cuirassés en rade ouvrent le feu le 16. Le 17, des négociations sont conduites avec les délégués des Soviets. Le 28, le régiment embarque sur le Kherson et quitte Sébastopol sans incident. Il arrive à Constantza le 1er mai et repart par le Danube puis par train et arrive à Mannsburg le 9 mai. Le régiment étant dissout le 8 juin 1919, Arthur Antoine est rapatrié le 2 et affecté au 9e RI le 3. Il est démobilisé le 20 juillet 1919 et se retire à Echandelys.
D’autres, comme Joseph Marius FAYOLLE, sont en Italie lors de la signature de l’armistice. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1918, son régiment, le 126e RI, occupe les tranchées du Monte Tondo et reçoit l’ordre de se porter en avant. A 5 heures du matin, il débute son offensive. A 8 heures, le Monte Longara est atteint. En raison du terrain accidenté, la progression ne peut se faire de nuit. Aussi, au petit jour, la marche en avant reprend. A midi, les Monte Baldo et Fiara sont respectivement dépassé et atteint. A 13 h, ordre est donné de s’arrêter. L’armée autrichienne est en pleine déroute et l’armée italienne se lance à sa poursuite. Le 126e RI réintègre les positions qu’il occupait avant l’attaque. L’attitude de Joseph au combat lui vaut une citation à l’ordre du régiment (n°154 du 25/11/1916) : bon soldat brave et dévoué a toujours eu une belle conduite au feu s’est distingué aux combats des 24 octobre et premier et 2 novembre 1918. Le 3 novembre, les soldats apprennent par radio que l’armistice entre l’Autriche et l’Italie est applicable à partir du 4 novembre à 15 heures. La campagne d’Italie est finie.
Quelques jours plus tard, le régiment retourne dans la plaine, à Fontaniva dans la région de Citadella. Le 1er bataillon est désigné pour occuper une partie de la vallée de l’Inn et arrive le 6 à Schwarz ( 30 km à l’est d’Innsbrück). Ceux qui restent en plaine s’occupe à garder la forme en faisant des championnats d’athlétisme. Début 1919, le 126e RI est intégré dans une brigade mixte et se groupe dans la région de Brescia. (Travagliato et Ospitaletto). Vers la mi-mars, le régiment est encore amputé d’un bataillon, le 2e, qui part en occupation à Cattaro, d’abord par voie ferrée jusqu’à Venise, puis par bateau jusqu’à Cattaro où il arrive début avril. Le 24 juillet 1919, le 126e RI s’embarque à Ospilatetto pour la France. Une fête est organisée le 10 août 1919 à Brive pour le retour du régiment. Joseph est démobilisé le 14 septembre 1919.

La guerre n’est pas non plus finie pour tous les soldats qui vont faire partie de l’occupation en Rhénanie, comme Mathieu SIMONDET, François Eugène TONNELIER, Antoine Marie RUSSIAS, Régis Alexis ROUVET, Alexis Michel GUERINON, François Louis DERRODE, Barthélémy Jean CHAMPROUX, Baptiste VERDIER, Mathieu Vincent Paul Mary DAVID, Jean Marie Lucien GRANGE, Alcide Marius FOUGERE, Joseph Ernest PILLEYRE, Antonin BOURNERIE. Les clauses du traité de Versailles sont particulièrement dures. Elle perd plus de 80 000 km² de son territoire et plus de 7 millions d’habitants. Ses principales colonies sont confisquées. Les réparations de guerre s’élèvent à 132 milliards de marks-or et elle doit livrer du matériel et des produits agricoles. Elle perd la propriété de ses brevets. Enfin, son armée est extrêmement réduite. La rive gauche est démilitarisée et les Alliés occupent trois zones pendant respectivement 15, 10 et 5 ans. Aussi, les Alliées craignent un sursaut de l’armée allemande avant la signature du traité et prennent des dispositions pour pouvoir envahir le reste de l’Allemagne en cas de non signature. Deux soldats d’Echandelys en ont été témoins. Antoine Marius RECOQUE est soldat au 57e RA lorsque le 16 novembre 1918, il gagne la région de Beauvais par Nesle et le Mesnil-Saint-Firmin. Il est rassemblé dans les villages de Cempuis, Sommereux et Grez où il reste jusque début janvier 1919. Le 5 janvier 1919, il part pour l’Allemagne par Noailles, la Ferté-sous-Jouarre, la Chaussée-sur-Marne, Ancerville, Chalaines et Nancy. Il reste deux mois à Nancy où ses camions viennent largement en aide aux services publics et aux particuliers. Le 26 mars, il repart pour Worms, au bord du Rhine, passant par Morhange, Sarreguemines et Kaiserslauterne. La signature de la paix semble difficile et les alliés, craignant un dernier sursaut de l’armée allemande, déploient des troupes sur la rive droite du Rhin. Le 57e RA, qui de Worms était passé à Kreuznach le 23 mai, puis à Weisenau le 17 juin, franchit le fleuve le 19 juin et s’établit à Münster-in-Taunus et Weilbach au nord-ouest de Frankfort. Si les Allemands refusent de signer le traité de paix, il a pour mission de fondre sur Fulda, séparant l’Allemagne du nord de l’Allemagne du sud. Le traité ayant été signé le 28 juin, le régiment regagne Kreuznach le 2 juillet.

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C’est également le cas de Lucien Antoine MAROTTE. Malgré les dernières fatigues dues au combat, le 5e RIC auquel il appartient marche sans arrêt et parcourt en 21 jours 500 km, ce qui l’amène dans la vallée de la Nahe, à Sombernheim, Kirn et Oberstein. Le 28 janvier 1919, il occupe les alentours de Bingen.

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Le 9 mars 1919, il est transporté en train dans la région de Frekenfeld et Winden au sud-est de Landau. Quelques jours plus tard, il se déplace légèrement vers Rulzheim. Il est ensuite échelonné sur la rive gauche du Rhin, plus au sud, son centre se trouvant au pont de Maxau. Devant les tensions entourant la signature du traité de paix, de nombreux mouvements de troupe sont effectués, des unités réorganisées et les effectifs renforcés. Aussi, le 17 mai, il se porte par étapes vers Edenkoben, puis dans la zone Weisenheim – Amberg. L’instruction est immédiatement reprise et le régiment est réorganisé avec la création de deux bataillons de marche. Le 18 juin, il est transporté en camion sur la rive droite du Rhin, à la limite de la tête de pont de Mayence et cantonne près de Darmstadt. En cas de ruptures des négociations de paix, le régiment doit s’emparer de Darmstadt. Un peloton de cavalerie et une section de tanks sont mis à la disposition du 5e RIC. Le 23 juin, le régiment est en état d’alerte, toutes les unités en place pour la pénétration en territoire allemand non occupé. A 19 heures 15, le traité de paix ayant été signé par l’Allemagne, le 5e RIC rejoint ses cantonnements musique en tête. Le 6 juillet 1919, le régiment cantonne dans la région de Goddelau. Il se prépare à rentrer en France. Il rentre à Lyon à partir du 9 juillet et Lucien Antoine est démobilisé.
La cohabitation avec les troupes d’occupation est difficile et des troubles éclatent comme en témoigne René Marc Antoine RAVAUD. Fin novembre 1918, il pénètre avec le 98e RI en Belgique et cantonne à Poncel puis à Attert. Le temps est mauvais avec des pluies qui se transforment en verglas au sol. Puis il se dirige vers le Luxembourg. Le 12 décembre 1918, il embarque en camions pour Trêves. Un arrêt forcé à Morbach fait monter la tension entre les soldats et les marchands sur lesquels ils veulent assouvir leurs rancunes. Le 14, le franchissement symbolique du Rhin fait éprouver les premières sensations de la victoire. Le soir, épuisé, les hommes cantonnent autour de Nassau., en particulier à Diez où ont lieu les festivités de Noël et du Nouvel An.

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Musique devant le cercle des officiers à Diez en mars 1919.

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Le 22 février 1919, le régiment se dirige sur Ems. A Bettendorf, se déroule un incident regrettable. Après l’heure du couvre-feu, un groupe de plusieurs Allemands continue à circuler. Sommés de s’arrêter, quelques-uns prennent la fuite. Un sergent tire alors dans leur direction pour les intimider, puis rentre au poste. Au matin, on relève un cadavre. Le régiment commence à démobiliser les soldats les plus anciens. Un banquet est alors organisé pour chaque classe de démobilisation. Le 9 mars, le régiment embarque sur le Rhin pour Wiesbaden. C’est l’occasion d’une croisière superbe, sur l’une des plus belles parties du fleuve. Le 11, René passe au 94e RI et ne sera démobilisé que le 8 septembre 1919. Il se retire alors à Echandelys. De plus un grand nombre d’Allemands ressentent comme une humiliation l’occupation de la Rhénanie par les troupes nord-africaines, africaines et malgaches et une campagne internationale se propage sur le thème de la honte noire comme en témoigne à demi-mot Marius François PONCHON. Dès début décembre 1918, son régiment pénètre en Allemagne dans la région de Merzig. Fin décembre, il cantonne dans les faubourgs de Mayence où il passe la fin de l’année 1918.

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En janvier 1919, il fait route sur Königstein où il relève le 287e RI. Il reste dans la région de Mayence jusqu’au mois d’août 1919. Marius François passe alors le 5 août au 5e escadron du train, puis au 21e escadron du train le 1er janvier 1920. Peu de temps après, le 6 mars 1920, il est affecté au 172e RI de Belfort, qui est alors cantonné près de Kaiserlautern.

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Fin juillet 1920, son nouveau régiment part en partie et par rotations pour la camp de Bitche. Les 10, 11 et 12 septembre a lieu la fête du régiment. Pour l’occasion, le régiment réceptionne le drapeau du Royal Hesse Darmstadt en provenance du Musée de l’Armée. Le 13 septembre a lieu une excursion sur le Rhin, certainement aux environs de Mannheim. Le 11 novembre donne lieu à une prise d’armes en commémoration de l’armistice. Le 8 mars 1921, le 3e bataillon est rappelé d’urgence à Kaiserlautern pour une « opération à objectif limité ». S’est-il s’agit d’émeutes de la population civile allemande ou de la fermeture des cafés maures créés spécialement afin que les troupes coloniales d’occupation ne se mêlent à la population allemande ? Le 4 mai, le 1er bataillon est détaché à Worms pour la garde du territoire et des voies ferrées. Marius François n’y a pas participé car il était depuis le 23 mars 1921 au camp de Bitche et de là est affecté au 151e RI le 8 mai 1921. Il est démobilisé le 1er juillet 1921 et regagne alors Echandelys.

La guerre n’est pas non plus finie pour ceux qui continuent à en mourir comme Claudius COUDEYRAS qui s’éteint à Echandelys le jeudi 5 décembre 1918 d’une maladie contractée en service à l’âge de 37 ans ainsi que Jean Antoine DESUSCLADE, conducteur automobile de 2e classe, appartenant au service automobile du 2e escadron du train, décédé le 26 décembre 1918, à Nohanent à l’âge de 32 ans des suites de maladie contractée en service. Son corps est rapatrié en 1922 et inhumé dans le cimetière communal d’Echandelys. C’est également le cas d’Antoine BERAUD, instituteur né à Deux- Frères, qui ayant fait toute la guerre, décède à Condat le 12 mars 1921 à l’âge de 41 ans, décès est imputable à son séjour sous les drapeaux sans autre renseignement. Quant à ceux qui sont revenus, la vie ne sera plus jamais pareille.

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Mais la Guerre a également profondément modifié la société. D’abord dans sa répartition, avec 1 375 800 (10,5% de la population active) soldats français morts pendant le conflit, faisant 630 000 veuves et 700 000 orphelins, sans compter toutes les veuves blanches, fiancées officielles ou non qui sont restées fidèles jusqu’à leur mort au souvenir de leur amour, les célibataires forcées et les bébés non nés de ces soldats morts majoritairement jeunes (entre 17 et 23 ans car en première ligne). Ensuite dans ses mentalités avec une poplation féminine qui a souvent remplacé les hommes partis à l’armée, même si cette mutation est moins visible dans les campagnes où les femmes jouaient déjà un rôle actif. Les couples ont souvant du mal à se retrouver et les divorces se multiplient.

La mort de plus est devenue plus anonyme. Anonyme pour les belligérants qui meurent d’une balle ou d’un obus le plus souvent envoyés par un ennemi invisible, que l’on ne tient plus en face de son fusil. Ce sentiment est renforcé par l’utilisation de l’aviation et de l’artillerie à longue portée, mais atteint également son paroxysme lors de l’utilisation des gaz de combat, mort différée et sans bruit annonciateur. Anonyme également par la puissance de feu utilisée, broyant les corps, les rendant méconnaissables ou les pulvérisant totalement, rendant impossible les restitutions aux familles.

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Elle est également différente par l’importance des pertes nécessitant des moyens sans précédant de prise en charge et d’inhumation primaire des cadavres. Des régiments entiers de territoriaux y seront affectés après certaines batailles. D’autres, après la guerre, recherchent les tombes isolées pour procéder à des réhinumations en cimetière militaire.

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Ceci amène à la création de cimetières militaires particulièrement vastes, aux tombes hétéroclites, loin de l’agencement réglé des nécropoles nationales que nous connaissons actuellement, bien que celles-ci commencent également à s’organiser.

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C’est également le temps des rapatriements des corps des soldats pour les famille qui le souhaitent, arrivant en convois pendant les années 1921 et 1922. Vient alors le temps des inhumations de masse, soit des ossements qui composent les vastes ossuaires situés sous le monument de Douaumont :

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Soit des champs de croix, toutes égales, parsemant de leurs alignement impeccables l’herbe verte des anciens champs dits de bataille.

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L’appropriation s’est aussi faite à l’échelle de la commune où loin de ces images anonymes, les habitants ont ressenti le besoin d’afficher le nom de ces soldats qu’ils avaient bien connu, précédant dans bien des communes et à Echandelys en particulier la célébration du Soldat Inconnu. A l’échelon local, chaque commune est invitée mais non obligée (l’initiative pouvant être municipale ou privée) à élever un monument aux morts avec le concours de l’Etat ( lois du 25 octobre 1919 puis du 31 juillet 1920 ). A Echandelys, la décision est rapidement prise, dès le 9 novembre 1919 lorsqu’il est décidé au cours du conseil municipal d’ouvrir dans la commune une souscription publique pour aider à couvrir les frais ainsi occasionnés. Afin de recueillir les souscriptions des habitants de la commune, deux commissions ont été nommées : 1° M.M. Camut maire et Fombonne pour la ville 2° M.M. Recoque, Rouvet et Terrasse pour les villages. Echandelys opte pour un monument stèle très simple, comportant quatre plaques de marbre sur lesquelles sont gravés les noms, le tout entouré d’une grille basse.2L029

L’ensemble s’élève à la somme de 7917 francs ( le monument coûtant 6000 francs et le déplacement de la croix en pierre de Volvic, actuellement située en bas du cimetière et provenant de l’ancien cimetière situé sur la place de l’église 300 francs). La souscription publique n’ayant rapporté que 4750 francs, il est décidé en conseil municipal le 23 mars 1920, de demander une subvention à l’Etat de 1000 francs, et de voter un crédit de 2000 francs qui seront pris d’une part sur le prix de vente des ormeaux de la cour de l’école des garçons (835 francs) et d’autre part sur la rentrée des impôts des communaux de 1918 et 1919 qui ont été avancés par la commune (1033,52 francs). De même, par une délibération du bureau de bienfaisance, le maire, président du bureau de bienfaisance, autorise le maire de la commune (c’est-à-dire lui-même) à renoncer à la perception par le bureau de bienfaisance des 2/3 de la somme correspondant à la cession d’un concession perpétuelle nécessaire à l’érection du monument. Enfin, le calcul et l’accord pour l’obtention de la subvention nationale obéissent à des conditions strictes, étant proportionnelle au crédit voté par le conseil municipal (indépendamment des sommes recueillies par souscription publique), au nombre de soldat tués par rapport à la population communale (évaluée au recensement de 1911), inversement proportionnelle à la valeur du centime démographique, sans dépasser 22% du crédit voté par le conseil municipal !!! Malgré tout, il reste un petit reliquat qui, ajouté au produit d’une nouvelle souscription publique servira à acheter une couronne et une palme pour assurer la cérémonie d’inauguration en présence de M. le sous préfet le 25 juillet 1920.
Echandelys.- Inauguration du monument aux morts.- Dimanche 25 juillet a eu lieu l’inauguration du monument aux morts de la guerre. Une foule énorme assistait à la célébration et l’église était trop petite pour contenir tous les assistants.
M. le curé Clouvel, dans une allocation émue, a rendu hommage aux 49 enfants de la commune, morts au champ d’honneur. Le cortège s’est ensuite formé pour se rendre devant le monument et là, au milieu d’un pieux recueillement, M. le marquis des Roys a rappelé les quatre années de la guerre et l’effort prodigieux fait par tous pour chasser l’envahisseur.
M. Chognon, président du groupe des mutilés, prend ensuite la parole et adresse un dernier adieu aux 49 camarades morts pour la France. Il fait l’appel de ces glorieux morts et M. Chevarin, mutilé de guerre, répond à chaque nom : « Mort pour la France ».
M. Camut, maire d’Echandelys, s’incline devant les héros de la commune et adresse aux veuves, aux orphelins et aux vieux parents, ses condoléances les plus vives. Il termine en remerciant tous ceux qui ont apporté leur obole pour l’érection du monument commémoratif.
A la suite de l’inauguration, un repas a eu lieu à l’hôtel Viallis. Au dessert, une quête a été faite au profit de la Maison des Aveugles de Clermont-Ferrand. Cette quête a produit 61 francs, qui ont été adressés à cette grande œuvre par l’intermédiaire du Moniteur.- (Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 31 juillet 1920)
Le monument sera complété en 1921 par la mise en place de quatre obus de gros calibre fournis par la préfecture à la demande de M. Recocque-Bournerie, obus acheminés et placés grâce à une dernière souscription publique.
Puis le cimetière retrouve sa quiétude habituelle pendant que le reste du monde nourrit les ferments qui vingt ans plus tard …

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Devant tant de souffrances, puisse ce souvenir ne jamais s’effacer.

 

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